LOD» IV
paire appartenant i son valet de chambre lit l'aflaire. Ainsi, il était allé cliercher bien loin ce qu'il avait sous sa main ; ainsi, il avait été obligéde négocier un vol quand il n’avait qu'à réclamerson proprebien.
Le roi, complètement déguisé, ayant deux cents ducas en or sur lui, quitta la maison de l'ambassadeur, et à l’angle de la rue trouva le général Sieinflicht qui l'attendait, déguisé comme lui ; tous deux allèrent alors prendre le major de la place. Ce major, qui était Suédois de naissance, s'était engagé à favoriser la retraite du roi et devait se trouver à certain endroit du rempart. Le major était à l’endroit désigné et attendait. Au bas du rempart deux nacelles étaient amarrées, et dans ces nacelles se tenaient trois hommes, qui connaissant, à ce qu'ils prétendaient, le voisinage, s'étaient engagés à conduire le fugitif jusqu’à Marienwerder, qui était au roi de Prusse.
Au lieu de trois hommes , il y en avait quatre , mais ce n'était pas le moment de faire des questions , le roi accepta ce surcroît d'escorte.
A dix pas du fossé était un poste occupé par un sergent et quelques hommes. Ce sergent avait sans doute une consigne sévère, car Stanislas le vit deux ou trois fois coucher en joue le major qui voulait passer et faire passer les fugitifs saas donner H’explication. Deux ou trois fois même le major poussé à bout mit, de son côté, la main sur la gâchette d'un pistolet qu’il tenait caché dans la pocha de sa veste, mais il réfléchit au bruit que ferait l’arme, au tumulte qui suivrait la mort du sergent, et il préféra lui tout avouer. Alors celuici exigea que le roi vint lui parier à lui-raéme et se faire reconnaître. Le roi y consentit, le sergent s’inclina et ordonna à ses hommes de laisser passer Stanislas et sa suite.
Le major n’avait pas besoin d'aller plus avant, Stanislas le renvoya donc et monta dans la nacelle avec le général Steinllicht; il commença de voguer ou plutôt de ramer à travers la campagne inondio, dans l'espoir de gagner la Vistule et de se trouver à la pointe du jour de l’autre côté du fleuve et par conséquent presque hors d'atteinte de l’ennemi.
Mais, après un quart de lieue à peine, les conducteurs du roi ayant rencontré une cal>ane située au milieu des marais, déclarèrent que, pour ce jour-là, il y avait assec de chemiq de fait , qu’il était trop
StaniHliJs, roi de Pulof^ne, abaiidunnanl Danlzûl.
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lard pour tciiler le passage de la rivière, et qu’il fallait se décider à demeurer là le reste de la nuit et le jour suivant. Le roi eut beau faire des représentations, c'était un parti pris, il fallut céder. Il descendit de sa nacelle et entra dans la maison.
Ce fut alors, qu'à la suite de cette première lutte (pi’il venait d’avoir avec son escorte, Stanislas jeta un regard investigateur sur les hommes qui la composaient.
Le chef était un homme de trente à trente-cinq ans , affectant sur ses compagnons un air d’autorité qu’il prenait en toute occasion pour présenter les projets les plus extravagants, c’était à La fois le type de l’ignorance, de la sottise et de l’entêtement. I.es deux autres appartenaient à cette classe vagabonde, moitié soldat, moilié bohème, qu’on appelle sznapans et dont nous donnerons une idée plus exacte en rap]>elant que de ce mot sznapan , nous avons fait chenapan ; eux connaissaient assez bien le pays , mais ils offraient , à part cet instinct des animaux qui consiste à retrouver son chemin par la vue , l’ouïe et l’odorat , le type le plus complet de la bruUilité.
Le quatrième , celui que le roi ne s’attendait pas à trouver, n’appartenait point en effet à l'honorable compagnie. C’était un banqueroutier qui , fuyant les recors, s'était arrangé pour gagner la Prusse' à l'aide des dispositions prises en faveur du roi.
