CHAPITRE XI
Le 1"' novembre, Friliourg ca|iitula; le roi signa la ppitulalion, et, laissant à ses généraux le soin de prendre les châteaux, il partit pour Paris, le 8 du même mois, alin d’y faire sou entrée triomphale.
Li cara|iagne de 1742, 4.3 et 44 n’avait jus été heureuse.
La retraite de Relle-lsle, si habile qu’elle fût , avait découragé les es|irits. Maillehois, qu’on ap|)elail le général des .Matimrins, avait laissé tout à faire à sou collègue. Ségur, maiU’ede la haute Autiiche,
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l’avait évacuée; Broglie s’élail à (teu près enfui de Bavière sans coup férir; l'emiKîreur, tpie nous avions élu, avait perdu non-seulement les Ktjits tpie nous lui avions promis, mais encore une portion de ceux (ju’il |K)ssédait, et était devenu la risée de l’Europe entière. La garnison d'Kgra, dernière place forte qui nous restait en Bohème, était prisonnière de guerre. .Nouilles, jxir la faule de son neveu Gram mont , avait laissé échapixîr le roi Georg('s II à la bitaille d’Ellinguen ; depuis deux ans, de tous cété-s, nous hatlions en retraite, et le partisan Mcntzel avait fait plus d’une cxiaii-sion au delà de nos frontières en menaçant de venir confier les oreilles aux Parisiens. la; peuple n’apprenait que des nouvelles de défaites, il ne vovait que des troupes vaincues, il avait usé ministres et généraux, tout, excepté le roi , dans lequel on esfHTait encore, attendu qu’il n’avait rien lait. Sa maladie venait, disait-on, des fatigues qu’il avait prises à l’armée; on avait cm qu’il allait mourir; un miracle lui avait conservé la vie; tout concourait donc, si peu de triomphes qu’il eût accompli, à lui firéiKirer une entrée triomphale.
Aussi est-il diflicile de se faire une idée de l’ivresse qui accomfwgna l’entrée du roi à Paris : les arbres des houlevartls plovaient sous les sfiectateurs , les fenêtres scmhlaieut murées avec. des tètes, les toits en étaient couverts. On sortit les grands carrosses du sacre; des chevaux magnifiques et la tète empanachée, traînaient ce beau et jeune monarque, qui, lorsqu’il voulait, souriait d’un si gracieùx sourire. Tout cela exaltait le fieuple attendri, qui pleurait, courait, oubliant de ramasser l’argent qu’on lui jetait, pour se précifiiter aux portiéi'es, voir le roi, le revoir encore, et crier vive Louis le Bien- Aimé I
(à'tte entrée avait lieu le 1 3 novembre.
Le même soir, comme le roi et la reine couchaient aux Tuileries, on entendit gratter trois fois à la porte de communication qui conduisait du roi chez la reine. Alors les femmes de service éveillèrent Sa Majesté et lui dirent qu’elles pensaient que c’était le roi qui demandait à entrer; mais elle, souriant avec tristesse :
— Ah ! vous vous trompez, leur dit-elle ; recouchez-vous et donnez.
Il était vrai (|uc le roi n’avait manifesté aucun désir de f>assercl*t la reine, mais il n’était fias vrai (fue le roi fût dans son lit.
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lj> rni, au oontniirc, venail do se lever, et, sortant des Tuileries, avait passé le l*oiil-lto)ul, et s'était luit emuluirc incognito chez inailainedc Cliàleuuroux, <|ui logeait l uedii Uac, près des Jacobins. Il voulait la voir, coiiiiailre ses condilions pour rentrer à la cour, et lui faire scs excuses de ce qui s’était passé à Metz,
Dix minutes avant qu’oii lui annonçât le roi, lorsqu’elle donlait de son retour, madame de Cliàteauroui eût été trop heureuse de rentrer à Versailles sans condilions; mais à cette heure que le roi venait, en quelque sorte, se mettre à sa disciétion, elle reprenait sa fierté et parlait, non plus en exilée, mais en maitresse. Tout ce <pi elle demanda au roi lui lut accordé, et tout fut oublié. Mais 1a pauvre femme tomlrn malade prestpie aussitét. ].a maladie alla touiours empirant ; onze jours se passiu-ent dans des absences d’esiirit et lies retours à la raison qui donnaient un caractère presque fatal à sa siluation; dans ses délires, elle criait qu’elle était empoisonnée.
Soit aux bras, soit aux pieds , ou saigna neuf fois la duchesse pendant sa maladie, rien ne fit; chaque jour, la tète se prit davantage, chaque jour, le délire fut plus grand ; à chaque retour de délire, elle répétait qu’elle mourait em|M)isonnée. Le 8 décembre, elle mourut dans des convulsions atroces. L’aulo|)sie ne présenta aucune trace d’empoisonnement. Deux jours après, le 10 décembre 1744, elle fut inhumée dans la clia)ielle Saint-.Michel à Saint-Sulpice. Il y avait deux ans, jour pour jour, qu’on avait trouvé lu tabatière d’or du roi sous l’oreiller de la pauvre duchesse.
la! roi fut très-aflligc de cette mort, et alla .4 la chasse pour se distndre. 1.Æ H , il n’avait pu rester au conseil jusqu’à lu lin , et , ne voulanl voir personne, il alla se renfermer à Triunon avec madame de Bouftiers, madame de Modène et madame de Bellel’onds, (aiur y pleurer tout à son aise. La reine eut le courage d’écrire à son mari pour lui demander de partager sa douleur ; mais le roi lui lit ré|iondie par Lebel qu’il ne la verrait qu’à Versailles.
CHAIMTIIE X(I.
L'anin'e 1 74.ï s'ouvrit pr le mariage du dau|>liiii avec l'inlaiite Marie-Tliéii-se-Autuiiielte-Rapliuêle, ülle <le IMiili|>|)e V et d'ElisaiKith-l'uriiése.
