‹ La régence et Louis QuinzeChapitre 23 sur 72 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

E cardinal Mazariii avait, en mourant, donné à Louis XIV le conseil de ne jamais avoir de premier ministre; M. de lleury, -j^t m K/i^ ^ ^'hl&'É^ ^'^"^ doute, était de l'avis de Mazarin, car ^1 1^ ^^^^^'^ (luoiqu'il lût, après la petite révolution que j, nous venons de raconter, on ne peut plus lacilc de se faire nommer à la place de M. le duc, il se contenta de rentrée au conseil et du titre de ministre d'État.

Avec l'entrée ostensible de M. de Fleury au pouvoir, commença, pour la France et même pour l'Europe, une période de paix qui ressemble moins au calme qu'à l'atonie; alors les historiens commencent à enregistrer une série de faits sans importance, qui semblent interrompre la vie de la nation.

C'est un tremblement de terre à Palerme, un incendie dans la forêt de Fontainebleau, une aurore boréale à Paris, une peste à Constantinople. Puis des morts.

La duchesse d'Orléans, princesse de Baden-Baden, meurt en couche à l'âge de 21 ans. Sophie-Dorothée, fille unique de Georges-Guillaume, duc de Brunswick-Zelt, reine de la Grande-Bretagne, meurt au château d'Ahen. Le duc de Parme, François Fernèse, meurt sans enfants à l'âge de 49 ans, son frère lui succéda. Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti, dont nous nous sommes plus d'une fois occupé, meurt à l'âge de 31 ans. Enfin, M. de Vendôme, grand prieur de France, meurt à l'âge de 71 ans.

Disons quelques motsdece dernier, en qui s'éteignait la race de César de Vendôme, fils naturel d'Henri IV et de Gabrielle d'Estrées^ duchesse de Beaufori.

Le grand prieur était frère de ce fameux duc de Vendôme qui montrait si facilement son visage à ses ennemis et son derrière à ses amis. 11 avait fait ses premières armes contre les Turcs à Candie, sous son oncle ; ce héros de la régence d'Anne d'Autriche, ce roi des halles de la fronde, qui se sauva de Vincennes pour faire son inutile expédition de Gigelli, et s'en aller mourir d'une façon si mystérieuse à Candie.

Le grand prieur n'avait que 17 ans lorsqu'il était revenu de

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cette croisade, puis il s'était distingué dans la conquête de Hollande, avait été blessé à la bataille de Marseille, et fait lieutenant général en 1G95; il avait servi avec son frère, quelquefois sous lui, mais jusqu'à 1705 seulement, aussi brave que lui, moins paresseux que lui, et plus libertin peut-être.

En effet, une femme l'empêcha d'assister à la bataille de Cassano, faute qui lui valut la disgrâce du roi; alors il se retira à Rome, il passa quelques années à voyager. Le roi fnrieux de son insouciance, le menaça de lui retirer ses bénéfices, aussitôt le grand prieur les renvoya de lui-même, ne gardant qu'une pension ; fait prisonnier par les impériaux comme il traversait les Grisons, il ne rentra en Frauce qu'en 1712, c'est-à-dire la même année où son frère mourait d'indigestion à Vignaros en Espagne.

Le grand prieur, à cette mort, se trouva le dernier de la maison de Vendôme que sou frère, l'illuslre duc, ne s'était jamais occupé de perpétuer : quant à lui, il avait dès sa jeunesse, fait des vœux dans l'ordre de Malte, et par conséquent ne pouvait avoir d'enfants. En 1715, il fut nommé généralissime des forces de son ordre, avec mission d'aller défendre Malte, menacée d'un siège par les Turcs; mais le grand prieur fit un voyage inutile, Malte ne fut point assiégée, et il revint achever tranquillement cette admirable existence qu'il avait menée dans sa délicieuse retraite du Temple.

Là, il vivait au milieu des gens de lettres dont il avait fait sa société habituelle, Chaulieu et Lafare étaient les convives de tous les jours. Voltaire l'appelait altesse Chansonnière, et c'est dans une de ces soirées que lui échappa ce joli mot :

— Sommes-nous tous princes, ou tous poètes.

Le grand prieur mourut au milieu de ses templiers, comme il appelait ses amis, le 2^ janvier 1727.

Puisque nous avons prononcé le nom de Voltaire, disons à quel propos il avait quitté la France et voyageait en Angleterre.

