AL'TRICHE
Marie-Thérèse règne à Vienne; nous la connaissons, c’est la cousine de madame de Pompadour; c’est celte vieille amie qui nous a fait plus de mal que tous nos cniicniis ensemble. Sou alliance, pendant la guerre de sept ans, nous a coûté nos possessions de l’Inde et quinze cents lieues de territoire' dans le Canada. De son côté, malgré, notre alliance, elle a été forcée de rendre la Silésie à Frédéric II;
LOUIS XV
elle s’cii est dédommagcc, il est vrai, en prenant avec le roi de Prusse et l’impératrice de Russie sa part de récurtellenient de la Pologne.
Dés 1765, son tils Joseph R a été couronné empereur; tous deux régnent conjointement, le fils sur l’empire, la mère sur les États héréditaires; outre Joseph II, elle a encore un fils, Léopold 11, qui régnera après son frère Maximilien, qui sera électeur de Cologne; Marie- Christine, qui est gouvernante des Pa^s-Bas; Marie-Élisabeth, qui mourra abbesse d'Jnspruck ; Jlarie-Amélie, qui deviendra duchesse de Parme ; Marie-Caroline , qui sera reine de Napleset paiera les massacres de 98 par l’exil de 1813; enfin Marie-.\ntoinetle, qui passera du trône de France à la prison de la Conciergerie et de la prison de la Conciergerie à l’échafaud.
C’est dans la prévision qu'elle serait un jour reine de France, qu’elle a élevé la dernière de ses filles , qui , après avoir failli épouser l’aïeul, a épousé le petit-fils, et qui doit apporter à la cour de Versailles cet esprit autrichien qui luttera avec l’esprit national de Louis XVI, jusqu’à ce qu’il l’ait vaincu.
Marie-Thérèse était née en 1717, et par conséquent vient d’atteindre sa cinquante-quatrième année. S"' elle n’est plus dans toute la force de son âge, elle est encore dans toute la force de sa volonté.
ANGLETERKE.
Georges III règne à Londres depuis quatorze ans. Né en 1738, il vient d’atteindre sa trentième année. La Providence lui garde dans les plis de l’avenir une longue vie, c’est-à-dire une longue douleur. 11 réunira définitivement l’Irlande à sa couronne, il soumettra l’Inde tout entière; mais l’.Vmérique lui échappera ; mais atteint de folie en 1787, en 1811 , il sera déclaré incapable de régner, et traînera une vie malheureuse jusqu’en 1820.
A l’éiwque oii nous sommes, il commence à s’inquiéter de l’opposition du duc de Cumberland , du duc de New-Castle et de M. PitI, qu’il a créé lord Chatam, tandis que, l’oreille tendue du côlé de l’Amérique , il tressaille de temps en temps aux grondements sourds qui traversent l’Océan.
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UlUIS XV
Rl'SSIB.
Au nord, c’cst Catherine II qui se lève, étoile polaire du monde, née en 1720 , mariée en 1743 à Charles-Pierre L’irich, duc de Holstein-Cottorp, neveu de l'impératrice Élisabeth, et que l'impératrice a désigné pour sou successeur. Son époux est devenu empereur eu 1702, et elle est devenue veuve la même année. Son éiK)ux est mort étranglé en prison, après sept jours de captivité, tant la future czarinc était im|>atientc du trône.