Paris était tout en fêle, mais peut-être le roi, protondéraeiit attristé de la mort de madame île Clwteauroux, ressentant une plus forte atteinte de cet ennui qui était le ("iiicer de sa vie, et ipie le vide laissé par la lielle duchesse rendait [dus profond encore ; |(eul-êlre le roi n'eùl-il pris pari à aucune, si M. de Richelieu ne ftil revenu des Étais du l^mguedoc [Kiiir lui rendre un [Km de gaieté : il org.misa des fêtes toutes Ixiurgcoisrs données pr la ville de Paris, mais qui u'en étaient que plus originales pur un roi liahilué aux fêles princièi'es. la s chefs de métiers s<> n'iinissaient et élevaient dis saHes de hal laidOt à un endroit, taidôt à un autre, aujourd'hui sur la [dace Vendôme, demain sur la place des Victoires; chacun ap|iorlait son contingiMd : les cliarpnliers hétissaient la salle, les éqiissiers la meuhiaient, les prcelainiers y a[i|Kirl<uent leurs plus beaux vases, les marchands de fleurs en faisaient un jai-din d'ls|xihau ou de ftigdad; on arrivait ainsi, pria réunion des industries, à un luxe que les plus puissantes fortunes royales n'eussent |ms pu atteindie.
Cette fois, il y avait Ixd mast|iiê sur la place de (iréve. De|iuis quelque temp, tout était à l’orient , et à l'orient conmv on le com- [vrenait du teiiqis de Ijiuis XV; Galland avait traduit scs Mille et une l\'nils, Monlc'stjuieu ses l.eltres persanes ^ Voltiiire avait fait jouer Zn'/re; il y avait donc à ce Iwl fone honris, force sultanes, force kiyadéres, quand, au milieu de toutes ces étoffes de ItTocart d'or et d'argent , le roi vit s’avancÆr vers lui une simple Diane chassi'resse , portant l’arc à la main et le car([Uois sur l'é|wule, montrant un bras rond cl blanc, une jainlsî line, une main de drissco, la belle Diane était masrjiu'e, et ce|K'ndant, aux effluves symp.ilhiqucs qu’elle répudail autour d'elle, le roi devina ([uc ce n était point une étrangère; elle parla, et, en parlant, montra des dents de pries, puis, à travers ces dents, elle laissa tomber tout un monde de rail-
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liîrios fines, de ccK|iietleries suprOmes , de flatteries ingénieuses ; elle ne s'élail pas encore démasquée que le roi en était déjà fou, et, quand elle se démasqua, ce fut bien pis, car, dans la bulle Diane chasseresse, il reconnut la nvmphedcs bois de Sénart, celle qui lui était apparue, tantôt emportée par un cheval, tantôt à demi couchée dans une de ces conques de nacre que Boucher donne pour char à ses Vénus et uses Amphitrites, cette belle madame d'Ëtioles, enfin, pour laquelle un soir la pauvre duchesse de Chàteauroux (•crasa le pied de madame de Chevreuse. Les femmes ont de ces presscnlimcnts-là.
Celle-ci n’est pas une grande dame comme les Vintimille et les Mailly, dont nous avons déjà parlé; ce n'est pas non plus une fille du [leuple comme Jeanne Vaubernier, dont nous parlerons plus tard; c’était Antoinette Poisson : les uns la disent fille d'un riche fermier de lai Ferté-sous-Jouarre, les autres p«'‘tendent qu’un boucher des Invalides est son père; quoi qu'il en soit, elle a é)K>usé M. Lenorinand d'Étioles, le plus riche des fermiers-généraux, elle a vingtdeux ans , elle est musicienne prfaile, elle jette sur la toile de charmants paysages , sur le carton d'adorables [lastcls ; elle aime la chasse, le plaisir, la déi>ense, les arts; elle a en elle de la Vénus et de la Madeleine.
l'n souper fut arrangé entre le roi et madame d'Étioles; Binet , paient de la belle Diane et valet de chambre du dauphin , fut l'interinédiaire de ces nouvelles amours ; ce sou|>er eut lieu le 22 avril 174.5; M. de l.uxerabourg et M. de Bichelieu y assistèrent. Ce tact (xirfait du courtisan qui n’avait jamais trahi Bichelieu lui manqua cette fois; il ne vit dans madame d’Étioles, ni ce qu'il y avait, ni ce qu’il y aurait; il fut froid pour elle, dédaigneux de son esprit, insensible à sa beauté; elle ne lui pardonna jamais. 1-e souper fut fort gai et la nuit fort longue. Dès ce jour-là madame d’Étioles occiqia à Versidlles l’ancien apyiartcment de madame de Mailly. (jiiels mélanculiipies mémoires écriraient les murailles de certaines chambres, si les murailles pouvaient écrire!
A |Kirlir de ce moment, deux partis bien distincts se formèrent à la cour, le parti du dauphin, qu’on nomma le’ parti des dévots, et
.Madiimr de l’mii|>adoiir.
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celui de h nouvelle fnvoritc. Tout cela se passait tandis que M. Leuormand, qui adorait sa femme, se trouvait à la terre de M. de Lavidette, un de scs amis, où il était allé passer les fêtes de Pâques. O fut là qu'il apprit de M. de Toumehara que sa femme avait quitté samaisoii,lialiitaitVers;iilleset était maîtresse déclarée. Il fallut éloigner de lui toutes les armes, il était au désespoir et voulait se tuer; dans sa douleur, il écrivit une lettre à sa femme et chargea M. Tourneham de la porter. La première chose que fit madame d'Elioles fut de montrer cette lettre au. roi , lequel la lut avec beaucoup d'attention et la lui rendit en disant
— Que vous avez là. Madame, un mari honnête homme!
I.a position de madame d'Étioles (ut fixée dès le premier moment ; le 9 juillet 1745, c’est-à-dire trois mois à peine après ce petit sou)icr auquel assistaient M. de Luxembourg et àl. de Richelieu, le roi lui avait déjà écrit quatre-vingts lettres. Ces lettres étaient scellées d'un cachet qui portait ces deux mots : discret et FtbÉLE.
I.e 1 5 septembre de la même année , à six heures du soir, madame d'Ëtioles fut présentée par madame la princesse de Conti , qui avait réclamé cet honneur. Madame d'Étioles débuta comme madame de Chàteauroux, par pousser le roi à prendre lui-mcme, à l’ouverture de la campagne , le commandement de l'armée, mais plus habile que la duchesse, elle ne demanda point à l'v suivre.
