DANEMARCK
A Copenhague, Christian VII vient de s'emparer du pouvoir absolu que va bientôt lui reprendre la folie. Est-ce une première attaque de la maladie dont il mourra, comme Georges III, qui lui a fait rendre contre Struenzée la terrible sentence dont le malheureux ministre vient d'être la victime? Quoiqu'il en soit, le 28 avril 1772 , celui qui, trois mois auparavant, exerçait un pouvoir sans bornes sur le roi , sur la reine et sur la noblesse , a été dégradé de ses dignités et de ses titres, a eu la main coupée, la tête tranchée, le corps écartelé et rompu. C'était un rude justicier, comme on voit, que Christian VII.
TURQllir.
A Constautinople , sur la route de laquelle Potemkin promène Catherine, et qu'il lui montre de loin, sous les voûtes de ses arcs de triomphe , une révolution de sérail vient de s'opérer dans la mosquée d'Ayoub. Abd-El-Hamid, tiré de prison, a été proclamé successeur de Mustapha III, son frère, dans la mosquée d'Ayoub. Agé de cinquante ans, il en avait passé quarante-quatre dans le vieux sérail à faire des arcs et des flèches. Faible et vieux, il arrive au moment où la Turquie , pour se relever, n'aurait pas trop de la main et du génie de Mahomet II. Hélas ! il assistera à la décadence de l'empire d'Orient, sans pouvoir l'arrêter. Prisonnier, il a vu les Turcs battus par Soltikoff, Kaminski et Souwarow, le visir Musseim-Oglou enfermé dans son camp de Schumla , sans pouvoir ni se retirer, ni combattre , ni recevoir de secours , et forcé de demander une paix honteuse. Empereur, il verra toutes les provinces turques , au delà du Danube , conquises par cette Catherine qui les convoite , et par ce Potemkin qui les promet à sa souveraine ; il verra Choezim , la clé du Dniester, passer aux mains de ces éternels envahisseurs qui s'avancent pas à pas vers le Bosphore , que la chute de la Hongrie vient de leur livrer aujourd'hui. Enfin , il mourra au milieu des préparatifs d'une nouvelle guerre, laissant le trône à son neveu Selim, qui sera étranglé vingt ans après.
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Maintenant , le reste du monde européen est à la maison de Bourbon. Le paetc de liimille a donné un Irônc à cliacun des petils-lils de Louis XIV : c'est un petit-fds de Louis XIV que Cliarles 111, roi d'Lspacjnc; c'est un petit-fils de Louis XIV que Ferdinand IV, qui règne à Naples, et qui, avec Louis XVI, son beau-frère, est le plus jeune des princes régnants ; enfin, c'est encore un petit-fils de Louis XIV que cet infant d'Espagne , duc de Parme, né la même année que Ferdinand, et beau-frère comme lui de Louis XVI.
Ainsi, au 11 mai Ml h, un Bourbon règne en France, un Bourbon règne en Espagne, un Bourbon règne à Naples, un Bourbon règne à Parme.
Laissez s'écouler trente-six ans, et cette riclie postérité de Louis XIV, qui lient la moitié de l'Europe, ira mendiante et de ville en ville, fuyant devant un enfant de dix ans, qui joue à cette heure avec les cailloux du port d'Ajaccio.
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CIÏAPITIŒ XXVII
F.puîs Henri IV jusqu'à madame de Pompadoiir, c'est-à-dire de IGIO à 175fi, la France a conservé avec le même soin que Rome conservait le feu des vestales , le système diplomatique créé par le Béarnais et poursuivi par Richelieu , Mazarin et Louis XIV, c'est-à-dire l'abaissement de la maison d'Autriclie.
En effet , la maison d'Autriche , qui au temps de Charles-Quint ne voyait pas le soleil se coucher sur ses vastes possessions , a depuis deux cents ans perdu le Roussillon , la Bourgogne, l'Alsace, la Franche-Comté, l'Artois, le Hainault, le Cambraisis, l'Espagne, Naples, la Lorraine, le Barrois, la Silésie et les Indes.
Qui lui a pris tout cela? Pour elle, pour ses princes ou pour ses alliés : la France.
La haine doit donc être vivace entre les deux royaumes , surtout si nous considérons de quelle façon l'Autriche s'est vengée , se venge et se vengera.
Philippe II a couru le plan de faire de l'Espagne, de la France, de l'Angleterre et de l'Autriche, ce qu'il appelle la monarchie chrétienne ; c'est pour cela qu'il épouse la sanglante Marie, fille de Henri VIII , et qu'il soudoie la ligue en France. En Angleterre , il échoue et ne peut parvenir à se faire couronner roi de la Grande-Bretagne. En France, il échoue encore, car Ileml 111 va traiter avec le Béarnais.
Un jeune ligueur, nommé Jacques Clément, assassine Henri III. Reste Henri IV ; mais Henri IV est protestant , Henri IV ne lient point Paris. Henri IV se convertit, Paris se rend, Henri IV est roi de France.
Trois fois les ligueurs, sans y réussir, essaient d'assassiner le vainqueur d'Arqués et d'Ivry. Enfin, au moment où Henri IV