‹ La régence et Louis QuinzeChapitre 19 sur 72 · S ^/^ RÉGENCE · texte numérisé non relu

S ^/^ RÉGENCE

(lu piiHl, ivlovail la UHo, piaflail enfin , conime dit Salnl-Sinion ; Unhois, au contraire, pàlissail, serepliailen lui-njeme comme pour s'élancer. Au bout d'un inslanl, étourdi par lebruil de ses propres paroles , le maréchal ne se connaissait plus , il menaçait Dubois ; cnlin il s'emporta jusqu'à lui dire:

— Oui, monsieur, c'est comme cela, il faut que l'un de nous deu\ tombe, et si vous voulez recevoir un dernier conseil de moi, faites-moi arrêter.

Le cardinal de Bissy vit l'œil de Dubois étinceler, il comprit que toute son influence personnelle était perdue s'il laissait aller les choses plus loin : il prit le maréchal par le bras, l'entraîna de force et le fit sortir.

' Mais le maréchal n'était pas homme à faire une sortie ordinaire, tout en sortant il continua de railler, d'injurier et de menacer Dubois. L'audience fut suspendue, et furieux, essoufflé, bégayant de colère, Dubois se précipita chez le régent.

Dubois suivait le conseil du maréchal, il venait proposer au régent d'arrêter M. de Villeroy.

Le régent n'avait aucun motif de soutenir le maréchal, le maréchal était un de ses plus acharnés calomniateurs. A chaque indisposition du roi, on entendait siffler la voix du maréchal, et cette voix disait : poison. Mais comme il était de sang-froid, il pria Dubois de se calmer, lui dit que pour ne pas le laisser écraser, lui , Dubois, sous les haines qui le menaçaient et que l'arrestation d'un homme comme le maréchal ne feraient qu'enfler encore, il voulait prendre l'arrestation pour son compte, et que cette arrestation aurait lieu, ce qui ne pourrait tarder, à la première insulte que lui ferait le maréchal.

A tout hasard on envoya chercher M. de Saint-Simon pour préparer, comme il le dit lui-même , la mécanique où prendre M. de Villeroy.

Le duc de Saint-Simon fut de l'avis du régent, et pensa qu'avec l'insolence bien connue du maréchal, il ne tarderait pas à fournir l'occasion belle, pleine et entière à Son Altesse.

M. le Duc qui assistait à la conférence , fut de l'avis de M. de Saint-Simon ; mais il proposa de ne pas s'en rapporter au hasard, et de préparer le piège.

Ce piège, ce fut M. de Saint-Simon qui le trouva.

Au prochain conseil, M. le duc d'Orléans parlerait bas au roi, et si le maréchal, comme c'était son habitude, venait fourrer son

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oreille ciilre eux deux, M. le duc cVOrléanseninièncraillc roi dans son cabinet, alors, sans aucun doute, M. de Villcroy voudrait suivre le roi; le régent le lui défendrait, M. de Yilleroy se porterait alors, probablement, à quelque extrémité dont profiterait Son Altesse.

Tout serait en conséquence préparé pour l'arrestation du maréchal.

Tout se passa comme l'avait prévu M. de Saint-Simon, le maréchal voulut écouter ce que le régent disait au roi, le maréchal voulut suivre le roi dans le cabinet du régent; aiors le régent dit positivement au maréchal qu'il avait quelque chose de particulier à dire au roi et qu'il devait lui parler seul; ce à quoi le maréchal , prêtant de plus en plus le flanc, répondit que Sa Majesté ne pouvait pas et ne devait pas avoir de secrets pour son gouverneur, mais à cette observation le régent se retourna.

— Monsieur le maréchal, lui dit-il, vous vous oubliez , vous ne sentez pas la force de vos termes, et il n'y a que la présence du roi qui m'empêche de vous traiter comme vous le méritez.

Et sur ces paroles. Son Altesse fit une profonde révérence au roi, et sortit.