Malgré la mort de Charles-Albert, arrivée le 20 janvier, laquelle mort nous permettait de reconnaître Marie-Thérèse , la guerre avait repris , et surtout allait reprendre avec plus d'acharnement que jamais; c'était notre influence diplomatique que les cabinets du nord xoiilaient abaisser; c’était notre nationalité qu’ils voulaient amoindrir. La coalition élaitcomplète ; les Hollandais venaient de se joindre aux Anglais et aux Autrichiens ; c’était encore la même ligue contre laquelle avait lutté Louis XIV, contre laquelle luttait I.x)uis XV, contre laquelle devait lutter la République et l'Empire, contre laquelle nous lutterons de nouveau avant qu'il soit longtemps. Les Anglais avaient fait un grand effort, ils avaient jeté sur le littoral de la Hollande vingt bataillons anglais et écossais, vingt-six escadrons, cinq régiments hanovriens, formant quinze mille hommes, et seize
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loris osriiilrons s’rlaicnl iviinis aux Anplais; les filais généraux avaient fminii vingt-six Ivalaillmis et quarante csrxulrons; untin, rAntriche avait envoyé huit escadrons de cavalei ie légère et de hussards hongrois, lai prince Charles avait en outre, sur le Rhin, une armée de quatre-vingl mille hi>mmcs, qui incessamment devait être |HJilée à cent vingt mille. Le duc de Cumberland commandait les Anglais, les Hollandais et les Ilanovricns.
Ia> gouvernement français lit de son côté des prodiges, pour melire sur pied une armée honorable. Nos deux grands organisa- 101111; n’élaicnl plus là malheureusement; envoyés en négociation à Rcrlin , le comte et le chevalier de Belle-lsle avaient été arrêtés cl conduits en Angleleri-e; on n’en léunit pas moins cent six bataillons, soixante-douœ escadrons complets et dix-sept conqiagnics franches. Celte armré, qui prit le nom d'armée de Flandre, lut mise sous le commandement du maré'chal de Saxe. Malheureusemont’ encore, le niimérlial de Saxe était ullcint d une hydropisic. Quand on le vit à Paris, se trainant à pidiie, on lui lit remiu-qiier sa faiblesse; mais il se ronicnia do répondre : Il ne s'agit p:is de vivra, mais de partir. En. ellet, il était arrivé mourant à l’armée.
Le roi était à Pont-Achain le 7 mai ; le lendemain, il alla visiter le champ de bataille que le maréchal avait choisi ; car, par la («isilion des deux armées, l'ennemi se voyait forcé d’accepter le comlat tel que le lui offrait le m.aréchal, ou de laisser prendre Tournai. Le champ de bataille dénotait le grand homme de guerre; tout était préparé (wur lu victoire, tout était prévu pour la défaite : c’était une plaine lourmenté-e de ravins, resserrée entre Fonlenoy et le bois de Barry, et qui, s’élargissant ensuite, pcrmellait à notre ligne un dévelopiiement de trois quarts de lieue a ]X‘U pri-s. .Ainsi disposée, l'armée appuyait sa droite à Antoin, sa gauche nu bois de Rirry; tout son front , dont Fonlenoy formait le centre, était couvert de redoutes. Antoin, surtout, avait été fortifié et entouré d’abattis d'ni^ lires; en outre, une batterie de six pièces de seise, placé'c au delà de l'F2scaut, (irenait en échar|ic toute armée qui cét tenté de s’avancer dans la plaine sé-parant Antoin de Péromie ; quant à rextrème droite rlu l'ois de Boi-ry, elle était protégée par deux rc loules assex
ripprncli(Vs do Fontenoy |Kiiir que loiira fotiv ut; croisasspnt avec ceux de Cliàville. Or, comme Aidoin ne |iouvait cire atlaqué que par la plaine de l'éronne, comme on ne pouvait alleiiidre rariuée française qu'en traversant le défilé de Fontenoy, de quelipie coté que SC présentât l'ennemi , il fallait qu'il s'exposât, pour une victoire douteuse, à une défaite. En outre, et en cas de revers, le maréchal de Saxe avait établi en avant du pont de Gilonne, le seul sur lequel on pût traverser l'Escaut, une tête de pont eu double couronne, où il avait laissé six mille hommes de li'ou|ics fraiebes. üu moment où le danger deviendrait trop iminineid, le roi et le dauphin devaient donc se retirer par le pont, sous les reiraucbcmeiils duquel l'année, de si près quelle fût poursuivie, pouvait iwrfdite ment se rallier.
De leur côté, les allies étaient divisés en deux cor[)s, (xiur faire face à la fois aux deux jwints d'attaque an’éti's d'avance. I-e jeune prince de Waldeck avec les Hollandais menaçait Antoiu ; les Anglo- Hanovriens, sous les ordres du duc de Cumberland, s’apprêtaient à forcer le défdé de Fontenoy, et formaient un vaste demi-cercle autour de notre armée , appuyant leur gauche à Péronne et leur droite à Barry. I,es deux armées employèrent la journée du It) et la nuit du 1 1 à faire leurs dispositions.
Le roi passa la journée du tO cher le maréchal de Saxe, qui, sur son ordre exprès, était reste couché. Le maréchal était atteint d’une hydropisic parvenue au troisième degré, et s’était refusé à la ponction, de peur que l'opération, ne tournant mal , ne remia^ chat d’assister à la bataille. Ce[)cndant, comme il avait grand espoir dans le succès de la journée du lendemain, il fut très-gai. De son côté, le roi était plein de coidiance et de sérénité. La conversation tomba sur les batailles oii les rois de France s’étalent trouvés en personne. Le roi rap]>ela alors aux assistants que depuis la bataille de Poitiers, aucun roi de France n’avoit combattu aveu son fils, et que depuis celle de Taillebourg, gagnée par saint l.a)ui8, aucun de ses descendants n’avait remporté de victoire imporlanto sur les Anglais; c'étaient deux revanches a prendre pour une. ix>uis XV quitta le maréchal de Saxe, sur les onze heures, et revint chez lui
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avec le d.nipliin. Les deux princes passèrent la nuit dans la même chambre. A quatre heures, le roi se leva, et alla réveiller, lui-méine, le comte d'Argcnson, ministre de la guerre, <|u'il dépêcha aussitôt au maréchal , pour recueillir ses derniers ordres. Il trouva le comte de &i\e couché dans une voiture d’osier, où il pouvait s'étendre comme dans son lit, afin de ne point trqp se fatiguer d’avance et inutilement; il ne comptait monter à cheval qu’au moment même de l’aclion. Le maréchal fit dire au roi qu’il avait pourvu à tout, et qu’il jKiuvait venir. roi ipii avait couché à (àilonnc, monta à cheval avec le daujihin , passa le pool en avant de la Justiee-dc-Nolrel).amo-aux-Bois, à trois quarts de lieue environ du |>onl Calonne, et à’ cinquante pas en arrière de notre troisième ligne de halaille.
