‹ La regence et Louis 15Chapitre 54 sur 88 · CHAPITRE .KV · texte numérisé non relu

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Il y a juste cent ans aujourd'hui, à l'époque où nous éimvons ces lignes, (]ue l'.Angleterrc et la France, ces vieilles ennemies de Crécy, de Poitiers cl d'A/.incourt, s’apprêtaient à poursuivre sur l'Océan la lutte continentale ([u’ellcs soutenaient depuis cinq siècles, et que nous avons vue se clore par b bahiillc 8e Fontenoy. Jetons les yeux sur la carte du monde en 1 7B0 , et disons quelle était leur puissance respective.

L'Angleterre, il y a cent ans, ne jmsédait que cinq comptoirs dans riude : Bomliay, Béjapour, Madras, Calcutta cl Chandernagor. Elle n’avait dans l’Amérique du nord que Terre-Neuve, et cette bande du littoral qui s'étend, comme une frange, de l’Acadie aux Floridcs. Sa seule possession, au banc de Bahama, était les îles de Lucayes, aux Petites-Antilles, Barboude; dans le golfe américain, la Jamaïque. Enfin, l’Angleterre n'avait pour toute station dans l’Océan équinoxial que Sainte-Hélène, de meurtrière mémoire.

La France, au contraire, avait la double suprématie continentale et coloniale. Elle possédait tonte cette ligne de forteresses bitties |var ■Vaulian, (jui sont les clés des Pays-Bas, et qui s’étendent de Phi-

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lipshourgà Diinkerf|iic. Ses armi'cs ncciipâicnt la Corse, et, par le trailé de 1748, elle venait d’acquérir une infliicneo protectrice sur Gênes, Modène, l’arme. Plaisance et Guastalla. Comme puissance coloniale, elle tenait presque toutes les Antilles. Scs colonies d’Acadie, du Canada et de la Louisiane prenaient de jour en Jour plus d’étendue. Elle avait Québec , Montreal, .Mobile cl la Nouvelle- Orléans; les forts de Fontenai, de Saint-Charles, de Pierre et ilc Maurepas s’élevaient à l’cnvi sur les lacs du (iiiiada. Le fort la Reine dominait la rivière des Aneniboins. Elle tenait sur les lacs Oni|ieg, les forts Daupliin et Bourbon. En Afriiiiie, le Sénégal et Goi^éc lui aiqiartenhieiil. Elle colonisait Madagascar, et elle avait pour relais l’Inde, où sa puissance domine l’ile de France. Quand nous en serons à l’année 1848, nous ferons un tableau couqiaralif do ceipi’elle a gagné et de ce que nous avons ix:rdu.

Revenons aux causes de notre nouvelle nqiture avec l’Angleterre. L’Angleterre, |«ir le traité d’I'treclit. avait reçu une portion de l'.Acadie. lais limites des terres cédées à l’Angleterre et des terres retenues par nous étaient mal fixées et laissaient en litige une cs[)éce de terrain vague. Sur ce terrain , dont la propriété était plus que contestable, les .\nglais avaient bAli le fort de la Nécessité, yavaieni mis une garnison assez forte, et en avaient confié le commandement au major Washington. Ix commandant des loupes franç.aises sur rOtiio, M. de Conlrecieur, ordonna aloisà M. de .lumonville, un de ses officiers, de se rendre au fort de la Nécessité , porteur d’une lettre, dans laquelle le commandant français priait le major Washington de ne ]ias troubler, par une possession illégale, la [saix qui régnait entre les deux puissances, et à se retirer sur la portion des terres anglaises qui n'était susceptible d’aucune discussion. JL de Jurnonville prit trente hommes et se mit en chemin ; mais à une petite distance du fort, tout à coup une fusillade éclate, et M. de Jumonville s’aperçoit rpi’il est complètement entouré. Alore il s’avance seul entre ceux qui l’atlaquent et sa petite troupe, à laquelle il ordonne de s’arrêter, fait un signe de la main, et, rreonnii pour parlementaire, commence la lecture de sa lettre; mais, aux premiers mots, une seconde fusillade recommence et le reuvers? mort avec huit de

iVssasâinal de Jumonville au fort de la ISécossité.

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ics soldats, et les autres sont faits prisonniers; un seul (’,anadicn se suive et va porter au eommandanl la nouvelle de cette violation du Iroit des gens.

Pendant (]ue le Canadien portait cette nouvelle au coinniandant Coût, -üeur, le major Washington donnait les mê-mes ordres (ju'il eût l'onnésen temi>s de guerre déclarée, et, se mettant à la tète de (piat.e cents hommes, marchait contre les avant-jKistes fram;ais; mais à peine avait-il fait quelques lieues qu'il fut averti [lar les sauvages qu'une trou[>e nomhreuse marchait à sa rencontre, dans le but de venger l'assassinat de Jinnonville. Ru elTet, c'était ,\I. de Villiers, frère de la victime, qui avait rc^udii commandant mission de punir les meurtrieis deson frère et de faire rendre lesprisonnieis. Le major Washington se retira dans le lort et y attendit les Français.

,M. de Vllliers y mit le siège; mais, après une énergique défense, presse plus énergiqueraeul encore, Washington fut forcé de se rendre.

La capitulation, plus favorable aux Anglais que ceux-ci ne devaient s'y attendre, portait que la garnison se retirerait sur son territoire sans être inquiétés; , et avec armes et bagages. Mais la mort de Jnmonvillc était quatifié'e d'assassinat; de son côté, le major Washington s’engageait à renvoyer les Français prisonniers et qui avaient été transférés à Boston. Mais, chose étrange, ces vingt-deux hommes se trouvèrent réduits à sept, et l'on ne put savoir ce que les quinze autres étaient devenus. Le major Washington était le mémo auquel lu France, toujours oublieuse, devait plus tard offrir son aide dans la guerre de l'indéiMuidance.

L’assassinat eut lieu le 24 mai 1 734, et la prise du fort le 3 juillet de la même aimée. La France fit scs ivclamations au cabinet de. Londres; mais, comme toujours, le cabinet de Londres fit une réponse évasive; puis tout à coup, sans déclaration de guerre aucune, précipitant le denoùmcnt d'une situation douteuse, et faisant sur mer ce c{ue Frédéric all.iit faire sur le continent, on apprend à Paris que des navires marchands et même des vaissc;iux de guerre ont été capturés par les escadres britanniques sans avertissement aucun.

Les hostilitt's commencèrent au banc de Teree-Neuve, c’est-à-

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