Le maréchal courut après le régent pour s'excuser, mais celuici, d'un geste, lui fit comprendre qu'il n'accepterait aucune excuse.

La journée se passa pour le maréchal à se rengorger, disant qu'il avait fait son devoir, et rien que son devoir, mais que cependant, comme la conscience de son droit l'avait peut-être entraîné un peu loin, il se présenterait le lendemain chez le régent pour s'en expliquer avec lui.

Le lendemain, en effet, avec cette superbe épéc qui ne l'abandonnait jamais, le maréchal traversa la cour et se présenta chez le duc : comme d'habitude, la foule s'ouvrit à son passage, et, comme il ne vit rien de changé aux honneurs qu'on lui rendait, il demanda tout haut :

— Où est M. le duc d'Orléans?

— 11 travaille, monsieur le maréchal, répondit l'huissier de service.

— Il faut que je le voie , dit le duc, qu'on m'annonce.

Et au même instant'M. de Villeroy s'avança vers la porte, ne doutant pas qu'elle s'ouvrît devant lui.

Elle s'ouvrit en effet, mais ce fut La Fare, capitaine des gardes

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de M. le régenl, (jui on sorlil,cl(iui. s'avanranl vers le maréchal, lui (lemaiula son épée.

Eu même leuips Leblanc lui présenta l'ordre d'arreslalion signé du roi, landis (pie le conile d'Arlagnan, capitaine des mous(piclaires gris, Taisait avancer une chaise toute prépaiéc dans un coin.

En un lour de main, le maréchal lut poussé dans la chaise, et la chaise, refermée sur lui, emportée par une lenêtre qui s'ouvrait en porte sur le jardin.

Au bas de l'escalier de l'orangerie, un carrosse, entouré de vingt mousquetaires, attendait le maréchal pour le conduire à Yilleroy. lieu de son exil.

Yilleroy était à une dizaine de lieues de Versailles.

Restait le roi à instruire de l'exécution. Le roi, comme tous les enfants gâtés, aimait tous ceux qui le louaient : or, nul ne le louait plus que M. de Yilleroy. Le roi aimait donc fort le maréchal.

Aussi, à la première nouvelle de son absence, sans vouloir entendre aucune des raisons qui avaient motivé cette arrestation , le roi se prit à pleurer : le régent essaya de le consoler; mais, à tout ce qu'il put dire, le roi ne répondit point, ce que voyant le régent, il salua le jeune prince et se retira.

Le roi fut triste tout le reste du jour; mais le lendemain ce fut bien autre chose, lorsqu'il ne vit point paraître l'évéque de Fréjus, et qu'ayant demandé où il était , on lui répondit qu'il n'était plus à Yersailles , et qu'on ne savait où il était.

En même temps il se répandit le bruit qu'il s'était fait, entre le maréchal et l'évéque , un pacte par lequel chacun s'était engagé , si l'autre était exilé, à s'exiler volontairement en même temps que

lui.

Yilleroy avait si bien convaincu le roi qu'il n'était entouré que d'ennemis et que d'empoisonneurs , qu'il ne devait la vie qu'aux soins assidus de son gouverneur et de son précepteur, que , se voyant séparé de l'un et de l'autre en même temps, il entra dans un véritable désespoir.

Le régent n'avait point prévu le coup et était dans le plus mortel embarras. Dubois s'était imaginé, saits raison aucune, que l'évéque était à la Trappe ; et sur ce simple soupçon , on allait y envoyer un courrier, lorsqu'on apprit que M. de Fréjus s'était tout simplement retiré à Bàville , chez le président de Lamoignon.

Dès que le régent sut à quoi s'en tenir sur lu retraite de M. de Frtjus, il courut dire au roi que son précepteur serait de retour dans {ajournée, ce qui consola un peu le jeune prince. Le courrier, déjà en selle pour aller à la Trappe, partit i)our Bàville, et, comme l'avait promis le régent au roi, le i)récei)teur revint dans Kl journée.

