‹ La régence et Louis QuinzeChapitre 63 sur 72 · IS w · texte numérisé non relu

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vieiil (lo concovoir le plan d'une conlrc-liguc , an monieiil où il inédile Texpédilion Jnliers, qui est la perle de l'Anlriclie, le conteau de Ravaillac le couche sanglanl enlre les bras de M. d'Éper-

non, qu'on accuse, avec Marie de Médicis, fille d'une Autrichienne, de ne pas être étranger à sa mort.

Coinbien celte ligue entretenue vingt ans en France a-t-ellc coûté à Philippe II ? Les papiers que l'on trouvera après sa mon dans son portefeuille particulier vous répondront : Cinq cent quatorze millions d'or. Henri lY mort, que fait sa veuve? Elle congédie Sully, dilapide les vingt-quatre millions que son mari a enfermés à la Bastille et à l'Arsenal , elle marie sa fille au roi d'Espagne, elle marie son fils à Anne d'Autriche ; oh! alors, toute l'ancienne cour de Henri IV se soulève, Louis XIII le premier. On décide dans le conseil du Louvre que l'on poursuivra le système de Henri IV; et Marie de Médicis, exilée par l'implacable Richelieu et par l'insouciant Louis XIII . va mourir à Cologne , dans la maison de son peintre Rubens.

C'est un exemple pour la femme de Louis XIV. Marie-Thérèse, au lieu de se répandre en intrigues comme Marie de Médicis , ou en plaintes comme Anne d'Autriche, Marie-Thérèse est triste, résignée, silencieuse, et pendant tout le règne du grand roi, l'Espagne autrichienne est presque une province française.

Louis XV, jusqu'à l'an 1756, a hérité de la politique de son

LOLis XV :VX^

aïeul. C'est lui qui, secondé i)ar rEs|)asne, enlève à rAulrichc le royaume de Naples, el (jui aide Frédéric à lui i)rendre la Silésie, qu'il essaiera vainement de lui reprendre plus lard.

C'est alors que Marie-Thérèse, qui ainsi qu'elle l'écrit à la duchesse de Lorraine, ne sait plus s'il lui restera une seule ville pour y faire ses couches ; c'est alors que Marie-Thérèse s'abaisse à llatter madame de Pompadour; c'est alors qu'elle appelle sa cousine, celle que Frédéric appelle Cotilluii II ; c'est alors qu'elle lait M. de Choiseul duc,el l'abbé de Bernis cardinal.

Nous nous allions avec rAulriche, cette alliance nous vaut la guerre de sept ans et nous coûte deux cent mille hommes, huit cent millions, nos possessions dans l'Inde, quinze cents lieues de terrain dans le Canada.

Alors le cardinal de Bernis reconnaît son erreur; Louis XV hésite; le Dauphin se déclare hautement contre l'alliance autrichienne.

Le cardinal de Bernis est exilé ; Louis XV échappe comme par miracle au couteau de Damiens ; le Dauphin meurt empoisonné.

Enfin , la politique de M. de Choiseul l'emporte , et l'alliance avec l'Autriche se resserre du mariage de Marie- Antoinette avec le Dauphin.

A cette époque , Dieu seul savait ce que devait coûter cette alliance à la France et à son roi.

Ce fut un vertige, qui quarante ans plus tard passa sur les yeux de Napoléon , lorsqu'à son tour il prit pour femme une fille des Césars, qu'en 1810 il acheta de sa popularité, et en 1814 de son trône, le plaisir de pouvoir dire : Mon pauvre oncle LouisXVl.

Voilà donc ce qu'était la France politiquement, diminuée de ses possessions de l'Inde et de ses possessions d'Amérique. Maintenant disons ce qu'elle était moralement.

Moralement, le roi, la noblesse et le clergé avaient détruit la royauté; les philosophes, la religion.

Louis XV avait donné l'exemple des basses amours ; jusqu'à lui, les rois de France s'étaient respectés dans leurs maîtresses.

Henri IV a pris Gabrielle d'Estrées, la duchesse de Verneuil, Charlotte de Montmorency.

Louis XIV mademoiselle de La Vallière, madame de Montespan, madame de Maintenon.

Louis XV débute comme eux ; mais de la duchesse de Chàteau-

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loiix il passe à madame d'Elioles, et de madame d'Élioles à Jeanne Vaubcrnier.

Pauvre France ! livrée aux Poisson et aux Du Carry.