Tout cela ne rassurait pas le fugitif, aussi fut-ce le cœur profondément serré qu’il entra dans la cabane et que, couché sur un banc, la tète appuyée au banqueroutier qui, en vertu de l’égalité dans le malheur, |iarlagcait ce 'banc avec lui, il attendit le jour.
Le jour venu, le roi sortit de la cabane, il était à une derai-lieue de Dantzick que l'on continuait de bombarder, et il ne perdait aucun détail du bombardement. Le roi passa toute la journée dans l'impatience de la voir finir. Ilcurcuscment'la cabane dans laquelle il se trouvait était si misérable et si isolée que personne n’y vint.
On se remit en chemin avec la nuit, seulement, au fur et à mesure que l’on avançait, le chemin devenait plus pénible; on était arrivé au milieu d’une forêt de roseaux dans laquelle il fallait se frayer un passage , non-seulement en les Partant, mais encore en les écrasant sons le fond de la barque, il en résultait que cette cour-
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bure non-seulement faisait , dans le silence de la nuit, un bruit qui pouvait £tre entendu , mais encore laissait une trace qui donnait toute facilité à poursuivre les fugitifs.
De temps en temps, en outre, il fallait descendre du bateau enfoncé dans la vase et le tirer à force de bras dans les endroits où il y avait plus d'eau.
Vers minuit, on arrivait à la chaussée d'une rivière que l'on crut être la Vistule, aussitôt les conducteurs se mirent à tenir conseil entre eux; ni le roi , ni le général Stcinflicht ne furent admis à ce conseil ; le roi profita de ce moment pour prier le général Steinflicht de se charger de l’or qu’il portait sur lui et dont le ballottement le blessait ; mais le général lui fit observer qu’ils pouvaient par un accident quelconque être séparés et qu’alors la perte de cet or deviendrait on ne peut plus préjudiciable au roi. Le roi insista, mais tout ce à quoi consentit le général fut de partager la somme. U prit donc cent ducats et laissa les cent autres au roi.
Le résultat du conseil tenu par l’escorte du roi avait été que , dans le doute où l’on se trouvait des localités, le chef, Steinflicht et le banqueroutier remonteraient à pied la chaussée , tandis que le roi et les deux sznapans côtoieraient cette même chaussée par le marais.
Ainsi , ce qu’avait prévu Steinflicht ne tardait pas à se réaliser, le roi et le général allaient être séparés, il est vrai que ce n’était que momentanément.
Il y avait erreur dans les calculs, on ne se trouvait pas au bord de la Vistule, mais au bord du Néring.
G'pcndant, au bout de cent pas, les deux petites troupes s’étaient perdues de vue; à chaque instant le roi s’informait de Steinflicht, et à chaque information ses compagnons répondaient :
— Soyez tranquille , il ëst là.
Le jour vint, on était perdu ou à peu près , il fallait sans gaspiller le temi>s chercher un endroit où passer la journée et attendre la nuit. Alors les deux hommes en s’orientant reconnurent qu’il devait y ^ avoir dans les environs une cabane appartenant à un paysan de leur connaissance ; on aborda chez lui en lui demandant ;
1 — Avez-vous des Moscovites chez vous? — Je n’en ai pas dana
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cc momenl-ci, dit le paysan, mais si vous avez alTaire à eux, il m’en vient toute la journée.
Le parti du roi était pris, mieux valait encore rester caché dans cette cabane que dans les marais; les deux sznapans conduisirent le roi dans un petit grenier situé au-dessus de la salle commune,, lui olTrirent la disposition d'une botte de paille qui se trouvait là par hasard, et l'invitèrent à se reposer tandis que l'un monterait la garde en bas et que l'autre se mettrait à la recherche du général que le roi ne cessait de demander.