A cinq heures on annonça au maréchal que l’ennemi se mettait en mouvement, alors il se fit conduire sur la première ligue, (pii était disposée ainsi : neuf bataillons gardaient Anioin, à gauche jiisipi’au ravin de Fontenoy, quinze bataillons formaient la gauche et s'étendaient derrière le bois de Barry, jusi|u’à Gauvin; toute la cavalerie occupait en arrière un front (igalà celui de l'infanterie, sur deux lignes, derrière la droite, un bataillon de pirlisans appelièi Grassins, était jeté en tirailleurs dans le bois de Barry. Le maréchal de Saxe s’approcha jusqu’à portée de canon de l’ennemi, pour étudier sa position. \je maréchal de Noailles vint alors à lui, pour lui rendre compte d’un ouvrage qu’il avait fait exécuter pendant la nuit , dans le but de joindre la première redoute de droite au village de Fontenoy. Le duc de GrammonI, neveu du maréchal de Noailles, éfiit derrière lui à cheval. Le maréchal de Saxe écouta le rapport , ajiprouva tout, et voyant que l’action allait s’engager, invita M. de .Noailles à se rendre à son poste ; celui-ci se tournant alors vers son neveu, lui dit : — Monsieur de Grammont, votre place est auprèsdu roi, allez lui dire que je serai heureux aujourd’hui de vaincre ou de mourir pour son service.
L’oncle et le neveu s’embrassèrent; tout à coup le bruit du canon se fit entendre, et le duc de Grammont qui se trouvait entre le mariéchal de Noailles et le raan^chal de Saxe, tomba coupé en deux par le premier boulet.
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M. de Noailles fit un mouvement pour le secourir; mais tout était inutile; la mort avait déjà commencé sa triste moisson. Le maréchal secoua tristement la télé et mit son cheval au galop. Au même moment, toute la ligne française s'enflamma et répondit par une décharge générale. lîientét on ne s’en tint plus à la canonnade, on s’aborda corps à cor]». Les Hollandais/dirigèrent deux attaques sur Antoin, et deux fois ils furent repoussés. A la seconde attaque, un escadron presque entier fut emporté par une bordée croisée de la liatterie placée derrière l'Escaut, et d'une autre batterie placée en avant d'Antoin, iln’en resta que douze hommes. Quant aux Anglais, repoussés trois fois de Fontenoy, ils étaient revenus trois fois à la charge, et se reformaient pour tenter une nouvelle attaque.
Le duc de Cumlierland avait remarqué que les Français devaient leur avantage au feu croisé de leur artillerie. En conséquence, il ordonna à un major général, nommé Ingolsby, de s’emparer du bois de Barrv, et d’enlever les deux redoutes. Le major vint se heurter au bataillon des (îrassins; il crut avoir affaire à une brigade tout entière, battit en retraite, et vint demander du renfort au duc, qui le fit arrêter. Les coups de feu partis du bois avaient déterminé le maréchal de Saxe à y envoyer deux bataillons. Résolu à forcer le ravin, M. de Cumberland forma une colonne d'infanterie de vingt mille Aiiglo-llanovriens, plaça six pièces à la tête et au centre de sa colonne qu’il porta en avant. Les gardes françaises et suisses, protégé'cs par un ravin , crurent n'avoir affaire qu'à une batterie soutenue par un bataillon : ils résolurent de l'enlever ; mais arrivés sur la crête, ils trouvèrent une armée ; soixante grenadiers et six officiers furent couchés à terre. Ils reprirent leurs rangs, et la colonne ennemie apparut en haut du ravin. Elle s'approcha lentement, l’arme au bras, la mèche allumée , sans que les gardes françaises et les gardes suisses, qui n'étaient pas mi contre dix, fissent un pas pour reculer. Arrivés à cinquante pas, les officiers anglais, à la tète desquels se tenaient MM. de Camplæll, d'Alberinalc, de Churchill, saluèrent du chapeau. Le comte de Chabannes, Ic-duc de Biron, qui étaient sortis des rangs pour aller au-devant d'eux , et tous les officiers rendirent le salut.
LOILS XV
Alors milord Charles Haj, eapilaiue aux gardes anglaises, fit qwitre [xis eu avant et cria :
— Messieurs des gardes françaises, lirez!
A ces mois, M. le conile do llauleroi'he, lienlenanl des grenadiers, fil égalcmciil quaire pas en avanl, et répondit à voix haule :
— Messieurs, nous ne lii^ons jamais içs premicis. — Tire/ vonsuiètncs, s’il vous plait.
Et il remit sur sa tète son chapeau, que jus<ju’alors il avait tenu à la main.
