‹ La régence et Louis QuinzeChapitre 22 sur 72 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

A-OAl.! E R. .

E\DANT que loiU le monde s'amusait à qui mieux mieux à la cour de France, on s'ennuyait fort à la cour d'Espagne.

Philippe V, ce roi à qui il ne fallait, audired'Albéroni, qu'un prie-Dieu et une femme, avait fini par se lasser de celui des deux objets que nous venons de citer, qui le rattachait au monde; sombre , taciturne, faisant pour toute distraction quelques visites aux tombeaux de l'Escurial; il ambitionnait, lui qui avait coûté à la France vingt-cinq ans de guerre pour le maintenir sur le trône, le calme, le repos et la prière du cloître; enfin , le 15 janvier 172/t, cédant à cette attraction vers la vie religieuse qui le tourmentait depuis longtemps, il résigna sa couronne à don Louis, prince des Asturies, et se retira dans son palais de Saint- Ildefonse, sombre monument qui n'avait rien à envier au cloître le plus sévère.

Pendant que Philippe V se retirait momentanément du monde, le pape Innocent XIII, en sortait pour toujours, après trois années de pontificat.

Le 28 mai, Vincent Marie Orsini était élu pape et s'imposait le nom de Benoît XllI.

Dix jours auparavant , la fameuse Catherine, cette orpheline qu'un pasteur luthérien avait élevée par charité, cette prisonnière que Tcheremetof avait faite en prenant Mariembourg, cette femme d'un soldat suédois, disparu sans qu'on ait jamais su ce qu'il était devenu, cette esclave du favori MenzikofT, cette maîtresse de Pierre P"' que nous avons vu visiter Paris vers les derniers tenq}s de la régence, avait été couronnée impératrice de toutes les Paissies.

Tels étaient les principaux événements de l'Europe, lorsque le roi Louis XV qui était d'une faible santé, tomba encore une fois malade.

Comme la première fois le mal se présenta avec des symptômes

1/iG ions XV

(lani;(MTii\. fil îles progrès rapides, mais céda à deu\ saignées. Pendaiil trois jours on avait craint pour son exislenco.

Mais l'homme qui avait éprouvé les plus vives angoisses pendant celte maladie, était M. le duc, non pas qu'il eût à craindre comme le régent d'être accusé d'empoisonnement, et par conséquent de voir son honneur périr avec le roi, mais avec le roi périssait sa puissance, et M. le duc tenait fort à être premier ministre. Aussi, une nuit. — M. le duc couchait au-dessous de la chambre du roi, — une nuit que M. le duc crut entendre chez Sa Majesté plus de bruit et de mouvement qu'à l'ordinaire , il se leva précipitamment en robe de chambre, et monta à l'appartement du roi.

A celte apparition, l'étonnement de Maréchal, premier chirurgien, qui couchait dans l'antichambre, lut grand, il se leva et courut au-devant du prince , lui demandant ce qui l'eflarait ainsi ; mais il n'en put tirer que dos paroles entrecoupées et pareilles à celles qui sortiraient de la bouche d'un fou. J\ii cnlendudii bruit, le roi est malade ! Que deviendrais-je! s'écriait le duc tout hors de lui. Enfin , Maréchal parvint à le rassurer ; mais l'impression était si profonde, que tout en reconduisant M. le duc , Maréchal entendit le prince qui se disait à lui-même : je ny serai pas repris^ et s'il en revient, je le marierai.

En effet, ou se rappelle que la future femme de Louis XV avait huit ans, ce qui remettait le mariage du roi à six ans au moins. Dans sept ou huit ans seulement, le roi pourrait donc avoir un enfant. Or, en cas de mort du roi, il fallait un dauphin pour que la couronne n'allât point au duc d'Orléans, et que M. le duc restât au pouvoir. Dès-lors, le renvoi de l'Infante fut résolu dans l'esprit de M. le duc, et le 5 avril 1725, cette grande résolution fut exécutée.

Mais ce n'était pas le tout d'avoir fait le roi libre en renvoyant l'Infante, il fallait remplacer l'infante par une jeune fille. M. le duc jeta donc les yeux sur la France et sur l'Europe, pour chercher une princesse qui pût devenir au plus vite la femme du roi.

