‹ La regence et Louis 15Chapitre 36 sur 88 · I.ULIS XV · texte numérisé non relu

I.ULIS XV

achats avec de rargcnl qui m'est dû de l'autre ciMé de lo rivière; l'argent une fois touché, je ne dis |xis que nous ne ferons pas affaire, mais l'important pour moi dans ce moment c'est comme vous voyez de toucher mon argent. — Mais comment ferez-vous, pinstju'il n'v a pas un seul halcau? — ftdi! fit te roi, quelque chose me dit que vous m'en trouverez un, vous. — Tenez, dit-elle, je vois bien que vous êtes un brave homme et que vous avez besoin de passer l'eau. Eh bien ! je vais vous donner mon fils. 11 y a sur l’autre bord un pécheur de ses amis qui a un bateau amarré ii sa maison. A un signal il viendra vous prendre. Allez, et que Dieu vous conduise hors de l’embarras oîi je vous vois.

Le roi remercia cette femme. Elle aussi l’avait-elle reconnu? Il n’en sut jamais rien, mais, montant avec’ son fils dans le chariot, le roi SC rendit au Iwrd du Nogat. Là , le jeune homme donna le signal. A l’instant même le pécheur sortit de la maison et traversa la rivière. Ià: roi entra dans le bateau avec un de ses hommes, laissant l’autre au chariot et lui promettant de lui renvoyer son compagnon.

Arrivé sur l’autre bord , le roi leva les mains et les yeux au ciel : il était sauvé. Alors il congédia son sznaixm, lui donna une lettre pour l’amba^deur, laquelle invitait M. de Monti à donner aux trois hommes la nicompensc promise, attendu que le roi était arrivé sain et sauf de l'autre côté du Nogat. Puis, s'avançant vers un village nommé Bialagora, le roi y acheta un autre chariot, avec deux chevaux. Le soir même, danscci équipage, Stanislas, désormais hors de tout danger, faisait son entrée à Marienvverder.

Quant aux Français restés à Dantzick , au jour où la ville se rendit, leur courage leur fut compté. Des ordres arrivèrent des cours de Vienne et de Russie pour qu’ils ne fussent ]ws traités en prisonniers de guerre mais en étrangers libres et auxiliaires. Soit véritable admiration pour cette splendide folie, soit que la czarine et l’empereur ne voulussent pas se fâcher avec, le cabinet de Versailles, ces deux princes firent une foule de galanteries aux officiers ; la czarine l>articulicrement envoya à chacun d’eux un halat complet de drap rus.se, manufacturé, brodé, et taillé en Russie.

Ainsi finit l’expédition si fatale au roi Stanislas I.eczinski. Elle

Fuite (Je Stanislas, roi (Je Pologne.

LOUIS XV

tira le plus pur de ee noble sang [lolonais, ipii scinldc depuis unsiifle ne deniunder qu'à eouler sur tous leselianijis de baUiille del'Enrope.

Stanislas l'onialowski lui porta le dernier coup en se faisant le complice de Catherine, et en montant sur le trône à son tour trente ans après.

Le canon de Uantzick avait inis le feu à l'Europe.

Un affront venait d'étre fait aux armes françaises jiar les Russes et les im[)ériaux : on ne pouvait atteindre les Russes retranchés derrière le Volga et le Niémen, mais on pouvait joindre l'Autriche en Allemagncet en Italie. L'Es[>agnc, notre sœur, nous donnait ta main.

Toute trace de dissentiment avait dis[)aru entre Philippe V et Louis XV. La naissance de deux princes avait mis la maison d'Oi^ léans hors de cause, et ôté au petit-fils de Louis XIV toute possibilité de rêver plus la réunion des deux royaumes. D’ailleurs, comme la France, l'Espagne était intéressée à l'abaissement de la maison d’Autriche. N’avait-elle pas Naples et Parme à réclamer en Italie.