Il y avait deux nuits que le roi n’avait fermé l’œil , il essaya de dormir, mais ses bottes pleines d’eau et de fange, cette séparation , ce dessein marqué par ses conducteurs de s’éloigner de la route qu’on était convenu de suivre, les dangers qu’il courait dans cette cabane où, au dire des paysans, les Moscovites venaient vingt fois le jour; enQn toutes les idées funestes qui passent à travers l'esprit d’un homme en pareille situation, écartèrent de lui le sommeil. Ne pouvant dormir, le roi se leva donc, et, mettant la tête à la lucarne de son grenier, il vit un officier russe qui se promenait dans la prairie à cent pas de la cabane, et deux soldats russes qhi faisaient paitre leurs chevaux.
Ces trois hommes éloignés du camp parurent au roi trois sentinelles placées là pour l’épier, en attendant sans doute qu’on fût allé chercher du renfort, et cette idée fut confirmée dans l’esprit du pauvre prince, lorsqu’il vit une douzaine de Cosaques courant bride abattue à travers champs et venant droit à la caliane ; ce changement dans le paysage, assez tranquille jusque-là, (U que le roi se retira de la fenéti-e et se rejeta sur sa botte de paille, attendant les événements.
\u bout de cinq minutes la bande de Cosaques occupait la salle basse de la cabane.
Uii instant après , le roi entendit craquer l’escalier qui conduisait à son grenier, il s’attendait à voir paraître quelques figures barbues et menaçantes, lorsque au contraire, dans la personne qui venait le visiter, il reconnut son hùtesse, laquelle lui était e.xpédiée par les deux sznapans pour lui dire de se garder de descendre. Le roi n’en avait pas la moindre intention.
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Les Cosaques ne couraient aucunement après lui, ib venaient déjeuner, voilà tout.
Leur séjour dans la cabane dura une heure, mab débarrassé des Cosaques , le roi ne l'était pas de son hôtesse : la curiosité de celte femme avait été éveillée par lesoin avec lequel le voyageur se cachait et par la commission qu'elle venait de remplir près de lui , et elle voulait savoir quel était le grand personnage qui craignait si fort les Cosaques et qu'elle avait l'honneur de recevoir chez elle. Stanklas eut grand'peine à se tirer de cette épreuve, il inventa un roman que son hôtesse crut ou fit semhbnt de croire.
Sur la fin du jour, ennuyé de la réclusion qu’il subissait, le roi descendit pour prendre langue avec ses conducteurs; ceux-ci lui répondirent que le général Steinfiicht n’était qu’à un quart de lieue et qu'il se proposait de rejoindre le roi pendant la nuit , à un endroit de la Yistule dont ils étaient convenus et où il se trouverait un bateau tout prêt pour les passer; mobib doutaient que l’on pût, tant le vent soufflait avec violence, traverser un si grand fleuve dans un si petit bateau.
Le roi nb pouvait plus se défier de l’honneur de ces hommes qui, ayant passé la journée au milieu des Russes , auraient pu le livrer si telle eût été leur intention, mab il craignait leur ignorance. Le soir venu, lise remit donc en route, rassuré sur le premier point, mab fort inquiet sur le second.
A un quart de lieue de la cabane où l’on avait passé la journée, il fallut bbser le bateau, attendu que l'inondation finissait là. On commença donc de marcher à pied dans un sol fangeux où à chaque instant l’un des trob voyageurs entrait jusqu’aux cuisses et avait besoin de l'aide de ses deux compagnons pour ne pas entrer jusqu’au cou.
Enfin, au bout de quatre ou cinq heures on reconnut qu'on avait atteint la chaussée de la Vbtule. Un des sznapans pria alors le roi de demeurer avec son camarade bndis qu’il irait voir si le bateau était à sa place.
lin quart d’heure après il revint disant que le bateau n’y était plus, et sans doute avait été enlevé par les Moscovites.
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Il fallut rentrer dans le marais et chercher un asile où passer la journée; on aperçut une maison et l'on s’achemina vers elle. ’
Mais à [leine la petite troupe avait-elle mis le pied sur le seuil, que le maître de la maison se retournant s’écria en montrant le roi :
— Oh! mon Dieul quel est cet homme?