Ses yeux se portèrent d'abord sur mademoiselle de Vermandois, sa sœur. Ainsi il devenait beau-frère du roi, et, en cas de régence, son ambition trouvait dans la veuve du roi un nouvel appui. M. le duc consulta madame de Prie, sans l'avis de laquelle il ne faisait rien d'important , et madame de Prie fut pour mademoiselle de Vermandois.

Madame de Prie, en se déclarant pour mademoiselle de Ver-

mandois, espérait qu'une reine de sa façon n'aurail, rien à lui refuser.

Mais à la première cnlrcvuc que la marquise eut avec la princesse, elle vil qu'il ne fallait pas compter acquérir sur la sœur la dixième partie de rinfluence qu'elle avait sur le fi'ère. Aussi la quitla-t-elle en se jurant, à elle-même, que mademoiselle de Vermandois ne serait pas reine de France.

La chose n'était pas dilFicile pour madame de Prie. Elle fil remarquer à M. le duc une chose qu'elle n'avait pas, dit-elle, remarquée elle-même d'abord; c'est qu'en mariant sa sœur au roi, il se mettait complètement sous la dépendance de sa sœur et de sa mère. Le caractère absolu des deux femmes était au reste bien connu du prince, elle n'eut donc pas de peine, quelqu'honneur qui dût lui en revenir, à faire renoncer M. le duc à cette illustre alliance.

Un instant les yeux du premier ministre se tournèrent vers la Russie. Au premier bruit du renvoi de l'Infante, le prince Kourakin avait écrit cette nouvelle à la czarine qui venait de succéder à son mari, mort comme meurent les czars. Le 8 février 1725 , la czarine offrit sa fille Elisabeth pour remplacer l'infante ; mais M. le duc voulut faire une obligation de sa nomination an trône de Pologne à la mort du roi Auguste, et la négociation échoua.

Ce fut alors que madame de Prie jeta les yeux sur Marie Leczinska fille de Stanislas Leczinski, roi de Pologne détrôné et retiré à Wissembourg en Alsace.

11 était difficile de rencontrer un roi dans une position plus humble que celle où se trouvait Stanislas. Échappé avec sa femme et sa fille aux poursuites du roi Auguste, il avait été proscrit, un décret de la diète de Pologne avait mis sa tête à prix, il s'était réfugié en Suède, erî Turquie puis aux Deux-Ponts. Enfin, Charles XII, son dernier appui étant mort, toujours menacé, sans argent, sans sécurité, sans espérance, il avait exposé sa malheureuse position au duc d'Orléans régent, qui, touché de compassion, lui avait permis de se retirer dans un village près de Landawr. Enfin, ayant appris que même sous la protection de la France, il n'était i)oint en sûreté, et qu'on menaçait de le faire enlever, il se relira à Wissembourg dans une vieille commanderie, dont la moitié des murailles était ruinée.

Stanislas commençait à goûter quelque repos dans cette retraite,

\f^^ LOUIS XV •

(liiaiid I^I. Siim vint porlor plainte au nomdu roi Auguste de l'iiospilalité accordée par la France au souverain détrôné.

— Monsieur, dil le régent, mandez àvolremailrequela France a toujours été Tasile des rois malheurenx.

Ce lut là qu'un malin, par une lettre particulière de M. le duc, il apprit le bonheur inoui qui lui arrivait, il se pécipita aussitôt dans la chambre de sa femme et de sa fille en disant : — Mettonsnous à genoux et remercions Dieu. — Oh ! mon père, s'écria la princesse Marie, Dieu vous rend-il donc votre trône de Pologne. — Non, ma fdle, il foit mieux que cela, dit le roi, il vous fait reine de France.

On était pressé des deux parts de conclure le mariage.

Quinze jours après, Marie Leczinska arrivait à Fontainebleau, et le II septembre le cardinal de Rohan , en lui donnant la bénédiction nuptiale, la faisait reine de France.

M. le duc de Richelieu ue put assister au mariage , depuis le 8 juillet il était nommé ambassadeur à Vienne.

Nous avons parlé en son temps du procès de Leblanc, du chevalier et du conîle de Belle-lsle, l'instruction ne trouva rien contre eux, et pleinement justifiés de toute accusation, ils sortirent des châteaux de la Bastille et de Yincennesoù ils avaient été enfermés.