Pur qui a-t-il été étranglé? Par Grégoire Orloll, dit-on. Au -este, c'était te droit du favori. N'était-il pas le fds d'un de ces Slrélitz rclxîlles que Pierre 1" exécutait de sa propre main? Il n'a fait que rendre au mari de Oitherine II ce que le mari de Catherine 1” avait fait à son grand-père à lui. Seulement, comme le service est immense, la récompense sera infinie. Orloff sera grandmaitre de l'artillerie, l'impératrice lui bâtira un palais de marbre, sur lequel, pour faire mentir le proverbe, ingrat comme un roi, elle écrira : Offerte par l’amitié reconnaissante. Ce n'est pas tout; elle lui proposera un mariage secret qu'il refusera, l'ambitieux, sans songer que ce refus c'est sa perte. Aussi, tandis qu’elle J'envoie à Moscou pour calmer la révolte et arrêter les effets de la peste, tandis qu'elle lui fait frapper une médaille et ériger un arc de triomplie avec cette inscription ; Moscou) délivrée de la contagion par Orloff, elle donne place dans son coeur et dans son lit à un nouvel amant, WassiliLschikoff; c'est lui qui, successeur de Poniatowski et de Grégoire Orloll, continuera cette série de Césars, comme on les appelle, qui, au nombre de douze, doivent, sans compter les usurpateurs inconnus, régner sur la Russie et sur Catherine, ce qui n’empèche pas le roi de Prusse de la placer dans ses lettres , entre Lycurgue et Solon, et Voltaire, de l'ap])eler la Sémiramis du Nord. Sans doute parce que Sémiramis, elle aussi, avait un peu étranglé Ninus, son époux. Au reste, il y a une tète puissante sur les épaules de cette femme, une àme ambitieuse près de ce cœur corrompu. A l'heure où nous sommes, elle est en train de conduire la Russie au rang des premières puissances, après avoir soumis la Pologne et avoir laissé
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tomlxîr sur le trône Jagellons,un roi <|u‘clle a repoussé de son lit; elle a marché contre les Turcs à <[ui elle a (ii is Azof , Tang-aurog et Kinhiim. Par la Crimée indéi»ndante, ses (lottes régneront dans la mer Noire et se joindront é ces anciennes flottes, qui , par le détroit de Gibrallar, envahissent la Méditerranée et visitent (lour la première fols l’archipel de la Grince. A l’heure qu’il est, elle recule les frontières de son immense empire par delà le Caucase, qu’elle aura conquis sans le soumettre. A l’heure qu’il est, elle voyage avec un monde de courtisans sur le Volga et sur le Borysthène, dont elle raille les tempêtes comme César raillait celles de l’Aunis; distribue aux seigneurs les plus policés de sa cour les différents chapitres de Bélisaire, de Marmontel, les invitant à les traduire en russe, et s’en réservant un qu’elle traduit elle-même. Puis, ai)prcnant que l’archevêque de Paris a lancé un mandement contre l’ouvrage oripin.al, elle dédie la traduction à l’archevêque de Saint-Pétcraliourg. A l’heure qu’il est, sur une route de mille lieues, Potenddn, le favori du jour, le petit lieutenant au.x gardes, qui, le 9 juillet t7(i2, a fait connaissance avec sa souveraine en lui donnant la dragonne de son sabre, sur la place de Saint-Pétersbourg, Potemkin, lieutenant de Poniatowski , d’Orlotî, de Wassilitschikoff, et de tant d’autres, dont il n’a pas même demandé les noms, insouciant qu’il est des caprices de cette Messaline, Potemkin lui improvise sur une route do mille lieues, tout un monde qui n’c.xiste pas. Dt’Coralions, prestiges, illuminations, villes qui vivront un jour, palais qui danseront une nuit, villages pous.scs en vingt-apiatre heures dans des stciqics , où la veille les Tarfares conduisaient le\irs troupeaux , pavsans qui , pendant que dormira l’impéi’africc, partiront en iwwle pour lui faire demain une poiiulation aussi tactice épie celle qu’elle aura vue aujourd’hui, et qui la conduiront au terme de ce voyage miraculeux , féerique , inouï , à un arc de triomphe portant celle inscription :
— C'csl ici le chemin (le /ti/sance.
Car ce doux rêve de la conipiète de Constantinople, Catherine II le carcsæ comme l’a caressé Pierre I", son prédécesseur, comme le caresseront scs successeurs .\lc.vandre et Nicolas.
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Et pendant ce tcmiis, Diderot lallattc, d'Alembert la flatte, Voltaire la llatte. Que leur importe à ces philosophes haineux , cette antit|iic politi(|uc de la Franco, qui a chargé la Turquie, son alliée, d’arrèlcr le mouvement russe eu Orient, que leur inqiorte le commerce de la MédileiTancc perdu. Githerine les venge des dédains de Louis XV; c’est tout ce que demande l’égoismc orgueilleux des ouvriers de cotte autre Bahel qu’ou nomme l'Encyclopcdie.