— Pardieu ! dit untles sznapans, cet homme, c’est notre camarade.
— Cet homme, dit le paysan en ôtant son bonnet et en s’inclinant, c’est le roi Stanislas.
Il n’y avait jias à hésiter.
— Oui, mon ami, dit le roi en lui tendant la main; oui, le roi Stanislas fugitif qui se confie à vous et qui vient vous demander un asile dans votre maison, et le moyen de gagner l’autre bord de la Vistule.
Cet aveu obtint le plus heureux succès ; fier de celle confiance , le paysan n’eut plus qu’un désir, celui de la mériter; il promit au roi de lui faire passer la Vistule , et à l'instant même se mit en mesure de tenir sa promesse.
Pendant que le brave homme était occupé de chercher un bateauet un passage , le roi aperçut le chef de ses conducteurs dont il était séparé depuis trente-six heures, et qui revenait tout courant vers la maison. U le reçut sur le seuil , et son premier mot fut pour lui demander des nouvelles du général Steinflicht.
Le chef raconta alors que la veille, tandis qu'il attendait avec le général et le banqueroutier, le roi, à l'endroit convenu, ils avaient vu accourir vers eux une troupe de Cosaques, alors chacun aurait fui de son côté; lorsqu'il avait retourné la tête, il n'avait plus revu ni le général ni le banqueroutier, et il ignorait ce qu'ils étaient devenus.
Tous les reproches n'y pouvaient rien, le roi prit patience et attendit.
Vers cinq heures du soir il vit revenir son hôte, lequel lui annonça qu’il avait trouvé un bateau chez un pécheur, où logeaient deux Moscovites, mais que son avis était d’attendre plusieurs jours avant de tenter le passage, et cela à cause du grand nombre de Cosaques répandus dans les environs , les uns pour -faire pâturer leurs chevaux , les autres pour suivre la trace du roi dont la fuite commençait à être connue.
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Le roi tint conseil avec ses hommes et le paysan , et il fut décidé qu'il passerait dans la maison oii il était la miitet la journée suivantes.
Ce furent une longue nuit et une longue journée.
Le lendemain vers cinq heures les hésitations coidmcncérent. I^e roi comprit alors qu'il fallait apjieler à son aide un puissant auxiliaire; il fit monter une bouteille d’eau-dc-vio’ et il invita les sznapaus et le paysan à boire à sa santé. A la fin de la bouteille l'elTet était produit et ces hommes étaient prêts à passer pour lui dans l'eau et le feu.
Le roi profila de ces dispositions qui furent encore augmentées par cette bonne nouvelle que les deux soldats russes n'étaient plus chez le batelier, et qu'une barque attendait le voyageur au bord du fleuve.
Le roi et son hôte montèrent à cheval ; le paysan marchait à cinquante pas en avant, les trois autres hommes suivaient à pied par derrière, à chaque pas on traversait de profonds bourbieis où le cheval du roi s'abattait ou s'enfonçait jusqu'au poitrail . De tous côtés brillaient les* feux de divers camps volants semés dans la plaine, mais la clarté de ces feux, circonscrite dans un certain cercle, avait le double avantage de montrer au roi les ennemis et de lui indiquer la ligne de ténèbres qu'il devait suivre pour ne pas être vu.
Tout à coup, l'hôte du roi qui marchait en éclaireur s'arrêta, et revint dire au roi qu'il craignait que le passage qu'il croyait libre ne fût gardé, qu'il eût donc à se tenir où il était et à attendre.
Le roi s'arrêta : le paysan piqua en avant, et au bout d'un quart d'heure revint dire que le passage était en effet gardé, qu'il avait perdu les chevaux dans le pâturage, et qu'il les cherchait sans pouvoir les trouver.