Ce fut le premier coup porté au pouvoir de M. le duc et à l'influence que la marquise de Prie avait sur lui.

La reine Marie Lecksinska.

LOUIS XV l/jO

Bientôt une accnsalion grave commença de planer sur eux. L'année 1725 avait été mauvaise, à peine si pendant les plus beaux jours du printemps et de l'été, le soleil avait paru ; en échange les terres étaient détrempées par des i)luies incessantes, il en résultait que les moissons noyées n'avaient pu mûrir. L'état des récoltes menacé ainsi, fit donc craindre une famine, cette crainte amena une hausse dans les blés et dans les forines, et chose inouie jusqu'alors, le pain monta à neuf sous la livre. Alors on accusa ouvertement madame de Prie et son conseil d'avoir monopolisé les grains.

Heureusement on s'était trompé sur le résultat des récoltes, le beau temps revint, le soleil reparut et sécha les plaines, la récolte fut abondante, et même, comme le blé trop imprégné d'eau, n'était pas de garde, les froments tombèrent bientôt au plus bas prix. Avec la famine l'orage s'était amassé , avec les bons jours l'orage disparut, M. le duc échappa donc à ce premier danger qui avait menacé sa fortune.

Pour faire un meilleur exemple à la France, M. le duc devait tomber par lui môme, et cette chute devait être amenée par l'insatiable avidité de madame de Prie.

Celle-ci ne s'était pas trompée en faisant donner la couronne à cette pauvre Marie Leczinska, elle avait trouvé dans la jeune reine un cœur droit et reconnaissant, si reconnaissant, que passant pardessus l'étiquette , la reine recevait familièrement la marquise , quoiqu'elle fût fille de M. de Pléneuf et maîtresse de M. le duc.

11 est vrai que pour diminuer l'inconvenance ou pour rendre l'inconvenance plus grande, on lui avait donné une charge à la cour.

Comptant sur celte protection, madame de Prie crut pouvoir risquer une petit coup d'état.

Sa haine pour M. de Fréjus datait du commencement de l'administration de M. le duc. En attendant les contributions que sous les différents prétextes que son active imagination devait lui fournir, madame de Prie comptait tirer de la France , elle s'était d'abord emparée de la pension de quarante mille livres sterling que l'Angleterre faisait à Dubois pour qu'il lui fût favorable; comme cette subvention était réclamée au nom de M. le duc, comme au ])out du compte M. de Fréjus était plus avide de pouvoir que d'argent, l'évêque les laissa faire; mais il n'en fût pas ainsi quand madame de Prie voulut mettre la main sur la feuille des bénéfices.

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L'évèqnc prit M. le duc à pari, el Irôs religiensomenl, Irôs rospectiioiis(Miient, mais aussi avoc beaucouj) de Icrinclé, il lui liloiiteudro qu'eu se sounieltaul à ses luuiières à l'endroil des ailaircs leuiporelles, sa conscience ne lui pcrnicllail pas (rabaudonner les spirituelles, il ajouta même que celte réserve qu'il faisait était un soulagement pour le prince, déjà écrasé de tant d'aflaires qu'il pliait sous le poids ; or, les alVaires de l'église étant très nombreuses et très compliquées, ce n'était pas trop d'une personne qui s'en occupât uniquement. M. le duc savait bien l'importance de l'abandon qu'on lui demandait; mais il n'osa mécontenter M. de Fréjus, il laissa en conséquence le précepteur du roi s'emparer complètement de cette branche d'administration. A partir de ce moment les ministres jugèrent la position, M. de Fleury était le collègue invisible, mais réel de M. le duc de Bourbon. Aussi avant d'aller chez le roi, ne manquaient-ils point de lui porter secrètement leurs portefeuilles, et lui, aussi secrètement que le portefeuille lui était apporté , il en prenait connaissance, et les guidait dans la marche qu'ils devaient suivre et qu'il se chargeait de faire approuver par le roi. M. de Fleury était donc en réalité, comme on le voit, plus que le premier ministre , puisque croyant tout diriger, M. le duc ne faisait qu'obéir.

