I.A RÉGENCR
muniralion avec Versailles, deux ou trois entrevues avec madame de Maiutenmi lui aci|uirctit le précepteur qui, ainsi qu'il s’y était engagé, décida le prince à ce mariage, moitié par crainte de la colère du roi, moitié |iar l'es[>oir qu'il lut donna de voir son crédit doubler à la cour.
la! mariage fait, le roi demanda à l’abbé ce «ju’il désirait pour sa réconi|)ense.
— Sire, répondit hardiment Dubois, dans les occtisions importantes un ne doit demander, à un aussi grand roi que Votre .Majesté, autre chose tpie des grAces proportiouuées à la grandeur du maitre, je prie donc Votre Majesté de me faire cardinal.
Le roi crut avoir mal entendu, il fit répéter à Dubois ce qu’il venait de dire, lui tourna le dos et ne lui re|)arla jamais.
On comprend qu'aprés cet enlremettage , .Madame prit Dubois en horreur.
Aussi, comme au sortir du Parlement le régent se rendait chez ■Mau.vme, pour lui rendre compte de l'heureux résiliât obtenu. Madame, apri'S l'avoir rêoiitéavec une grande joie, lui dit :
— Mou lils, je ne désire rien au monde que le bien de l’Ktat et votre gloire; je n'ai qu’une chose à vous demander pour votre honneur; mais j'en exige votre parole.
Le due la donna,
— Eh bien ! dit la princesse un peu tranquillisé>e, ce ([ue je désire de vous, c’est que vous n’employiez jamais ce frii»on d'abbé Dubois, le plus grand coquin qu’il y ait au monde, et qui sacrifierait l'Étal et vous au plus léger intérêt.
Eu rentrant dans son cabinet, la première personne que le r^ent y trouva fut l’abbé Dubois.
Il tenait à la main des provisions de conseiller d'Etat, qu'il mil sous les yeux de Sou Alles.se.
— Qu'ast-ce que cclaî demanda le régent.
— Vous le voyez bien, Monseigneur, réqivindit Dulvois.
— Oui, ce sont des provisions de conseiller d’ Etat; mais qui veuxtu que je nomme?
— Moi , Monseigneur.
L\ RÉCENCE
— Conmicnl, lui?
— Oui, Monseigneur; quand j'ai marié Votre Altesse avec la fdlo du roi , j'ai demandé à Sa Majesté de nie faire cardinal , elle m’a refusé, et elle a bien fait, je n'étais pas fait jiour être homme d’église, je suis fait [auir être ministre; signes, Monseigneur.
Le régent prit la plume et signa, puis, jetant Im provisions à Dubois :
— Tiens, maraud ! sauve-toi ! ou je t’assomme.
Dubois prit les provisions cl se sauva.
Voilà comment Dubois était conseiller d’fitat.
Ou pliitùt, voilà les causes apparentes, les causes rrélles furent — la réflexion — le mot est étrange, et cependant juste.
I>e régent avait réfléchi, que Dubois, ce compagnon de débauches qui n’avait pas reçu de nom sur les fonts de baptême, et auquel parfois il en donnait un, des plus énergiques et des plus mérités, ce mév'hanf douneur de conseils pour la vie privée, lui avait toujoui-s donné d'excellents conseils pour la vie publique, que cet athée rpii ne croyait.en rien, croyait dans la gloire des d’Orléans; il avait réfléchi enfin qu'aucun prélat ne lui avait demandé, ni ne lui demanderait cette place, ne voulant [las être précédé au conseil par l'abbé Bignon, simple ecclésiastique; il avait réfléchi enfin que le choix qu’il ferait de l’abbé Dubois, était un des meilleurs choix qn'oti pouvait faire.
Au physique, l'abbé Dubois était un homme maigre effilé , chafouin, à perruque blonde, à mine" de fouine, à physionomie spirituelle. «Tous les vices, dit Saint-Simon, combattaient en lui à ipii demeurerait le maître de la place. Us y faisaient entre eux un bruit et un combat continuels. L’avarice, l’ambition et la débauche étaient scs dieux. — La perfidie, la flatterie, le servage, ses moyens. — L’impiété [>arfaite, l’opinion que la probité et riionnétcté sont des chimères; — scs qualités : — Il excellait en de basses intrigues et en vivait, mais toujours avec son but, où toutes ses démarches tendaient avec une (xitiencc qui n’avait de terme que le succès, ou la démonstration réitérée et positive de n’y pouvoir arriver, à moins que cheminant aussi dans la profondeur et les ténèbres, il ne vit jour
LA RteENCE
à mieux, en ouvrant iiu autre liovaii. Il passait ainsi dans les sappes les trois (juurts de sa vie. Le mensonge le plus hardi était tourné chez lui en nature, avec un air druit, sincère, souvent honteux. 11 eût pîirlé avec grâce et facililej^ si ^ dans le dessein de |>énétrer les autres en {variant , et dans la crainte dws'avancer plus (|u'il ne voulait, il ne s’élail accoutumé à un bégalcnMul factice qui l4 dépurait, et qui rcdonhlé, (|iiand il fut arrivé à se mêler desaffaires importantes, devint insupportable et pirfois inintelligible, ^ans ses datonrs et le |ieu de naturel qui y perçait malgré scs soins, sa conversation eût été aimahlc.
Il avait de l'esprit , assez ne lettres, d'histoire et de lecture ; lieancou|i d'habitude du monde, force envie de plaire et de's'inséBuer. Mais tout cela était gâté par une fausseté <{ui sortait de tous ses*pprer, ci mémo de sa gaieté qui attristait par là. Méchant d'ailleurs avqc réflexion; par nature et par raisonnement, traire et ingrat, maître expert aux compositions des plus grandes noirceurs; effronté à faire peur, étautpris sur le fait ; enviant tout, voulant toutes les dépouilles; d'ailleui-s déliaüché, inconsc(|ucut , ignorant dans tonie affaire, passionné, toujours eni|iorU-,tildBpliémateiiret fou ju.squ'à mépriser publiquement son maître, (irenant les affaires, enfln,. pour les s.acritier à son crédit, à sa puissance, à son autorité absofuc, à sa grandeur, à son avarice, à sa tyrannie, à ses vengmnccs. »
Voilà le jugement des contemporains. Seulement la^usterité, en ^ le ratiflnnt eu partie, y ajouta une seule ligne : - ^ '
— C'était un bomme de génie.