De son côté, voyez où en est la noblesse. Elle compte encore, c'est vrai, quarante-trois sièges de duchés-pairies au parlement de Paris. Les Richelieu seuls en ont trois : Richelieu, Fronsac, Aiguillon ; les Rohan trois: Montbazon, Chabot et Soubise ; les Chevrcuscs deux : Luynes cl Chaulnes. Mais comment souliennent-ils leurs rangs, ces derniers héritiers des grands noms de la France? En épousant des filles de finances. Cela s'appelait fumer ses terres. Ou bien on se jetait dans le commerce. On se rappelle sous la régence les procès du duc de la Force, qui avait trois boutiques d'épiceries. Le comte de Lauraguais était fobricant de porcelaine; un Praslin était marchand de baudriers et de casques; M. de Maillebois avait un chantier ; M. de Guémenée faisait mieux, il faisait banqueroute.

Mais on entretenait des courtisanes à mille louis par mois; mais on couvrait de diamants les artistes en renom.

Il y a plus, le grand reproche que la noblesse fit à Louis XV, ce ne fut point d'avoir pris ses maîtresses parmi les femmes de la bourgeoisie, parmi les filles du peuple et môme parmi les filles publiques, ce fut de ne pas les avoir prises dans les familles de la noblesse, et de la priver ainsi d'une prérogative qu'elle se croyait acquise.

Aussi, quand on apprit la fondation du Parc-aux-Cerfs, les demandes plurent-elles de tous côtés, de la part des mères, des frères, des pères. Ils recommandaient leurs sœurs, ils recommandaient leurs filles.

Calcul fait, on a reconnu que mille jeunes filles, à peu près de toutes classes, de tous rangs, y ont été renfermées.

Ce qu'elles ont coûté à l'État, nous le verrons au chapitre des économistes.

Au milieu de toute cette noblesse, quels hommes restaient ayant quelque valeur.

Ils sont faciles à compter.

Le duc de Richelieu, brave, mais dont la galanterie a fort contribué pour son compte, à la démoralisation du siècle.

Le maréchal de Brissac, original par esprit de chevalerie anti-

que, qui voit le gouflVc où l'on va et qui prétend que le chancelier Maupeou nous démonarciiise.

Le duc de Noalllcs, qui avait le privilège de dire au feu roi les vérités les plus dures.

Le duc de Duras enfin, et le duc de Beauveau, qui viennent de préférer la pei te de leur gouvernement à l'adhésion au système du chancelier, et qui proteslcnt contre le lit de juslice.

Écoutez ce que Voltaire dit, du reste, des courtisans qui

Vont en poste à Versailles essuyer les UKîpris Qu'ils rovieuîient soudain rendre en poste à I^aris.

Par noblesse, nous entendons toujours, bien entendu, la haute noblesse, c'est-à-dire les gentilshommes illustrés par les honneurs militaires ou par les grandes charges de la cour. Tout ce qui était robe, remontât-il à la création du monde , ne peut être compris dans cette classe. Les robins dans aucun cas ne pouvaient manger avec les princes du sang, et leurs femmes ne pouvaient être présentées.

Le moindre lieutenant d'infanterie, pourvu qu'il fût gentilhomme, passait devant le chancelier de France.

Quant aux titres de marquis, vicomte et baron, ils ne signifiaient plus absolument rien. Le litre ne faisait pas la noblesse, car tout le monde prenait impudemment le titre. Exemple :

« Vous êtes prié d'assister au convoi, transport et enterrement de treS'Iiaiite el 1res puissante dame Elisabeth BoMEMS,femme de très-haut et ircs-puissant seigneur Nicolas Beaujon, conseiller d'État, secrétaire du roi, maison, couronne de France et de ses finances de la Rochelle.

Qu'est-ce que maître Nicolas Beaujoni un financier parvenu. Aussi l'abbé Terray, qui utilisait tout, trouvait moyen d'utiliser cette vanité.

Toujours préoccupé d'accroître les impôts et d'augmenter la capitation de Paris, il ordonna aux receveurs de taxer les gens , non plus d'après la fortune , mais d'après les titres. Tous les mai'quis, comtes et vicomtes de contrebande, furent taxés comme de véritables barons, vicomtes, comtes et marquis. Trois jours après, les bureaux des publicains n'étaient remplis que de gens qui venaient se détitrer et demander grâce, mais inutilement; ils furent inscrits sur les rôles et purent désormais mettre leurs contributions parmi Iciu's preuves.

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Nous avons dit le mot de la marquise de Cliaulnes à sou fils, qui refusait d'épouser la fdle du sieur Bouuier, homme de rien, mais puissamment riche :

— Vous avez tort, mon fils, les terres ruinées s'engraissent avec du lumier. Aussi à l'heure où nous sommes arrivés, c'est-à-dire en 1774, pas une maison peut-être ne peut faire des chevaliers de Malte sans dispense.