In consternation se mit dans la petite troupe qui décida incontinent qu'il fallait revenirsur ses pas; mais le roi s'opposa de toute sa force à cette retraite, et le paysan voyant combien il répugnait àson illustre compagnon de retourner en arrière offrit de faire une nouvelle tentative et d'essayer s'il trouverait un autre passage, mais le chef et les deux sznapans chez lesquels les fumées de l'eau-de-vie s’étaient dissipées ne voulaient entendre à rien. Le roi fut obligé de
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leur rendre la lilærté de se retirer seuls si cela leur convenait. Alors, ils se eouchèrent il ferre, (gémissant comme des femmes en disant qu’on lc3 faisait miircher à une mort certaine.
Sur ces entrefaites 1e paysan revint; il avait trouvé un passaj^c.
Le roi se remit pu route, et, en effet, au bout d’une demi-heure * atteignit la chaussi'e sans avoir fait de mauvaise rencontre. Sur cotte chaussée on vit, ou plutôt on entendit venir un chariot moscovite.
Le roi se rangea de côté avec sa troiqie et le conducteur du chariot pas.-.a sans voir personne. A cent pas de là, on laissa les chevaux jvour faire un quart de lieue à pied ; ce quart de lieue fait, on se cacha dans tes broussailles, tandis que le |iaysan allait de nouveau à la découverte. Au boutd’uninslant,on entendit le bruit des rames. l.eliatelicr venait chercher le roi au bord du fleuve et lesfugitifss'emlMrquèrent.
Prêt d'aliorder à l'autre rive, le roi tira son hôte à part, et prenant dans sa piKhe une imigm'-e de ces ducats qui rincommndaicnt si fort et dont par bonheur Steinflicht u'avait pas voulu se charger entièrement, il la 'mit dans la main du brave homme, lc<|uel, secouant la tête, commença par refuser toute rétribution, et finit enfin, sur les instanles prières du roi, par prendre respectueusement deux ducats dans l'auguste main qui s'étendait vers lui. Ce fut tout ce qu'il consentit à recevoir.
Une fois sur l'autre bord de b Vistule , le roi n'avait plus besoin de lui. Aussi, après avoir déposé le roi sur la rive, après avoir respectueusement baisé le pan de son habit grossier, il repassa le fleuve avec le batelier.
A cent pas de la Vistule, on a|>ercevait un gros village. Le roi y arrivaau point dujour. Là, croyant n'avoir plus rien à craindre, le chef et les deux sznapans se jetèrent sur un lit, où ils disparurent dans lu plume dont aucune instance ne put les tirer.
IjC roi vit alors qu'il ne devait s'en rap|>orter (|u'à lui-même, du soin de trouver un nouveau moyen de transport . Il eveillu un paysan, >•,
etfittant que cet homme consentit àaller chercher une voiture quelle qu'elle fût et à quelque prix que ce pût être. Seulement, le roi fit la faute de payer d’avance sou messager, de sorte que son messager revint ivrc-iuort.
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Cependant il avait eu, tout ivre qu'il était, l'intelligence de faire nu à peu près la commission. Il ramenait un homme qui voulait bien louer un chariot plein de marchandises , mais à la condition qu'on en consignerait le prix. Le roi offrit de les acheter. Le marché fut passé moyennant vingt-dnq ducats, et le roi se trouva à la tête d'un assortiment de toile de Sa.xe.
Cependant le marché fait à la liàte dans la rue, en face des passants, avait ameuté quelques personnes. Il s'agissait donc de partir sans perdre de temps, lorsque l'un des sznapans voyant sans doute la facilité avec laquelle le roi se défaisait de son argent, sortit de la maison où il venait de reposer une heure ou deux et commença à vanter tout haut les services que lui et ses compagnons avaient rendus au roi et à en demander le prix , et ce prix , à son avis, devait être d'autant plus élevé et d'autant moins marchandé par le roi qu'il avait risqué sa liberté et sa vie; en conséquence, il prétendait donc et sur l'heure recevoir le prix de tout cela.