Voici le plan de la campagne arrêtée ;

Une armée traverserait la Lorraine, les trois évêchés, et irait mettre le siège devant Philipsbourg, cette clé de l’Allemagne. Philipsbourg pris, on pénétrerait au cœur de la Souabe, et l’on irait à travers l'Allemagne donner la main à la Pologne. Une autre armée franchirait les Alpes avec l’aide des Picniontais nos alliés , et marcherait sur Milan , tandis qu’un corps de troupes espagnoles prenant la Péninsule par l’autre extrémité, débarquerait à Naples et marcherait de l’est à l’ouest; tandis que nous marcherions, nous, de l'ouest à l’est.

Les deux généraux en chef de ces deux armées étaient, |>our l’armée d’Alleihagne , le duc de Berwick.Pour l’armée d’IUdie, le maréchal de Villars.

Le duc de Berwick, Jacques Fitz-James, était fils naturel de Jacques II , et d’Arabclla Churchill, sœur du duc de Marlborough. Il était né le 21 août 1670. Il avait été envoyé en France à l'âge de sept ans, élevé à Juilly-au-Plessis et à la Flèche ; il avait fait ses premières armes en Uongrie. Us'était fait naturaliser Français cn’17ü3. 11 avait commandé en Espagne en 1 704 ; il avait été fait maréchal de

LOUIS XV

Ki"inw'cii 1700; il s'oUiit donc buUu succossivenionl en Espagne, en Flandre cl sur le Uhin. La paix l’avait laissé en 1719, la guerre le venait reprendre en 1734. Il avait plus de soi.xanle-(iualrc ans. Céiait un homme infatigahle, inirépidc et froid. Nous connaissons le maréchal de Villars, plus qu’octogénaire à l’époque OÙ nous sommes arrivés, c’élait toujours le même homme malgré son grand âge, et le [loids de scs quatre-vingt-un ans n’avait rien enlevé à I exaltation de son orgueil et à la légérelé de s<jn caractère.

Les généraux qui devaient servir sons le duc de llerwick étaient ;

(Iharlcs-Louis-Augustc Fouquet, comtede lîelle-lsie, pelit-fdsdu fameux surintendant des linanccs, dont nous avons, dans l’histoire de I^ouis XIV, raconté la haute foriniie et la profonde disgrâce. Lui aussi , avait subi ces caprices du sort familier à sa race. Nommé man''chal de camp sous la Régence , il avait fait en Espagne la guciTe de famille. Envelop(>é dans la disgréce de L'hlane, il avait été mis à la Bastille avec lui sous le ministère de .M. le Duc, et n’en était sorti que pour subir uh exil dans ses terres. Enfin, en 1732, il avait été fait lieutenant générale! promu au commandement d'un des quatre camps de plaisance formés la même année.

Adrien-Maurice deNoailles, né en 1078. Nous l’avons plus d’une fois rencontré déjà sous le nom du duc d’Agen i(ii’il [Hirtait dans sa jeunesse. Il avait été cornette du régiment de cavalerie du mart'chal de Noaillcs, avait obtenu une compagnie en 1093, commandant en second une brigade de cavalerie en 1 090 , il .avait été cixié brigadier des armées du roi en 1702, enfin, maréchal do camp en 1704 et bientôt après lieutenant général.

Claude-François Bidal, chevalier d'Asfeld. D'aliord mestre'de camp d’un régiment de dragons, puis brigadier des aianées du roi en 1094, puis maréchal de camp en 1702, puis lieutenant général en 1704.

Enfin , M.aurice, comte de Saxe, jeune homme de trente-huit ans, héros de rare bâtarde comme Dubois et Ifervvick ; lils d'Auguste 11, électeur de Saxe et roi de Pologne, qui venait de mourir, et d’Auroré de Kœnismark, Maurice de Saxe, qui, à douxe ans, avait eu un cheval tué sous lui et son chaixiau traversé d’une balle à Tournay,

Page 1