T.e duc de Nevers avait épousé mademoiselle Quinaull.

Le comte d'Hérouville avait épousé mademoisellcLololte, maîtresse de l'ambassadeur d'Angleterre, le comte d'Abermale.

Le marquis de Mouliers avait épousé uiademoiselle de Varennes, élève demadame Paris, une des premières entremetteuses de France.

Un gentilhomme, un vrai, un représentant de la meilleure et de la plus antique noblesse, M. le marquis de Langeac, avait épousé madame Sabatlin, maîtresse du duc de La Vrillière, à la condition expresse qu'il n'y toucherait pas.

Enfin nous avons vu Guillaume Du Barry épouser mademoiselle Lange pour Aiire une maîtresse titrée à Louis XV.

L'honneur militaire est tombé dans le même discrédit. M. le comte de La Luzerne et M. de La Maugerie s'accusent d'avoir voulu réciproquement s'assassiner, mais ils se gardeiu bien de se battre.

Le comte de Maillebois est créé directeur général de la guerre, en récompense de ce qu'un procès scTmdalcux , dont on peut voir les détails dans toutes les gazettes du temps, prouve qu'il a trahi l'État.

Le comte de Langeac est nommé chevalier de Saint-Louis quoiqu'il ait à peine les années de services nécessaires à cette récompense, parce que le sieur Guérin, chirurgien du prince de Conli, l'a insulté en sortant de l'Opéra et qu'il a gardé l'insuKe.

Un autre chevalier de Saint-Louis porie la queue du cardinal de Luynes.

L'histoire ne nous garde pas son nom, mais elle nous conserve le mot du marquis de Conflans. Un jour, le marquis se récrie contre cet usage qu'un cardinal puisse faire porter la queue de sa robe par un gentilhomme.

— Vous deviez pourtant savoir que cet usage existe, marquis, répond l'éminence, puisque j'ai eu autrefois un Coufians pour gentilhomme caudataire.

— Cela se peut, répondit le marquis, il y a toujours eu dans

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noire lamillo de pauvres hères qui, pour vivre, onl élé forcés do tirer le diable par la queue.

Quant au clergé, il tenait école d'alhéïsme et de débauciie. Comme les hautes prélatures étaient réservées à la noblesse, le clergé suivait la dissolution de la noblesse. L'évéque de Beauvais, qui fut depuis évèque de Sens, et qui avait prêché d'une manière si distinguée et si courageuse le carême devant le roi, l'évéque de Beauvais se trouvait exclu de l'épiscopat parce qu'il était fils de chapelier, tandis que M. de La Roche-Aymon avait élé fait cardinal sans dilhcullé, quoiqu'il vécût avec une femme qui l'avait l'ail père de sept enfants. Le cardinal de Bcrnis avait commencé par être un abbé fort mondain et un poêle fort léger. On sait comment il était arrivé, en se faisant le complaisant de madame de Pompadour. M. de Monlazct, archevêque de Lyon', qui, en sa qualité de primat des Gaules, avait réformé M. l'archevêque de Paris, avait vécu publiquement avec madame la duchesse de Mazarin, M. l'archevêque de Toulouse, Brienne , que nous retrouverons plus tard, était alhée ou à peu près. M. l'évéque de Senlis, académicien, quoiqu'il n'ait jamais écrit, ni lu, même ses mandements, était parvenu par madame Du Barry, comme M. de Bernis par madame de Pompadour.

Tout cela détruisait la société à l'envi , comme les vers détruisent la carène d'un bâtiment, mordant, rongeant, perçant, jusqu'à ce qu'ils aient l\\it chacun son trou , et que le bâtiment prenant l'eau, sombre et s'engloutisse.

Au reste, la dissolution de la royauté, des princes, des nobles, du clergé et de la robe, était descendue aux basses classes ; elles avaient, elles aussi, dans le Palais-Pvoyal , leurs petits appartements; elles lisaient le Sottisier, recueil de sales chansons du dixhuitième siècle ; elles achetaient les brochures des sommateursécrivains, dont le métier consistait à rançonner les grands, sous peine de divulguer leur conduite ; enfin, elles feuillelaient les livres obscènes, et leur nombre était grand, étalés chez les bouquinistes.

En effet, de 1760 à 177/i seulement, avaient paru Saturnin ou le Portier des Cliartreux, sans nom d'auteur, publié en 1760.