Aussitôt les six pièces de canon tonnèrent, et la fusillade commença pjir division. Dix-neuf ol'llcicrs des gardes cl trois cent quatrevingts soldats, le culonc! des Suisses, M. de Courlen ; son lieutenant colonel, quatoiTe officiers et deux cent soixante-quinze soldats, tomhcrcnl tués ou blessés à cette première décharge. M.M. de Clisson, de Langc) et de Peyre étaient morts. La colonne anglaise avança au pas de couise. régiment royal protégea la retraite des gardes, (jui vinrent se reformer derrière lui, et. vint lui-mènic se réunir sous une redoute défendue par le régiment du roi. La colonne avançait toujours du même ps, tiranten marchant, et cela avec un tel ordre, qn’on voyait les majors appuyer leurs cannes sur les fusiU des soldats, afin qu'ils tirassent bien à hauteur d'homme. Les redoutes des bois de Barry et de Fontenoy foudroyaient toujours la colonne ma> chante; mais elle brisait tout ce (jui ie présentait à son front. Le désordre s'était mis dans l’armée française. Le maréchid oublia ses douleurs ; il se fit amener un cheval et le moriUi. Comme il n’avait [ms la force de porter une cuirasse, il prit à son bras un jwlit bouclier de taffetas piijuc qu’il jeta aussitôt, ce poids, quelque léger qu’il fût, étant encore trop loind |)onr lui. L’ennemi avait déliassé les liatterics de Fontenoy, qui mainiuaient de boulets et liraient à jtoudre pour ne pas laisser voir aux alliés qu’on manquait de projectiles. Le maréchal envoya le maniuis de Meuse au roi, pour lui dire do revisser le pont. M. de .Meuse trouva le roi immobile au milieu des fuyards.
— Je suis sûr que le maréchal fera ce qu’il faudra, réixmdil Louis XV au manpiis ; mais je resterai où je suis.
LOUIS XV
Lt riilnnnp avnnrait loiijoiirs. Ij's fuyards sc'iwriTenl un momonl le roi du dau|ihiii. l.o comte d'AcliévinI supplier le roi de s'Hoigner. M. d'Aclié avait le pied biiso par une halle, et s’évanouit de douteur devant le roi. ’
— Comment est-il possible que de pareilles troupes ne soient pas victorieuses? dit Maurice de Saxe en voyant .M. de Guerchy et le régiment des vaisseaux aborder la colonne anglaise à la Ivaionnctte.
La colonne n était plus qu’à six cents |)as du roi , qui déclarait au duc d’Harcourt qu’il était décidé à mourir oii il était. En ce moment le duc de Richelieu, aide-de-camp de Louis XV, accourait.
— Qu y a-t-il? s’écria en l’apercevant le duc de Noaitles, et quelle nouvelle apportez-vous?
— J’apporte la nouvelle que la bataille est gagnée, si l’on veut, dit le duc; l’ennemi même est étonné de sa victoire; il ne sait plus s’il doit aller en avant, car il n'est pas soutenu )var sa cavalerie. Qu’on fasse avancer une batterie contre lui , que les redoutes de Barry et de Fontenoy, ipii maintenant ont des houlcis, redoublent leur feu, et tombons tous ensemble sur lui en fourrageurs.
— Très-bien, dit le roi. Monsieur de Richelieu, mettez-vous à la tête de ma maison, et donnez l’exemple.
M. de Richelieu part au galop, .M. de Péquigny rencontre quatre pièces qu’on ramenait; le duc de Cliaiilnes rassemble ses chevaulégers, M. de Soubise ses gendarmes , M. de Grille ses gi-enadiera à cheval, M. de Jumilhac ses mousquelaircs, M. de lliron conserve Antoin avec le régiment de Piémont. Li colonne n’est plus (pi’à cent pas de la batterie qu’on vient d’établir par le conseil de. M. de Richelieu. Tout à coup elle se démasque et fait feu. Fontenoy et Barry tonnent à la fois; l’infanlerie française fond en flanc sur la colonne que la maison du roi, la gendarmerie et les carabiniei-s attaquent de front. Un instant encore le succès lut douteux. La colonne gigantesque faisait face de tous cêtés. Enfin le régiment de Normandie commença à l’entamer; puis les Irlandais, puis Royal. Bientôt on vit le serpent se tordre, se débattre, cou|ié en trois tronçons, et la colonne fit son premier pas en arrière. Alors chacun redoubla de courage, l’armée tout entière avait à venger huit heures
LOUIS XY
de défaite. La colonne harcelée iiiiil enfin par changer sa reli'aile en déroute. Tout était détruit ou prisonnier : pas un de ces quinze ou dix-huit mille hommes n’échappait, si la cavalerie ne fût venue les soutenir. '
Louis XV avait lancé son cheval au galop, et allait de régiment en régiment. Partout on entendait des cris de victoire, là où un quart d'heure avant on entendait des hurlements de rage et des râles d'agonie; les soldats faisaient sauter leurs chapeaux en l'air; les drapeaux criblés de balles s’inclinaient , les blessés se soulevaient pour faire encore un geste de la main ; c’était un délire général. Le marcehal de Saxe se laissa glisser aux pieds de son cheval, et tomba aux genoux du roi.
— Sire, dit-il , je puis mourir à cette heure; je ne désirais vivre que pourvoir Votre Majesté victorieuse. Maintenant vous savez à quoi tiennent les batailles.
Le roi releva le maréchal et l’embrassa à la vue de toute l’armée.
La bataille de Fontenoy ouvrit une série de victoires qui finit par amener la paix d’Aix-la-Cha[)ellc. Ijc 1 8 juillet, le comte de I.oweodahl prend Gand par escalade. Le 22, Bruges ouvre scs partes au marquis de Souvré. Le 1” août le roi se rend maitre d’Oudenarde, Dendermonde se rend au duc d’Harcourt, Ostendc et Nieupnrt au comte de Lowcndahl, et Altsau marquis de Glermont-G.dlerandc. Par la prise de celte dernière ville, la campagne de 1745 est close; celle de 1746 s’ouvre le 20 février par la prise de Bmxelles, dans laquelle le roi fait son entrée le 4 mai. Leroi se metà la tète de son armée et marche sur Louvain, Liers, Arschot, Herentals et le tort Sainte-Marguerite <{ui sont abandonnés sans coup férir. Le 20 mai, la ville d’Anvere est prise, le 30 la citadelle. I/; 20 juillet, Mons se rend, le 2 août Charleroy, le 19 septembre Namur. Enfin, pour terminer la canqiagne de 1746 par un coup d'éclat, le maréchal de Saxe gagne le 1 1 octobre la bataille de Raucoux, tue à l’ennemi douze mille hommes, lui fait trois mille prisomiiers, et ne perd pas onze cents hommes.
