‹ La régence et Louis QuinzeChapitre 17 sur 72 · LA RliGKNClî · texte numérisé non relu

LA RliGKNClî

La proposition trouva (rois opposants.

Lo cardinal tic Noaillcs, le Maréchal de Villcroy et l'évcque de

Frcjiis.

Le cardinal de Noaillcs, sans présenter personne, se bornait à exclure les jésuites.

I\l. de Villcroy proposait trois sujets.

Le chancelier de Notre-Dame.

Benoît, curé de Saint-Germain -en Laye.

Et l'abbé de Vaurouyqui venait de refuser l'évechéde Perpignan.

L'évéque de Fréjus en proposait deux.

Paulet, supérieur du séminaire des Bons-Enfants, ou Champigny, trésorier de la Sainte-Chapelle.

Le crédit de Dubois l'emporta en faveur du Père Linières et la direction de la conscience du roi de France, fut de nouveau remise aux jésuites.

Il va sans dire, que MM. de Fréjus, de Villcroy et de Noailles, furcntprofondémeut blessés de ce peu d'attention qui avait été faite à leurs remontrances.

Le régent était brouillé avec le parlement.

Il fallait en arriver à le brouiller avec le conseil de régence.

On sait que les autres conseils avaient été supprimés.

Dès-lors, on s'aperçut où tendait Dubois, et l'on reconnut que soit par conviction , soit par indifférence , le duc d'Orléans l'encourageait dans son ambition.

Mais cela ne suffisait point. Le maréchal de Villcroy et le duc de Noailles boudaient, il est vrai, mais ne se retiraient pas; Dubois inventa un nouveau moyen d'en arriver à son but.

Dubois, depuis qu'il était cardinal, n'assistait plus au conseil à cause de la préséance à laquelle il avait droit, et que cependant lui interdisaient et ses antécédents et l'humilité de sa naissance; il pensa donc à y faire entrer le cardinal de Rohan, et à s'y glisser à

sa suite.

Le cardinal de Rohan, on s'en souvient, était le même qui, lors

de la mort de Clément XI et de l'élection de Conti, était parti pour

Rome avec un crédit illimité.

Le cardinal de Rohan à qui Dubois avait promis un ministère,

et qui dans son entrée au conseil voyait un acheminement à ses

ambitions, ne demanda pas mieux que de seconder les désirs de

Dubois, dans lesquels d'ailleurs sa vue courte ne distinguait qu'un

honneur personnel rendu à son mérite.

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11 arriva ce que Dubois avait prévu.

A sou entrée au conseil, le chancelier et les ducs se retirèrent à l'instant; quant au maréchal de Yilleroy, il quitta la table et alla s'asseoir sur un tabouret, derrière le roi.

A cette sortie d'Aguesseau, si méticuleux sur la préséance, perdit les sceaux.

D'Armenonville les reprit et fit passer à sou fils Flcurieu, la place de secrétaire-d'état.

Un autre moyen qui ne manquait pas d'efficacité, et que Dubois mit en usage, fut la translation du roi à Versailles.

A Paris, au centre de la capitale, le roi avait une cour composée de tous les grands seigneurs ayant leur établissement à Paris : à Versailles, à moins de grands sacrifices de fortune, les courtisans ne pouvaient être aussi assidus , et parcouséquent le roi s'isolait peu à peu.

Le roi fut donc él:abli à Versailles, d'où il ne revint à Paris que rarement, soit au retour d'une campagne, soit pour tenir quelque lit de justice.

Alors Dubois commença à solliciter le régent de le nommer premier ministre.

A cette ouverliue, le régent se débarrassa de Dubois, en reprenant à M. de Torcy la surintendance de la poste et en la lui donnant.

Dubois prit toujours cette proie en attendant mieux : du reste, au conflit du pouvoir et des amours-propres les affaires languissaient, chacun réclamait près du régent, le régent réclamait près de Dubois, réclamation à laquelle Dubois répondait :

— Monseigneur, il est impossible que la machine gouvernementale puisse fonctionner, si tous les ressorts ne sont pas dirigés par une môme main. Les républiques mêmes n'existeraient pas trois mois, si toutes les volontés particulières ne se réunissaient pour former une volonté unique et agissante. Il faut donc que le poin[ de réunion soit vous ou moi, ou plutôt vous et moi, attendu qu'étant votre créature, je n'aurai jamais que votre volonté. Nommezmoi donc premier ministre ou votre régence tombera dans le mépris. — Mais, répondait le régent, ne te laissé-je pas tout pouvoir? — Non. — Que te manque-t-il donc pour agir ? — Un titre. Monseigneur, le titre fait l'autorité du ministre, s'il n'a le titre on se moque de l'homme. A-t-il le titre? on lui obéit sans murnnirer.

Le titre est la consécration de la puissance. La puissance sans litre est une usurpation.

Mais à toutes ces demandes poussées plus loin qu'il ne le voulait, le duc d'Orléans finissait par répondre par quelque éi)igran)me laite conti'e le cardinal, ou en chantant quelque Noël fait contre lui-même.

Dubois résolut alors de faire dire par quelqu'autrc au régent, ce que lui-même lui disait inutilement, espérant que son éloge aurait plus d'influence sur le prince, fait par une bouche étrangère.

11 jeta les yeux sur son aflidé Laffîtleau qu'il avait fait évêqiie de Sisteron, pour le récompenser de son travail et qui venait d'arriver de Rome.

Laflitleau était un coquin fieffé , aussi mauvais prêtre que Dubois, ce qui n'était pas peu dire, effronté, libertin, scandaleux au suprême degré; mais de là venait la confiance que Dubois avait en lui, car Dubois seul pouvait soutenir Laffîtleau, il était évident que Laffîtleau ferait tout ce qu'il pourrait pour grandir la fortune de Dubois.

Laffîtleau allait être reçu en audience particulière du régent.

Dans cette audience, Laliiltcau devait s'étendre sur la considération dont jouissait Dubois à Rome, et dire deux mots de l'amélioration qui se ferait dans les affaires de la France, si Dubois était premier ministre.

Mais aux premières paroles que l'évêquede Sisteron hasaixla sur cette matière, le régent rinlerrompit.

— Et î que diable veut donc le cardinal ? s'écria-t-il , il a toute l'autorité d'un premier ministre et n'est pas content; il en veut le titre, et qu'en fera-t-il ? — Monseigneur, il en jouira. — Combien de temps? Chirac l'a visité, et m'a dit qu'il n'avait pas six mois à vivre. — Est-ce bien vrai ? demanda Laffitteau. — Pardieu ! et si tu en doutes, je le le ferai dire par Chirac lui-même. — Eh, Monseigneur, cela étant, répondit Laffîtleau, je vous conseille de le déclarer premier ministre à l'instant môme. — Comment cela ? — Sans doute ; comprenez donc, Monseigneur, nous approchons de la majorité du roi, n'est-ce pas ? — Oui. — Vous conserverez, sans doute, la confiance du roi. — Je l'espère. — Il la devra à vos services, à vos talents supérieurs, je sais cela, mais enfin vous n'avez plus d'autorité propre. Un grand prince comme vous êtes a toujours des ennemis et des jaloux, ils chercheront à vous aliéner le

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