\jArclin moderne, par l'abbé Dulaurens, qui, tout en publiant VÀrétin moderne, en 1763, sous la rubrique de Piome, travaillait déjà au Compère Mathieu.

Félicia ou mes Fredaines , publié vers 1770 , par le chevalier de Nerciat, sous la rubrique d'Amsterdam.

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Vénus en rut ou la ï^ie d'une célèbre libertine, publié en 1771 .

V Académie des Dames, Imitation de l'Aloisia , de Mcursius : trois impressions. Le Sofa, de Crébillon fils.

Les Bijoux indiscrets et la Religieuse, de Diderot.

Disons à notre gloire que. depuis le commencement du siècle, pas un livre pareil à ces livres n'a été publié.

Mais alors on les publiait, mais alors le peuple les lisait, et le peuple, copiste des grands, en attendant qu'il fût son ennemi, taisait parade de débauche, d'athéisme et d'incrédulité, riait de tout, des choses saintes, du patronage des nobles, débitait de gros lazzis sur les monastères et les couvents , poursuivait de ses railleries un ecclésiastique qui passait dans la rue , fréquentait peu les églises , mais fort les maisons de jeu , les restaurateurs , les guinguettes et les billards ; enfin , commençait à débaptiser ses enfants de noms de saints, pour leur donner les noms des héros de la Grèce et de Rome.

En outre , on venait d'établir pour lui la loterie et le Mont-de- Piété, ces deux abîmes ou plutôt ces deux égouts dans lesquels peuvent s'engloutir à la fois l'argent et la moralité d'un peuple.

Nous venons de voir ce que le roi , les princes , les nobles , le clergé et les magistrats avaient fait des mœurs. Nous allons voir ce que les philosophes avaient fait de la religion.

LES PIIILOSOPIirS

Vers le milieu du dernier siècle, trois hommes s'élaient rencontrés, trois hommes pénétrés d'une profonde haine contre le christianisme.

Ces trois hommes, c'étaient Voltaire, d'Alemherl et Diderot.

Voltaire haïssait la religion parce qu'il haïssait tout ce qui était pur, jalousait tout ce qui était grand : pourquoi eût-il respecté Jésus , le Christ des juifs ? il avait bien souillé Jeanne d'Arc, le Christ de la France.

D'Alembert haïssait la religion parce que, fils d'une chanoinesse et d'un abbé, il avait poussé, pauvre enfant perdu , les premiers vagissements sur les marches d'une église ; et parce que l'église avait été inhospitalière, que la chanoinesse et l'abbé avaient été infâmes, il avait rendu la religion responsable du crime de sa naissance et de son abandon.

Diderot haïssait la religion parce qu'il était fou de sa nature, cl que, dans son enthousiasme pour le chaos de ses propres idées, il aimait mieux se forger à lui-même des mystères que d'accepter ceux de l'Évangile.

Au reste, les jours de destruction étaient venus. Quand le destin veut brûler le temple de Diane, il fait naître Erostrate.

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Diderot esl aUcriiativcmciU alliée, nmlérialislc, déiste, sceptique, mais toujours impie ; nous exceptons cependant ses premières publications.

Il débute dans le monde philosophique par V Essai sur le mérile et la vertu.

Dans ce livre, il est non-seulement déiste, mais même religieux. Pardonnons-lui, il n'a encore que Ircnle ans, et il se corrigera en vieillissant.

— 11 n'y a pas de verlu sans religion, dil-il. L'athéisme laisse la probité sans appui et pousse indirectement à la dépravation.

Un an après , parurent les Pensées philosophiques. Il y a déjà progrès, quoique le vieil homme paraisse encore : le chrétien n'a pas encore fait peau de philosophe.

— 11 y a trois sortes d'athées, dit-il , les vrais, les sceptiques et ceux qui voudraient qu'il n'y eût pas de Dieu , qui font semblant d'en être persuadés, et qui vivent comme s'ils l'étaient. Ceux-là, ce sont les fanfarons du parti. Je déteste ceux-là, parce qu'ils sont faux. Quant aux vrais athées, je les plains; toute consolation est morte pour eux. Restent les sceptiques : je prie Dieu pour eux, car ils manquent de lumières.

Mais bientôt il publie sa lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient. Là , son héros est aveugle-né , qui, à son lit de mort, pressé par le ministre qui l'assiste de reconnaître un Dieu créateur, s'y refuse , donnant pour raison qu'il n'a jamais rien vu de ce qu'on veut lui faire admirer dans la nature.

Pour ce livre, Diderot est envoyé à Vincennes où il reste trois mois.

C'est pendant ces trois mois de captivité qu'il rêve l'Encyclopédie, dont à sa sortie il parlera à d'Alembert.