La campagne de 1747 s’ouvre par l’entrée des troupes en Zélande, et par la prise des forts du l'Ecluse et de Disleudick, par le comte
honlono) . Le régiment tlo Normandie aborde le premier la colonne anglaise.
LOUIS IV
de Loweiidahl. Ijë 24 avril, ceux de la Perle et de Licfkeiiskmrli sont cmiwrti'S i>ar M. de Contades. Le 1"' mai, M. de Montmorin s’empare du fort Philippine , et , le 1 5 se|)temhre , le comte de Lowendahl prend Bcrg-op-Zoom l’imprenable.
Voilà pour l’année 1747.
Enfin, le 13 avril 1748, Maêstricht est investie et se rend le 4 mai. Le roi avait dit au maréchal de Saxe :
— Pourquoi les alliés, malgré leurs défaites, ne font-ils pas la paix, maréchal î
Le maréchal avait répondu avec le laconisme qui le caractérisait :
— Sire, dans Maêstricht.
En effet, une fois Maêstricht rendue aux Français, les hostilités cessent en Italie entre le duc de Richelieu et le comte de Brown.
La reine de Hongrie, le roi d’Espagne et la république de Gênes, adhèrent aux préliminaires de paix convenus après la reddition de Maêstricht, entre le roi de France, l’Angleterre et la Hollande, et qui amènent le traité d’Aix-la-Chapelle, signé le 18 octobre 1748. Voici les changements que le traité d'Aix-la-ChapcIlc apportait à l'équilibre européen. Don Carlos recevait la confirmation du royaume des Deux-Siciles , le duc de Modène, qui avait épousé mademoiselle de Valois, fille du régent, était remis en possession de ses États; enfin, l’infant don Philippe obtenait les duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla. Le roi de Prusse, qui avait commencé la guerre, fut celui qui en lira le plus d'av.antages. H conserva la Silésie, qu’il avait conquise, et se trouva tout à coup, [wr cette augmentation de territoire et aussi par les sévères économies de Frédéric P', son [)cre, à la tête d’une puissante nation. Enfin, le duc de Savoie, pour prix de son alliance avec l’imi>ératrice , obtint une partie du Milanais. Comme on le voit, le marquis de Saint-S<Werin, envoyé de la France au congrès d'Aix-la-Chapelle, avait bien suivi les recommandations de son maître. Louis XV avait voulu traiter, non en marchand, mais en roi.
Pendant ce temps, avait eu lieu l’expédition du prince Charles- Édouard en Écosse. La mort du roi Philippe V d’Espagne au Bucii- Retiro. La mort du comte de Boimeval à Constautino|ile. La mort
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du chevalier de Bdle-lsle, tué eu aUa(|iiimt le rcmparl d'Exiles. Eulin, celle de M. de Vintimillc, ai clievèque de Paris.
L’ex|iédiliün du prince Charles-Edouard se ratlachant à notre situation avec l'Angleterre, était encouragée par la France. C'était une diversion puissante que tentait le gouverncinent de LouisXV.
Le prétendant, parti de Nantes sur le bàliinenl la Ooiilelle, arrive vere la lin d'août à l'ile de Barra, l'une des Héhrides; de là, sans autre soutien que son nom, sans autre étendard qu’un cidlîou de talTetas apporté de France, sans autre ai-nû'e (|ue sept oflieiers, sans autre matériel que neuf cents fusils, il passe en Écosse, et déhaï que, le 2.'i juillet 17io, d.ins le Moidart.
On connaît les différentes chances de cette folle cxiiédition du prince Charles-Édouard, qui faillit réussira cause de sa folie même. Entouré do ces quelques hommes, seconde par lord Lovât, renforcé par une centaine de clayniorcs du clan du Crants de Glennioriston, apres avoir fait hrider et détruire tout ce ((ui gênait sa marche, il franchit l'escalier du üiable, prend le fortNMlliam, surprend Perth, entre dans Édimbourg, court à Prestou-Pans, où sir John Covve réunit une annré, met celle armée en fuite, pénétre en Angleterre avec six mille fantassins et deux cent soixante chevaux, s'empare de Carlisle, s'eirtonceau cœur du royaume, traveise Mauchester, atteint Derby; arrivé là, il est à trente lieues de Londres; mais on lui avait promis de grands mouvements en sa faveur, et ces mouvements ne se font ;ias ; mais il a dû compter sur des hommes et de l'argent, l'argent et les hommes manquent; alore la division se met dans son conseil, ses soldats commencent a murmurer; seul il garde, à defaut d'espoir, une inébranlable volonté; il veut marcher sur Londres, lutte contre la volonté unanime de son armée; enfin, comprenant l'impossibilité d'aller plus avant, il tourne subitement vere l'Écossc, l'atteint sans être entamé, travense Dumphryes et Glascow, joint qucdqnes renforts français et écoss;iis, va mettre lo siège devant Stirling, dont la défense donne le temps au général Liwlay d'assembler une nrmi'e. Gharles quitte le siège, marche a l'ennemi, le rencontre à Falkirk, arrache un dernier sourire à la fortune; puis, apprenant l'approche du duc de Cumberland et de
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son amM'c, se retire Ji Inverncss, et, de plus en plus resserré imr les troupes royales , est forré d'accepter la fameuse bataille de Culloden. On sait quel en fut le rc-sultat : des cinq mille hommes qui com|)osaient l’armée du prétendant, quinre cents à peu près furent tués. Charles quitta le champ de bataille avec un assez bon nombre de cavaliers; mais, comme il avait compris que tout était tiiii pour lui, il se débarrassa peu à peu de toute cette suite. Sa tète avait été mise é prix à trente mille livres sterling, et iieiit-étre no croyait-il [vas pouvoir compter sur une fidélité pareille à celle qui lui fut garilré. I^e souvenir de Charles 1" vendu par les Écossais à tfrorawell lui revenait à l’esprit.