Madame de Prie avait été furieuse de voir la feuille des bénéfices échapper à ses mains, cependant elle avait compris d'abord que seule et isolée comme elle était, il lui fallait prendre patience et joindre au pouvoir de M. le duc un autre pouvoir, aussi puissant, s'il était possible. C'est dans celte intention qu'elle avait manœuvré en faisant jMarie Leczinska reine de France.

Il y avait bien des ténèbres dans le cœur de celte femme de vingt-quatre à vingt-cinq ans.

Arrivée au but qu'elle voulait atteindre, forte à la fois de l'amitié de la reine pour elle et de l'indifférence du roi pour les affaires, elle pensa que si elle pouvait éloigner M. de Fréjus du travail, tout pouvoir lui était acquis. En effet, à l'exemple du régent, M. le duc allait tous les jours travailler avec le roi, ou plutôt travailler en sa présence. Or, l'évèquede Fréjus ne manquait jamais d'assister à ce travail , ce qui gênait, non pas M. le duc , seul il se fût à peu près accommodé de tout, mais ce qui gênait madame de Prie. En conséquence, madame de Prie avisa un moyen de se débarrasser de ce témoin incommode; c'était de persuader au roi de faire faire le travail chez sa femme, comme Louis XIV le faisait

faire chez madame de Mainlcnon; le précepteur n'ayant point de leçons à donner au mari, mais seulement au jeune prince, ne le suivrait probablement pas chez la reine, cl là, elle, madame de Prie remplacerait M. de Fréjus.

Le projet une fois arrêté, l'exécution ne se fit point attendre; à la première occasion que M. le duc eut de voir le roi, il l'engagea de venir travailler chez la reine, le roi accepta, et M. de Boiui)on prévint Sa Majesté qu'il se rendrait directement au nouvel endroit assigné pour le travail.

M. de Fréjus, qui ignorait toute cette petite machination, se rendit à l'heure ordinaire au cabinet du roi, le roi s'y trouvait encore, mais au bout de dix minutes il sortit et passa chez la reine; l'éveque, sans s'inquiéter d'avance de celte sortie, attendit quelque temps, puis ne voyant pas arriver M. le duc à l'heure accoutumée, il se douta de ce qui se passait, s'informa et apprit que le roi travaillait chez sa femme avec M. le duc. Aussitôt il rentra chez lui, écrivit à son élève une lettre pleine de douleur, et cependant tendre et affectueuse, dans laquelle il lui annonçait qu'il se retirait de la cour et allait finir ses jours dans la retraite. Niert, premier valet de chambre, fut chargé de remettre cette lettre au roi.

Dix minutes après M. de Fréjus partait pour Issy, se rendant à la maison des Sulpiciens dans laquelle il allait quelquefois se délasser.

Le roi en sortant du travail , rentra chez lui assez inquiet de la façon dont la chose allait se passer avec M. de Fréjus. Mais au lieu de l'évêque, il trouva sa lettre.

La retraite avait déjà réussi une première fois à M. de Fréjus, et le succès lui avait indiqué que le moyen était bon. Louis XV ne fut pas moins affligé cette fois que la première, il pleura, et pour dérober ses larmes et son chagrin à tous les yeux, s'enfuit dans sa garde-robe. Mais Niert, qui avait sans doute ses instructions, courut instruire de ce qui se passait M. le duc de Mortemart, premier gentilhomme. Dix minutes après M. de Mortemart était près du roi.

Le roi était encore dans sa garde-robe et continuait de pleurer.

— En vérité, Sire, dit IMortemart, j'en demande pardon à Votre Majesté, mais je ne comprends pas qu'un roi pleure; une intrigue éloigne M. de Fréjus de vous, dites tout simplement je veux revoir M. de Fréjus et envoyez-le chercher. — Mais par qui, qui osera se charger de cet ordre, se brouiller avec M. le duc ? — Qui l'osera? moi, Sire, faites une ligne et vous verrez. — Eh bien! va,

Moiiomart, dit le roi, lout ce (iiio lu Ions scraI)ioii, pourvu qno iM. (le Im\\jus iTvionno. Morloniail ne se le lil pas répéter deux Ibis. Fort des pleins pouvoirs du prince il alla droit à M. le duc, et lui signifia la volonté du roi, non comme un désir, mais comme un oiHJre. M. le duc essaya d'abord de résister, mais IMorlemart sentit que s'il ne faisait pas plier celle résistance, il était perdu : il exigea donc au nom du roi que l'exprès qui devait aller chercher M. de Fréjus à Issy, partit devant lui , et il ne sortit de chez M. le duc que lorsqu'il eut vu le courrier s'éloigner au galop.

