‹ La régence et Louis QuinzeChapitre 3 sur 72 · IC LA RÉGENCE · texte numérisé non relu

IC LA RÉGENCE

1.0 Père Le Tollier, se voyant sans lonction , demanda au régent qtuMIe était sa destination présente.

Cela ne nie regarde pas , dit le prinee , informez-vous à vos

supérieurs.

Quant à l'ordre qui avait été donné par Louis XIV, à son lit de mort, de conduire le jeune roi à Vincennes, ù cause de la salubrité de l'air, le régent, au lieu d'y voir un inconvénient, y voyait une racililé pour lui; Vincennes étant plus près de Paris que de Versailles, et Paris étant le centre de ses affaires, et surtout de ses plaisirs.

Néanmoins, les médecins de la Cour, ayant sans doute , pour des motifs de commodité personnelle, déclaré l'air de Versailles aussi pur que quelque air que ce fût , le régent assembla les médecins de Paris, qui, probablement et toujours par le même motif de commodité, se décidèrent pour Vincennes.

En conséquence, le jeune roi fut conduit au donjon le 9; c'està-dire le même jour où le cercueil du roi mort fut conduit à Saint- Denis.

Les cours étrangères vengèrent Louis XIV des insultes qui avaient été faites à son cadavre par la populace de Paris.

A Vienne, l'empereur prit le deuil comme d'un père, et tout divertissement fut défendu, pendant le carnaval, qui ne venait cependant que quatre mois après.

A Conslantinople, un grand service fut célébré, et 1-e comte des AUeurs, ambassadeur de France près la Porte-Ottomane, demanda et obtint une audience du grand seigneur, pour lui notifier la mort de Louis XIV.

Le sultan le reçut aussitôt, et le visir lui dit :

— Vous avez perdu un grand empereur, et nous un grand ami et bon allié : Sa Hautesse et moi avons pleuré sa mort.

Ce fut pendant qu'on rendait à Louis XIV ces honneurs suprêmes à l'étranger , que d'Argenson vint dire au régent qu'on traitait le roi de banqueroutier.

— Eh bien ! demanda le régent, quel remède voyez- vous à cela?

— 11 faut , répondit le lieutenant de police , faire arrêter ceux qui tiennent ces mauvais propos.

— Vous n'y entendez rien, dit le prince, il faut payer les dettes du défunt, et tous ces gens se tairont.

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AA s les deux chapitres précédeiils, nous avons tracé le portrait des principaux personnages qui servent de transition ^ à ces deux époques bien distinctes , qu'on appelle le siècle de Louis XIV et la Régence. Nous avons dit ce qu'étaient M. le duc du Maine, madame la duchesse du Maine etM. le comte de Toulouse. Nous avons esquissé la silhouette de Philippe II d'Orléans; nous avons dit un mot de la seconde mademoiselle de Blois, sa femme; mais nous n'avons aucunement parlé du reste de la famille ; c'est-à-dire de Madame, seconde femme de Monsieur et mère du régent; c'est-cà-dire de madame de Berry, fdle aînée de Philippe , de mademoiselle Louise-Adélaïde de Chartres ; de M. Louis d'Orléans; de mademoiselle Charlotte-Aglaé de Valois, qui jouent un rôle important dans la vi^ de leur père.

Les trois autres fdles qui furent , l'une mariée au prince des Asturies, la seconde fiancée à l'inftuit don Carlos, et la troisième ([uL devint la femme du prince de Conti, n'ont ni importance politique, ni réputation scandaleuse ; nous ne nous en occuperons donc que suivant les besoins de notre narration.

Le terrain politique déblayé par le double arrêt du Parlement, madame de Maintenon reléguée à Saint-Cyr, M. du î\Iaine et M. de Toulouse, retirés, l'un à Sceaux, l'autre à Piambouillet, le père Le Tellier, exilé à la Flèche, le roi mort, enterré à Saint-Denis, le jeune l'oi installé à Vincennes, isolent le Palais-Royal, celle halte que fait la Régence entre Versailles et les Tuileries, et nous

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pt'iiiK'iUMH (le cliniigor les murailles nmollcs du cardinal de Uiclielieu, en traiispareules cloisons de verre.

Connue âge et comme importance de personne, Madame vient d'abord, Madame, que son fds aimait si tendrement, écoutait si patiemment et il laquelle il désobéissait si régulièrement.

Charlotte-Elisabeth de Bavière avait succédé, comme seconde ténune de Monsieur, à la belle et coquette madame Ileiu'ieltc d'Angleterre, morte eu 1()70, empoisonnée selon toute probabilité, par le chevalier de Lorraine et le marquis d'Efliat.

La nouvelle IMadamc était née à Ileidclberg, le 7 juillet iG52, pendant le septième mois de la grossesse de sa mère.

Laissons la sincère princesse faire elle-même son portrait physique. Nous emprunterons le portrait moral au duc de Saint-Simon, à Duclos et aux autres auteurs du temps. Voici le premier :

« 11 faut bien que j'avoue que je suis abominablement laide, ce qui d'ailleurs ne me coûte pas beaucoup à dire. Je n'ai pas de traits, j'ai des petits yeux, un nez court et gros, des lèvres longues et plates, tout ceci ne peut former une physionomie. J'ai de grandes joues pendantes et un grand visage, avec cela je suis très petite de taille, courte et grosse. Pour savoir si mes yeux annoncent de l'esprit, il faudrait les examiner au microscope ou avec des conserves, autrement il serait difficile d'en juger. On ne trouverait probablement pas sur toute la terre des mains plus vilaines que les miennes.

« Dans ma jeunesse, j'aimais mieux les épées et les fusils que les poupées ; j'aurais bien voulu être garçon, ce qui a failli me coûter la vie. En effet, ayant entendu raconter qu'à force de sauter, Marie Germain était devenue homme, j'ai fait des sauts si terribles, pour que le môme changement s'opérât en moi, que c'est un miracle que je ne me sois pas cassée le cou. »

Au milieu de tout cela, la princesse Charlotte avait grandi, et en grandissant, était devenue un affreux petit laideron, comme elle le dit elle-même.

Mais elle était princesse, ce qui fit qu'on avait toute certitude de la marier, si laide qu'elle fût.

D'ailleurs, malgré sa laideur, elle avait inspiré une véritable passion. Cet étrange amoureux était Frederick, marquis de Badc- Dourlach. 11 fit tout ce qu'il put pour se faire aimer de la prin-

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