Nous avons dit sa tàmiliarité avec le grand prieur de Vendôme, c'était la même chez M. de Conti, c'était la môme chez M. le duc de Sully, c'était la même partout. C'est en dînant chez ce dernier que Voltaire avait eu avec M. de Rohan-Chabot cette querelle qui le força de quitter le France. M. de Rohan émettait une opinion que Voltaire combattait avec sa liberté ordinaire; étonné d'être contredit ainsi par quelqu'un qu'il ne connaissait point et qui ne lui semblait pas être de son monde, M. de Rohan demanda, d'un ton insolent, quel était ce jeune homme qui parlait si haut.

— Un jomio homme, r('|)on(lii le poêle, qui est le premier de son nom, tandis que vous êles le dernier du vôtre. L'aflaire en rcsla là pour le moment. Mais huit jours après, comme Voltaire dînait encore chez le duc, on vint lui dire que quelqu'un le demandait à la porte pour une allaire d'importance, Voltaire descendit.

A la porte, en elVet, il trouva une voiture dont la portière était ouverte et le marchepied abaissé, il s'apprêtait à monter dans la voiture, quand un homme qui se trouvait dans le carrosse le saisit au collet et le maintint, impuissant à se dél'endre, tandis qu'un autre homme le frappait avec un bâton.

Pendant ce temps, M. de Rohan Chabot était à quatre pas criant à ses gens : — N'oubliez pas que c'est Voltaire, ne frappez pas sur la tète, il peut encore en sortir quelque chose de bon.

Cette insulte dura jusqu'à ce que M. de Rohan dit : — c'est assez.

Voltaire, furieux, remonta chez M. de Sully, le priant de l'aider à se venger d'un outrage qui retombait sur lui-môme, puisque Voltaire était son hôte quand on l'avait fait descendre. M. de Sully s'y refusa. Voltaire s'en vengea en effaçant de la Henriade le nom de son aïeul.

En apprenant cette aventure, qui se j)assait en ilflb, M. de Conti, dit :

— Voilà des coups de bâton bien reçus ; mais mal donnés.

Cependant Voltaire avait résolu de se venger, il s'enferma pen-

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(lant trois mois, et pendant trois mois ai)i)rit tout ensemble l'escrime et l'anglais; rescrimc ponr se battre avec M. de Rohan , l'anglais pour vivre en Angleterre quand il se serait battu.

Au bout de trois mois, il envoya appeler le chevalier de Rohan Chabot dans deS termes qui ne permettaient pas à celui-ci de refuser. Le combat lut accepté, et les témoins prirent jour pour la rencontre; mais dans l'intervalle la lamille de Rohan fit des démarches près de M. le duc; elle demandait l'incarcération de Voltaire, M. le duc avait refusé d'abord, mais les solliciteurs revinrent à la charge en apportant au prince un quatrain de l'écriture de Voltaire, dans lequel celui-ci attaquait M. le duc et faisait une déclaration à madame de Prie. Voltaire, arrêté, fut pour la seconde fois conduit à la Bastille où il resta six mois. Le jour de sa mise en liberté, il reçut l'ordre de quitter la France.

Voltaire était donc en Angleterre à cette époque, de sorte que le théâtre semblait aussi endormi que la politique, aussi vide que les événements de cette époque.

La reine était grosse , et la France dans l'anxiété attendait sa délivrance.

Cette fois les vœux de la France furent trompés, la reine accoucha de deux princesses.

Une pareille fécondité donnait de l'espoir pour l'avenir, néanmoins Louis XV résolut de mettre Dieu dans ses intérêts. Le 8 décembre 1728, tous deux communièrent publiquement à cette intention, et neuf mois après la reine mit au monde le premier dauphin. Alors ce fut un délire non-seulement pour toute la France, mais encore pour toute l'Europe, dont cet accouchement assurait la paix: on rendit à Dieu qui avait d'une façon si incontestable montré son intervention dans les choses humaines, on rendit à Dieu des actions de grâces publiques, le roi assitaau Te Deiim qui fut chanté à Notre-Dame, et soupa ensuite à l' hôtel-de-ville avec les princes de son sang et les principaux de la cour, on frappa une médaille sur laquelle étaient représentés le roi et la reine, et au revers la terre assise sur un globe tenant le dauphin entre ses bras avec cette légende : vota ordis, les vœux de l'univers.

Vers le commencement de la premièi'c grossesse de la reine, Catherine, impératrice de Russie, mourait à Saint-Pétersbourg et Newton était enterré à Westminster. Six pairs du royaume portaient les extrémités du drap mortuaire.

LOLIS W

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