Alors commença cette fuite miraculeuse dans laquelle John Hume, dans son Histoire de la Rébellion, et James Roswcll, dans sou Histoire et dans son Vopge des Iles de l’Ouest d'Écoae, ont suivi le prince pas à pas; cette fuite peut faire pendant à celle du roi Stanislas. Du cliamp de bataille, et pi-esquesans s’arrêter, le prince gagna Gortuieg, qui ap(xirtenait à lord Lovât. Soit qu’il se trouvât encoi'e trop prés de l’armée anglaise, soit quelafidéliU’^ do son hôte luiivirùt douteuse, il se hâta de gagner le château d’inverrary, où il arriva mourant de faim, et où deux saumons, qu’un pexheur venait de prendre, lui louriiirent son repas. Le château fut sévèrement puni de cette hospitalité d’un jour donnée au prince fugitif, et il fut saccagé par les soldats ànglais ; on fit sauter avec de la poudre à canon les deux châtaigniers qui ombrageaient son entrée. L’uii fut totalement déraciné , l’autre survécut à l’explosion, une moitié continua à donner des feuilles et végéta tant que vécut, ou plutôt végéta ellemême la malheureuse race des Sluarts. Quant à l’argenterie du château, une partie en fut laissée aux mains des soldats, de l’autre un fondit une coupe qui fut longtero|is la propriété de sir Adolphe Ougthon, commandant en chef en Écosse; elle portait cette inscription : Ex prœda prœdalons.
D’inverraryr, Qiarles {«ssa dans le Long-Islaud, où il espérait trouver un bâtiment français; mais tout, inérae les éléments, prenait parti contre ce prince. Il y a des moments de la vie où les choses inertes et immobiles semblent recevoir, pour augmenter une grande
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infortune, l'intelligence et le mouvement. La tempête chassa le fugitif d’ile en Ile; enfin il arriva dans South-Wist, où il fut accueilli par t'Janranald, un des sept hommes du Moidarl, le premier qui l’eût accueilli. Là, il fut logé, au centre de la montagne, chez un bûcheron nommé Oorradale. Mais là même, presque sur les frontières du monde habitable, il s'aperçut qu’il n’étail plus en sûreté. Le général Campbell débarqua à Sopth-Wist, rallia les Mac-Donalds de Skve et Mac-Leods de lesMac-Leod, ennemis du prince, et, à la tête de deux mille hommes, commença les plus minutieuses recherches. C^fut alors qu'une femme entreprit et accomplit un projet de la réussite duquel commençaient à douter les hommes les plus braves et les plus entreprenants.
Cette femme était la célèbre Flora Mac-Donald, parente de la famille (ilanranald, laquelle était en visite dans le South-Wist à ri‘I>oque dont nous |iarlons; son beau-père, comme son nom l’indique, était membre du clan désir Alexandre Mac-Donald, parconsivjuent ennemi du prince ; en outre, il commandait la milice du nom de Mac-Donald , qui se trouvait alors dans le South-M'ist. Malgré les dispositions hostiles de son beau-père, Flora n’hésita jxiint; elle se procura près de lui-même un passe-port pour elle, un domestique et une jeune servante qu’elle ajoutait, disait-elle, à sa maison. Cette jeune servante, au passe-port, fut désignée sous le nom de Betty Burke. Cette Betty Burke ne devait être autre que le prince Charles-Kdouard. Sous ce nom et sous ce déguisement, Charles arriva à Kilbride, dans l’ile de Skye; mais là, il était encore au milieu du p.ays soumis à sir Alexandre Mac-Donald. Flora redoubla de courage et de ruse; cependant, se trouvant trop faible pour soutenir seule son projet, elle résolut de s’adjoindre un auxiliaire, cet auxiliaire, c’était la femme de sir Ale.xandre même, lady Marguerite Mac-Donald. Le premier mouvement de lady Mai^erite, en apprenant l’entreprise où sa belle-fille était engagée, fut un sentiment de profonde terreur, mais cette générosité du cœur, si naturelle à la femme, l’emporta sur les craintes de son esprit; son mari était absent, mais la maison était pleine de soldats anglais, elle confia, en conséquence, le prince à Mac-Donald de Kingsbourg, inten-
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daiit de sir Alexandre; alors il fallait conduire le prince chez cet intendant, ce fut encore Flora qui se chargea de lever cette dernière difficulté, elle pirtit pour Kingsliourg où elle dégiosa le prince.
Alors commença pour le pauvre Charles-Édouard une autre st-rie d’aventures : de Kingsbourg il passa à Rasa, se donnant pour le domestique de son guide, de Rasa il gagna le pays du laird de HLic- Kinnon. Mais, malgré les efforts de ce chef, il fut obligé de rentrer encore une fois en Flcosse ; on le descendit sur le bord du lac de Nevis. Là, les dangers du prince redoublèrent, un grand nombre de soldats étaient occu|)és à parcourir ce district ; le prince et ses guides se trouvèrent donc enfermés dans un réseau de sentinelles qui, se croisant les unes et les autres dans leurs factions, lui ôtaient tout moyen de s’avancer dans l’intérieur du pays; enfin, après deux jours ainsi passésy’sans avoir osé une seule fois allumer du feu pour faire cuire leurs aliments, il se décida à tenter le passage entre deux jHjstcs ennemis. Pendant une heure, le prince et ses compagnons furent obligés de ramper comme des couleuvres dans un défilé étroit et oliscur; puis, après une heure de transes on se trouva avoir passii bi première ligne. • < /
Vivant de ce que le hasard leur faisait rencontrer et restant quelquefois vingt-quatre heures sans manger, sans feu , sans abri , à peine couverts de vêtements tombant en lambeaux, le malheuieux prince atteignit enfin les montagnes de Strath-Glass , et avec le dernier compagnon qui lui restait : alors ne sachant que devenir, ignorant où aller, il se jeta dans une caverne qu’il savait être le refuge d’une bande de brigands. Ces brigands étaient au nombre de sept ; c’èlaicnt presque tous d’anciens partisans du prince, il se fit reconnaitre à eux et ils tombèrent à scs genoux.
