I.Ol IS \v
mcnlairccl de dcspolisnio royal, n'est pas encore jugé IVoideincnl; à riieure qu'il csl, le mol jésuite mal compris, mal ai)pli(iué, mal défini es! encore une injure. Pourquoi? C'est ([n'arrivée presque la dernière dans la chronologie des ordres religieux, la comj)agnie de Jésus s'était mise à la tête de toutes les congrégalioiis religieuses, et marchait vers la suprématie absolue. Sans aucun moyen de coiilrainte, sans aucun privilège universitaire, les jésuites s'étaient emparés peu à peu de l'éducalion publique, leurs collèges regorgeaient d'écoliers, et une lois sortis du collège, les écoliers devenus honnnes, conservaient avec leurs anciens maîtres une relation sym- |)alhique qui, jusqu'au tombeau liait l'abeille à la ruche, dentelle était sortie, sans autre puissance que l'enseiguement, sans autre domination que la parole; ils en étaient arrivés à joindre entre leurs mains les deux bonis de la société, en développant l'inlelligencc du.peuple, en dirigeant la conscience des rois. Leurs racines étaient si profondément entrées dans le sol, que malgré l'arrêt de 17C)/i, qui les dissout, que malgré l'édit de 17G7, qui les bannit, que malgré le bref de 1773, qui les supprime, à peine rétablis par le bref de 1801, ils étaient déjà reconstitués trois ans après en France, sous le nom de Pères de la Foi, et en 1816, ils y avaient repris sous le nom de société de Jésus, toute la puissance que la révolution de 1830, seule, put leur faire perdre.
Nous reviendrons à propos de Louis XVI, de la révolution de 1789, sur l'expulsion des jésuites et sur l'influence que celte expulsion a eue sur la destruction de la religion et l'abolition de la royauté.
C'est pendant la période que nous venons de décrire, que Jean- Jacques-Piousseau publie successivement : La Nouvelle Uéloïse, Emile et le Contrat social, ouvrages qui furent loin de produire, à leur apparition , l'impression qu'ils produisirent plus tard. La Nouvelle Iléloïse parut en 1759, VEmile et le Contrat social, en
Pendant que ces événements s'accomplisaient la mort se mettait à la cour. La belle madame Royale qui avait épousé l'infant duc de Parme, avait quitté l'Italie pour venir voir son frère à Versailles. Louis XV n'avait pas osé faire sur ses enfants l'expérience que le duc d'Orléans avait faite sur les siens. La petite vérole était toujours là, comme le lion de l'Écriture : Qncrens qucm devoret. La jeune princesse se présenta sous sa main furieuse, et en moins de huit jours, madame Pioyale était morte, le visage décliiré par
i.oiis XV 319
ses ongles de feu. Le 5 mars 1700, mourail à son tour madame de Condé, vieille amie du roi, qu'il avait liiii peindre (|uaranlcans auparavant, courant la chasse avec lui, coiirée en Diane chasseresse et montant un cheval alezan. Le 23 juillet suivant, c'était le comte de Charolois quipayailson tribut. C'était le 2-2 mors 1701, M. le duc de Bourgogne. Ce nom lut lalal aux dauphins qui le portèrent; c'était le duc de Bourgogne, pauvre cnlantde dix ans, qui mourait laissant son frère, le duc de Berry, héritier de l'échafaud; c'était un charmant enfant aimant et aimé. En jouant avec un de ses camarades, il tomba poussé par lui et se blessa; ne voulant rien dire de peur de faire gronder celui qui avait été cause de l'accident, il mourut d'un dépôt. La perte fut cruelle à Louis XV, le roi l'aimait comme l'aïeul aime son petit-fds.
Le roi croyait en être quitte avec la mort , quand tout à coup on vint lui dire, chose étrange, pour lui surtout qui la voyait tous les jours, madame de Pompadour se meurt. C'est que madame de Pompadour pour qui, plaire au roi, était la première obligation, et je dirais presque le suprême devoir ne s'occupait que d'une chose, cacher au roi sa souffi'ance. Maintenant, de quoi soutirait madame de Pompadour? Etait-ce une de ces maladies de femmes douloureuses, inflexibles? Etait-ce comme le crut madame de Vintimille, comme le crut madame de Chûteauroux, comme elle le crut ellemême, un poison non moins sûr et plus rapide.
Voilà ce qu'on raconte ou plutôt ce qu'elle raconta elle-même : Berlin , créature de madame de Pompadour, était ministre des finances, et M. de Choiseul, ambitieux de tous les pouvoirs, voulait réunir les finances aux ministères qu'il avait déjà accaparés pour lui et pour les siens. Madame de Pompadour reconnut un double danger pour la France et pour elle , à laisser M. de Choiseul à la tête du gouvernement; et son renvoi fut arrêté. M. de Choiseul connut cette détermination et le lendemain madame de Pompadour tomba malade.
On la transporta de Choisy à Versailles. Louis XV vit les progrès de la maladie de la marquise sans la moindre émotion, le sentiment qu'il avait éprouvé pour elle et qui du désir avait passé à l'habitude , ce sentiment semblait avoir subi une nouvelle transformation et se résumer en un sentiment de pure convenance. I-e roi fut attentif et assidu pour la malade, comme il l'eût été pour une amie. Tous les jours le duc de Fleury apportait au roi un bulletin de santé. Le 15 avril 1704 il entra comme d'habitude, mais
,V20 LOIIS XV
sans bullelin, Aladanie de Ponipadour était morte. Elle s'était vue iiioiiiir, et avait été en lace de la mort plus courageuse (jn'on ne l'aurait cru. Au commencement de sa dernière journée, le curé de la Madelaine était venu la voir : vers onze heures, il prit congé d'elle.
— Attendez encore un moment, monsieur le curé, lui dit-elle, et nous nous en irons ensemble.
Avec la vie de la marquise, s'éteignit la sollicitude du roi.
Le cadavre de la lavorite lut mis sur une civière cl emporté par deux hommes de peine. Le roi était à sa fenêtre quand l'ignoble cortège passa. Il tombait quelques gouttes d'eau d'un ciel chargé de nuages.
Le roi étendit la main et dit :
— Pauvre marquise ! je crois qu'elle aura mauvais temps pour faire son dernier voyage.
Madame de Pompadour fat inhumée au couvent des Capucines de Paris, dans la chapelle de la maison de Créqui, qu'elle avait achetée un an auparavant, pour sa sépulture.
TOIUS \V