M. de Fréjus était quitte de son serment. 11 s'était en elTel evilé volontairement le même jour que M. de Villeroy. Ce n'était passa faute si le roi lui avait ordonné de revenir; or, comme le premier devoir d'un sujet est d'obéir, M. de Fréjus avait obéi.

A partir de ce moment, le régent comprit que Tévêque était une puissance. Il lui expliqua longuement le motif qui l'avait fait se porter à cette extrémité visa vis de M. de Villeroy, et finit par la lui faire approuver. Au fond, M. de Fréjus était enchanté d'être débarrassé d'un homme dont plus d'une fois, lui, avait eu aussi à supporter la jactance et l'orgueil.

Il en résulta que lui-même présenta et recommanda au roi le duc de Charost, à qui le régent avait donné la place du maréchal.

Quant à ce dernier, comme on trouvait la terre de Villeroy trop près de Versailles, on l'envoya prisonnier à Lyon.

Dubois se trouva donc non seulement premier ministre, mais encore débarrassé de ses deux ennemis les plus à craindre , Noce et Villeroy.

L'Académie profita de la circonstance pour nommer Dubois académicien.

Pendant ce temps, un des hommes qui avaient fait le plus de mal à la France sous le règne précédent , mourait à Windsor. Nous voulons parler de Jean Churchill, duc de Marlborough. Une chanson nous vengea de lui, et d'un nom terrible fit un nom ridicule.

L'époque fixée pour le sacre arrivée, le 25 octobre la cérémonie eut lieu.

Les six pairs de France laïcs y furent représentés par six princes du sang, ce qui n'avait jamais eu lieu : le duc d'Orléans représenta le duc de Bourgogne, le duc de Chartres y tint la place du duc de Normandie, le duc de Bourbon celle du duc d'Aquitaine, le comte de Charolais celle du comte de Toulouse , le comte de Clermont celle du comte de Flandres et le prince de Conti celle du comte de Champagne.

Le niaréolial de Villars rcpréscnla le connélablc de France, et le prince de Rolian le grand-maîlrc de la maison du roi.

Lorsqu'on mit la couronne sur la tète du roi, an lieu de la c;arder, il l'ùla cl la posa sur raulcl. On lui dit que ce n'était point dans le cérémonial du sacre; mais le prince répondit qu'il aimait mieux manquer au cérémonial et faire hommage de sa couronne à celui qui la lui avait donnée.

A son retour de Reims, le roi séjourna quelque temps à Villcrs- Cotereis, où le duc d'Orléans lui donna des fêtes magnifiques; puis de là, il fit étape à Chantilly chez M. le duc de Bourbon, qui dépensa un million pour le recevoir.

Aussi, voyant ce luxe, Canillac disait-il. • « On voit bien que le fleuve Mississipi a passé par là. »

Ce fut pendant son séjour à Villers-Coterets et à Chantilly que le roi prit pour la première fois le plaisir de la chasse, plaisir qui devint chez lui une passion.

A son retour à Paris, M. le duc d'Orléans fit partir pour l'Espagne, accompagnée de madame la duchesse de Duras et du chevalier d'Orléans, mademoiselle de Baujolais, sa fille, dont le contrat de mariage, avec l'infant don Carlos , avait été signé le 26 novembre.

Ce mariage n'eut pas sou exécution.

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Huit jours après la signature de ce contrat, mourut lapj-incesse Palatine, mère du rcgcnt.

Les spectacles furent fermés pendant huit jours, le deuil fut de quatre mois.

Peu d'accidents de cette importance s'accomplissaient sans exercer la verve des faiseurs d'cpigrammes.

On proposa cette épitaphe pour la défunte ; Ci-gît l'Oisiveté.

Un vieux proverbe dit, on se le rappelle, que l'oisiveté est la mère de tous les vices.

Ce fut avec le fameux tremblement de terre de Portugal, qui inspira une tragédie à maître André, le dernier événement de l'année 1722.

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