ROME
Clément XIV occupe le trône pontifical ; il est né le 31 octobre 1705; il a été élu le 19 mai 17G9 ; il s'appelait, les uns disent
384 loiiis XV
Vincent- Antoine, les autres Laurent Ganganelli. La France a favorisé sa nomination, et la tiare ponlilicale a été chercher clans un couvent de Saint-François, la télc rasée du pauvre moine, qui l'emporle cette fois sur l'aristocratique descendance des Oriclii, des Colon na et des Pamphiii.
Cependant Ganganelli, bon et excellent homme, fidèle à ses promesses et à ses amitiés, n'est pas à la hauteur des événements, <iui, pareils à une marée montante, viennent de leurs flots européens battre le Vatican , ce phare du monde ; c'est un caractère italien qui veut tout résoudre par les tempéraments. L'acte capital de son règne fut la destruction de l'ordre des jésuites ; soit hésitation , soit, comme il le dit lui-même, qu'il voulût peser cette grande résolution au poids du sanctuaire , il a mis cinq ans à se décider ; mais, ni les menaces, ni les écrits anonymes, ni les prédictions de Bcrnardina Renzi n'ont pu rempécher de rendre , le ^21 juillet 1773, le bref d'extinction. Il est vrai que ce bref rendu, Ganganelli est saisi d'une peur rétrospective qui ressemble à un remords. La louange des philosophes qui se lève de tout côté et qui lui chante une hymne de gloire mondaine, ne peut couvrir la voix qui murmure incessamment au fond de son cœur. Quesla suppressionne mi dara la morte, répète-t-il incessamment avec un long soupir ; et en effet il est évident que le souverain pontife marche à pas pressés vers la tombe , et c'est de son lit d'agonie qu'il se soulève pour envoyer la bénédiction pontificale au roi trèschrétien qui vient d'expirer.
La mort de Ganganelli sera un crime de plus , que la passion , cette insensée qui prend parfois la plume de l'histoire, inscrira au catalogue des jésuites.
AuimcnE.
Marie-Thérèse règne à Vienne ; nous la connaissons, c'est la cousine de madame de Pompadour; c'est cette vieille amie qui nous a fait plus de mal que tous nos ennemis ensemble. Son alliance, pendant la guerre de sept ans, nous a coûté nos possessions de l'Inde et quinze cents lieues de territoire dans le Canada. De son côté, malgré notre alliance, elle a été forcée de rendre la Silésie à Frédéric II ; elle s'en est dédommagée , il est vrai , en prenant avec le roi de Prusse et l'impératrice de Russie sa part de l'écar-
l.OL'IS XV '^85
icllemciU de la Pologne. Dès 1765, son fils Joseph 11 a été couronné empereur ; tous deux régnent conjointement, le fds sur l'empire, la mère sur les États hérédilaires ; outre Joseph II, elle a encore un fils, Léopold II, qui régnera après son frère Maximilien, qui sera électeur de Cologne ; Marie-Chrisline, qui est gouvernante des Pays-Bas; Marie-Élisabelh , qui mourra abbesse d'Inspruck; Marie-Amélie, qui deviendra duchesse de Parme; Marie-Caroline, qui sera reine de Naples et paiera les massacres de 98 par l'exil de 1815 ; enfin Marie-Antoinette, qui passera du trône de France à la prison de la Conciergerie et de la pilson de la Conciergerie à l'échafaud.
C'est dans la prévision qu'elle serait un jour reine de France , qu'elle a élevé la dernière de ses filles, qui, après avoir failli épouser l'aïeul, a épousé le petit-fils, et qui doit apporter à la cour de Versailles cet esprit autrichien qui luttera avec l'esprit national de Louis XYI, jusqu'à ce qu'il Tait vaincu.
Marie-Thérèse était née en 1717, et par conséquent vient d'atteindre sa cinquante-quatrième année. Si elle n'est plus dans toute la force de son âge , elle est encore dans toute la force de sa volonté.