I>a situation devenait cmbornissante : la foule' comme toujours paraissait prête à prendre parti pour le réclamant; quand, au grand étonnement du roi, le chef sortit delà maison, reprocha à l'homme son ivrognerie, et, se retournant vers le (leuple :
— Ne croyez pas un mot de ce que dit ce drâle-là, ajouta-t-il, c'est son habitude quand il est ivre de prendre ses compagnons pour des grands seigneurs et de leur demander le prix de services qu'il ne leur a pas rendus.
Puis, le prenant par le bras, il le fit rentrer -dans la maison au milieu des huées des assistants.
Il n’y avait pas de temps à perdre, le roi renvoya l'ambassadeur celui de ses deux sznapans qui n’était pas ivre, il fit monter dans la voilure celui qui l’était, se plaça près de lui et confia au chef la conduite du cheval et de la voiture. On sortit du village sans demander aucun chemin ; car on ne voulait pas en cas de poursuite laisser trace du passage royal. Le roi s'orienta coniecturalement, et comme il . s’agissait maintenant de passer le Nogat, le roi essayait de gagner la l>oiiite,où il se sé|Kire de la Vistule, laissant sur la gauche Harienbourg, où il y avait garnison ennemie.
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La (lelitccaravann traversa plusieurs villa|;c.s habités par des Saxons ou des Moscovites, sans ipic ni les uns ni les autres s’opposassent à son passage, ci sur les huit licurcs du soir on arriva nu bord d’une rivière. Un calwret était pris de cette rivière, et à quclipies pas du raltarcl une vieille nacelle ouverte de toutes paris; les gens du roi s’écrièient alors qu’ils étaient au Iwnl du Nogat et que la Providence elle-même leur onvopit ce Ixaleau pour le traverser. Di'jà ils s’occupaient de imussor le batclet à l’eau, lor.s(pie le roi s’informa à un paysan quelle élait celle rivière pri-s de lacpiellc il était arrêté. Celle rivière, c'était la Vistule; le Nogat élait à une lieue et demie plus loin. .Si le roi ne s’élait |xis informé, il allait se retrouver sur cel autre l>ord <lu fleuvo qu’il avait eu tant de |veinc à ipiitlcr.
II ébnt difficile de gagner le pays avec la voiture, les chevaux étaient ércinté'sdc la marche forcée (pi’ils iivnient faite. Le roi entra dans lecaltaret, sc donna pour un boucher de Marienbourg qui désirait p,Tsser le Nogat |iour aller au delà faire des achats de bétail et demanda s’il ébiil por«ible de se procurer un hat&au. L’hùto secoua la lêlo, selon lui tous les bateaux, même les plus piclils, avaient été enlevi's )>ar les Russes et conduits à Maricnivourg, à cause des (urtis polonais (pii liatlaieni la campagne de l’aulre cété. Encore un obstacle <|ui se présentait au moment où l’on touchait au salut.
lie roi |iassn la nuit dans une grange, nuit d’insomnie comme toutes celles (|ui s’étaient é-coulécs depuis qu’il avait quifb: Dantzick ; une seule nuit il avait reposé, c’était la nuit ipi’il avait (lassc-e (diuz le brave pays.an qui l’avait reconnu.
Au point du jour, le roi remonta dans son chariot et se mit en roule suivant la chaussée, par des chemins affreux. Au bout de deux iH'urcs de marclic on rencontra un village. Le roi descendit de son chariot, entra dans une maison , et comme la veille sc donna pour un marchand liouclicr de Marienbourg qui allait acheter du bélsil de l’autre ci'ité du Nogat.
— Cela tombe à merveille, lui dit l'hùtessc, et vous n’avez pas besoin de traverser l.i rivière. J'ai du bé'lail à vendre, et comme je suis de bonne conqvosition nous nous arrangerons, j'eujsuis sûre. — Cela est impossible, ré|K>ndil le roi, allcndu que je dois faire mes