IA se fit pour Cliarles-Ëdouard une trêve momentanée de souffrances. Jamais roi , jamais chef de clan , jamais propriétaire de château ne fut servi avec un zèle et un respect pareils à celui que le fugitif trouva dansses nouveaux compagnons. Seulement ils le servaient à leur manière, et ne comprenaient pas les réprimandes du prince, quand leur zèle pour lui allait trop loin. Le prince manquait de deux choses, pour lesquelles il éprouvait un besoin presque égal. Des
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habits et d«î noiivellps. Cos hiiidils pourvurent aux habits en s’oml)UM)uant sur la route que devait parcourir le domestique d’un ofHcier qui se rendait au tort Auguste avec le bagage de son maître, et en tuant ce doinestiipie. Et coinmc le prince Cliarlcs exprimait son regret de devoir ses vèleineids à une |)areille action:
— Mon prince, répondirent-ils, c’est bien de l'honneur pour un miscr<d)lc comme celui-là, que de mourir pour une pareille cause.
Quant aux nouvelles, un d’eux se déguisa et pénétra dans l’intérieur du fort Auguste; là, il obtint des renseignements pn-cis sur les mouvements des troupes, et, pour n’galer le prince, il lui rrpporta, en revenant, un morceau de pain d'épice d’un sou.
Charles-Edouard demeura avec eux trois semaines; le seul vécu de ces braves gens était i|u’il y demeurât toujours, et toujours satis aucun doute, leur dévouement fût resté ce qu’il élait 'pendant ces trois semaines. Mais un étrange exemple de dévouement arriva, qui ouvrit à la fuite du prince nue voie moins piTillcuse. Le fds d’un orfèvre d’Edimbourg, nommé Roderic Mackenzie, qui avait été officier dans l'armée de Charles-Edouard, et qui savait tous les dangeisi qui entouraient le prince fugitif, était caché dans les breas de Cilenmoriston, c’était un jeune homme de l’âge du prince, de la taille du prince, et par un singulier hasard, ressemblant au prince à s’y méprendre. Un |>arli de soldats divouvrit un jour Rodcric Mackenzie, et l’attaqua ; alors il vint au jeune homme une idée sublime de dévouement, c’était de rendre sa mort utile au parti auquel il avait dévoué sa vie ; après s'être défendu jus<|u'à la dernière exiréy mité , il présenta la (voitrine aux soldats; en criant :
— Misérables! vous allez tuer votre prince !
A CCS mots il n’y av:dt plus de merci possible, les soldats crurent avoir alTaire à Charles-Edouard , et la tête de Charles-Edouard valait treide mille livres sterling, le faux prince fut tué et la tète, détachée des épaules, envoyée à l.z)udres.
Un mois s’écoula avant que la méprise fût découverte; pendant un mois on crut le prince mort, et par cons«’'quent on cessa de le chercher.
Charles-Edouard pmtita de ce répit |>our prendre congé de see
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flilMcs ivindils , et (xiur (!:i;fncr (Lins le Bailenoch deiiv fiiKlee p.tvli- Hiis il lui : Ciiiny et Luelilel.
Eiiliii, vers le 1 8 ne|)lemlire de raunce 1740, Charles aiipril la nouvelle que deux fn'gales françaises élaieiil arrivées il Loehlannagh, dans le liut de le recueillir, lui et les fugitifs de son paru.
Le 20, Charles-Edouard et laiehiel s'ciuharquaieiit sur les deux frégates, précédi-s par une (aailaine de piudisans (jui étaient venus chercher un refuge sur leur liord.
Enfin, le 29 seplemhre, le prince débanpiait près de Morlaix en Bretagne ; Ireixe mois s'ôtaient écoulés depuis son départ de France, et sur ces treize mois, il en avait |>assé cini| entre la vie et la mort.
l'n des deux brigands qui avaient suivi le prince, de la caverne oii il avait trouvé un refuge jusqu’au Badenoch où il avait été rejoindre Cluny et Ixichiel , fut yiendu plus lard à inverness, pour avoir volé une vache :
Cet homme qui volait une vache 3e quinze francs, avait dédaigné d'acheter au prix d'une trahison, les trente mille louis que valait la tète de son héite.
Revenu en France, Charles-Édouard en fut chas.sé par le traité d'Aix-la-Chayielle; arrêté au moment où il se rendait à l’()|iéra, conduit à Vincennes dans la même chambre, peut-être, où, cinquante ans plus tard , devait être conduit le duc d'Enghien , il se relira d’abord à Bouillon, ensuite à Rome, où il s'attacha à la comtesse d'Albany, pins célèbre encore pr ses amours avec l’avant-dernier descendant des Stuarts.
Charles-Édouard avait lieaucoup souffert et par conséipient avait besoin de beaucoup oublier. Est-ce |>our cela , ou est-ce pour faire un exemple sur les dcrnièi'es races royales que Dieu voulut que pendant les dernières anni'es de sa vie, il s’adonnùt à une constante ivrognerie. Il mourut à Florence, le 31 janvier 1788.
Le mois de janvier est faùd aux BourlHuisel aux Stuarts.
Le dernier des Stuarts, le cardinal d’York, mourut dans la capitale du monde chrétien , en 1808. l'n même monument recouvrit les ccndr(!S des deux frères, réunies dans ce vaste rausié de poussière illustre qu'on appelle Rome.
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La mort de Pliilippe V, que nous avons annoncée dans le courant du chapitre, ne produisit aucun clianp'cment en Europe; son fils, le prince des Asturies, lui succéda sous le nom de Ferdinand VI, voilà tout. Ünant à la mort du comte de Bon ncval,. c'était le coniplcnient de l'existence la plus aventureuse peut-être que l’histoire ait jamais empruntée aux citprices du roman. Né le 14 juillet 1675, élève du college des Jésuites, entré dans la marine à l’àge de douze ans, Claude-.AIexandre , comte de Bonneval, faillit être réformé par le marquis de Seignelai, ministre de la marine, qui, passant la revue des gardes marines, ne voyait en lui qu'un enfant.
— On ne casse pas les hommes de mon nom, monsieur le ministre, dit fièrement le jeune homme.
Ix ministre comprit à qui il avait affaire.
— Si fait. Monsieur, on les tasse quand ils sont simples gardes de marine, répondit-il, mais pour en faire des enseignes de vaisseau.
Les qomhats de üicpiie, de la Hogue et de Cadix, prouvèrent que ni le comte de Bonneval, ni .M. de Seignelai ne s'étaient trompés.