I./V RÉGENCE
roi, ceux qui l'approchent de plus près ne vous sont pas les plus attachés : vous ne pouvez pas à la fin de votre régence vous faire nommer premier ministre, cela est sansexemplc. Eh bien! faites cet exemple dans un autre. Le cardinal Dubois sera premier ministre, comme l'ont été les cardinaux Richelieu et Mazarin, à sa mort vous succéderez à un titre qui n'aura pas été établi pour vous, auquel le public sera accoutumé, que vous aurez l'air de prendre par modestie et par attachement pour le roi, et vous aurez en même temps toute la réalité de la puissance.
Le duc d'Orléans réfléchit, trouva le conseil du jésuite bon ei fit Dubois premier ministre.
Le soir il y avait souper au Palais-Royal , on y parlait naturellement delà nomination de Dubois, et le duc d'Orléans, tout naturellement encore, défendait son ancien professeur en disant qu'on pouvait tout fiiire d'un homme doué d'une pareille capacité.
— Monseigneur, dit Noce, vous en avez fait un secrétaire d'état; vous en avez fait un ambassadeur; vous en avez fait un archevêque ; vous en avez fait un cardinal ; vous en avez fait un premier ministre; mais je vous défie d'en faire un honnête homme.
Le lendemain Noce était exilé.
On l'a vu et nous avons d'ailleurs eu le soin de le faire remarquer à nos lecteurs, depuis plus d'un an toute la politique intérieure du régent tendait à la concentration des pouvoirs et au bris des oppositions publiques et privées. Les conseils faisaient de l'opposition, ils avaient été dissous. Le parlement faisait de l'opposition, il avait été exilé à Pontoise. M. d'Argenson faisait de l'opposition, il avait été disgracié. Noce avait fiiit de l'opposition, il avait quitté Paris.
Restait le maréchal de Villeroy qui non-seulement , faisait de l'opposition, mais encore de l'insolence.
Dubois, avant de prendre contreluides mesures violentes, tenta de le séduire.
Comme il avait fait pour le roi, comme il avait fait pourMADAME, comme il avait fait pour les princes, Dubois essaya, vis-à-vis du maréchal, de l'humilité; mais le maréchal était si puissamment orgueilleux, que ce qui avait suDTi aux premiers de l'État, ne lui sulfit pas à lui.
Plus le cardinal redoubla de soumission, plus le maréchal redoubla de hauteur.
Dubois s'adressa au cardinal de Bissy, ami du maréchal, elle pria, désirant rester en bonnes relations avec M. de Villeroy, d'être son médiateur près de lui.
Le cardinal de Bissy, qui avait vu son confrère, le cardinal de Rohan, entrer au conseil pour un bon olïïce rendu ù Dubois, ne demandait pas mieux que d'être agréable au cardinal , espérant entrer par la même porte que M. de Rohan : il se chargea donc de la négociation.
M. de Bissy n'eut pas de peine à faire accroire au maréchal , que l'admiration que lui témoignait Dubois était réelle.
Ce qui étonnait M. de Villeroy, dans ceux qui l'entouraient, c'était, non pas la i)résence, mais l'absence de cette admiration. Quant à l'humilité de Dubois, à l'avis du maréchal de Villeroy, c'était bien le moins qu'un si petit compagnon fut humble devant les grands seigneurs. Ces deux points furent donc acceptés sans conteste par le maréchal et le disposèrent, au reste, à bien accueillir le troisième, qui était un rapprochement.
Le maréchal déclara qu'il était prêt à sacrifier ses antipathies personnelles au bien de l'État, et permit à Bissy de porter des paroles de paix au premier ministre.
Bissy courut rendre compte à Dubois de sa mission et revint à l'instant même, chargé par Dubois de demander à M. de Villeroy, quel jour et à quelle heure il pourrait lui présenter ses respectueux hommages.
Soit que le maréchal ne voulût point recevoir Dubois chez lui, soit qu'il voulût être un galant homme jusqu'au bout, il fit répondre à Dubois de l'attendre.
Bissy fit entendre à Dubois qu'il ferait tout son possible pour lui amener le maréchal le lendemain, jour de réception des ambassadeurs. **
Dubois, au comble de la joie, se ruina en promesses pour Bissy, dans le cas où Bissy lui rendrait un pareil service.
Bissy s'employa de son mieux pour réussir et réussit en effet.
Le lendemain, au moment où Dubois donnait audience à l'ambassadeur de Russie et où le salon qui précédait le cabinet était rempli de ministres étrangers et des personnages les plus impor tants de la diplomatie, on annonça :
M. le maréchal de Villerov.
Il n'était pas d'iiabiliide que les audiences fussent coupées par qui que ce fût. Cependant les laquais qui avaient l'ordre, voulaient prévenir, à l'instant même, le premier ministre; mais le maréchal s'y opposa et attendit au salon avec tout le monde.
En reconduisant l'ambassadeur de Russie, Dubois aperçut le maréchal; alors, oubliant le reste de la terre, il s'élança vers lui, se courbant comme devant une majesté et l'entraînant respectueusement dans son cabinet.
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Là, Dubois se confondit en remercîments sur l'honneur que lui faisait le maréchal.
Le maréchal le laissa se confondre, écoutant toutes ses protestations d'un air superbe, et répondant par de légers signes des lèvres, des yeux et de la tête. Après quoi, Dubois s' étant calmé, le maréchal, de ce ton doctoral qui lui était propre, lui donna quelques conseils, puis se laissant entraîner par son éloquence, passa des conseils aux admonestations, et des admonestations aux reproches.
Dubois était comme le serpent, il voulait bien ramper, mais à la condition qu'on ne marcherait pas sur lui. Au premier contact de ce pied qui profitait de son humilité pour tenter de l'écraser, il se releva. Le cardinal de Bissy vit où tendaient les choses et voulut se mettre en travers, mais il était déjà trop tard, la colère avait gagné le cœur du maréchal et lui montait au cerveau. 11 frappait