Dès que Mortemart l'eut quille, M. le duc appela madame de Prie. La situation était pressante. On émit l'avis d'enlever l'cvêque sur le chemin d'Issy à Versailles, et de l'emmener dans quelque province éloignée, où une lettre de cachet le tiendrait en exil. Quand le roi le demanderait, on lui répondrait que l'évèque avait refusé de revenir. Alors on emploierait toutes les séductions de la reine, on ferait de grandes chasses , on inventerait, s'il était possible, des plaisirs nouveaux pour distraire le roi. Le jeune homme oublierait son vieux précepteur, l'absent aurait tort.

Le projet était audacieux , mais à cause même de son audace, il pouvait réussir. Mais l'exprès faisait plus grande diligence qu'on ne s'y était attendu, l'évèque de son côté, au lieu de se faire prier, partit tout de suite, de sorte que M, de Fréjus était déjà chez le roi que l'on discutait encore sur le meilleur moyen de l'empêcher de revenir.

Pendant sa retraite d'une demi journée à Issy, Horace Walpole, qui depuis le 25 mai 172i résidait à Paris comme ambassadeur de la Grande-Bretagne, était le seul que M. de Fréjus eîit vu venir ; à peine avait-il su le départ de l'évèque qu'il était parti , et arrivant presqu' aussitôt que lui, lui avait fait ses protestations d'amitié.

M. de Fréjus n'oublia jamais cette visite.

De retour à Versailles, on le comprend, la lutte était entre M. le duc et M. de Fréjus, aussi M. le duc eut-il beau marquer au prélat toutes sortes d'égards et madame de Prie se modeler sur M. le duc, le renvoi du premier ministre fut résolu.

Cependant, M. le duc et madame de Prie tout en se sentant menacés, ne croyaient pas leur chute si proche, M. de Fréjus continuait de rendre à M. le duc tous les honneurs dus à son rang. Quant à madame de Prie il ne la voyait pas plus ni moins qu'auparavant, ne paraissant aucunement s'occuper d'elle, ni avoir gardé de ce qui s'était passé le moindre ressentiment.

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Le 11 juin le roi (levait partir pour Rambouillet et M. le due était nommé i)our le suivre, le roi partit le premier, en recommandant au prince de ne pas se faire attendre.

On le voit, Louis XV ne jouait pas mal non plus son petit râle.

M. le duc s'apprêtait à partir, lorsqu'un capitaine des gardes entra chez lui, et au nom du roi lui signifia de se retirer à Chantilly et d'y demeurer jusqu'à ce qu'il plût au roi de lui donner des ordres contraires.

Quant à madame de Prie, une lettre de cachet l'exilait à sa terre de Courbe-Épine.

La pauvre disgraciée crut d'abord à un malheur d'un instant.

Aussi elle partit souriante et promettant à ses amis un prochain retour, car effectivement elle ne croyait pas à la longueur de cet exil.

Mais son espoir ne tint pas contre la nouvelle qu'elle apprit à peine arrivée dans ses terres, que sa place de dame du palais lui était ôtée et donnée à madame d'Halaincourt; alors elle vit clairement qu'elle était chassée de Versailles à n'y jamais reparaître , et toute cette philosophie qu'elle avait affectée disparut avec l'espoir.

Le chagrin la prit si tenace, si obstiné, si violent, qu'elle commença de maigrir à vue d'œil, sans que les médecins pussent attribuer à son mal d'autre cause que les nerfs et les vapeurs. Alors elle vit bien que tout était fini pour elle ; puisqu'aprcs la faveur, la beauté la quittait, elle résolut en conséquence de s'empoisonner, et fixa d'avance le jour et l'heure, bien décidée à ne rien changer à cette résolution.

Alors elle annonça sa mort comme une prophétie, disant que tel jour à telle heure elle aurait cessé de vivre, et en effet elle mourut à l'heure et au jour dits.

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