D'Alembert accepte. On jette sur le papier le plan du grand œuvre, et presqu' aussitôt ce plan arrêté, Diderot publie le prospectus et le syslùine des Connaissances humaines.

En 1760, Diderot est complètement convcjli. Il écrit à son frère et l'invite à abdiquer tm système atroce.

Ce système atroce , c'est le christianisme.

Attendez, le voilà lancé. Dans la vie de Sénèquc , il va publier qu'entre lui et son chien ^ il n'y a que la différence d'habit.

Le voilà qui ne croit plus à l'Ame, à moins cependant qu'il n'accorde une âme à son chien.

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Voici mainlcimnl venir les Principes philosoiyhn/nc.s .sur la matière et le mouvement.

— Le mouvement, dit Diderol en débulant, est inliérenl à la

matière.

Il n'y a pas besoin d'aller plus loin ; Diderol ne croit plus en

Dieu.

Maintenant qu'il poursuit le cluistianisme, mainlenanl (pi'il ne croit plus à l'àmc, maintenant qu'il ne croit plus en Dieu, il va allaquer la société, qui croit encore à tout cela.

Lisez le Supplément au voyage de Bougainville, ou le Dialogue entre A et B, sur l'inconvénient d'attaclier des idées morales à des actions qui n'en comportent pas.

Là , l'auteur suit Bougainville à Otaliiti et il est au comble de la joie ; il a enfin trouve un pays dont les mœurs sont dans la nature. En eiTet, la retenue et la pudeur, chimères ; la fidélité conjugale, entêtement et supplice. Dans une société bien organisée, c'est-à-dire naturelle, les femmes, comme dans la république de Platon, sont communes, et toutes les législations qui ont ordonné la monogamie, ont violé et outragé la nature.

Soit ; ceci est la divagation du rêveur ; mais voilà qui est plus grave.

Écoutez les entretiens d'un père avec ses enfants , ou les Dangers de se meure au-dessus des lois.

Certes , ce titre a été mis là pour faire passer le livre , pour escamoter le privilège du roi à quelque censeur endormi. Lisons :

« Il n'y a point de lois pour les âges ; toutes étant sujettes à ,, des exceptions, c'est à lui qu'il appartient de juger des cas où » il faut s'y soumettre ou s'en alTrancbir. »

11 y a dans ces conditions-là cinr/ cents siges en France que l'on envoie tous les ans au bagne.

Puis il public les Bijoux indiscrets, Jacques le fataliste et lu Religieuse,

Prenez l'édition de Naigeon, et vous y lirez des passages que nous n'osons transcrire ici,— un endroit où Diderot parle tour à tour latin, anglais et italien, — parce que lui, le cynique par excellence, n'ose plus parler français.

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EnHii, vient le ranicux Dithyrambe inlitiilé les EleiUlicromaucs ou les furieux de la liberté^ où se trouvent ces deux fameux vers :

Ht SOS mains ourdiraient les entrailles du prêtre A défaut d'un cordon , pour étrangler les rois.

Que l'on parle maintenant de la compression de la pensée sous le règne de Louis XV.

D'Alembcrt n'a pas celte verve, d'Alembert n'a pas cet cmpor- (ement ; il procède avec le calme de la vraie philosophie ; c'est presque toujours le mineur obstiné , silencieux et souterrain , dont chaque coup de pioche résonne sourdement, ébranlant l'édifice qu'il veut renverser. D'x\lembert est froid, prudent, astucieux, se cache presque toujours, et, lorsqu'il se montre, ne se montre (pie juste ce qu'il faut pour être aperçu ; il dissimule par instinct; la guerre qu'il fait n'est pas celle d'un chef de parti , il laisse le commandement à Voltaire ; non, c'est la guerre d'un capitaine de tirailleurs qui rit derrière un buisson , qui s'applaudit , à l'abri d'un rocher, de voir tomber l'ennemi sur lequel il tire à couvert; toujours sur ses gardes, il prévoit la réplique qui pourrait le compromettre , la riposte qui pourrait l'atteindre ; il marche d'habitude enveloppé de nuages comme ces combattants d'Homère que quelque dieu ami voulait soustraire au danger ; l'hommage d'une coterie lui suffit; quarante mains qui applaudissent à un discours prononcé par lui, lui font un jour de triomphe ; c'est le recruteur de l'impiété, il racole, il forme, il initie les adeptes secondaires, dirige les missions, entretient les petites correspondances ; aussi, pauvre écrivain, maigre, précieux, entortillé, bas, ignoble, c'est un prosateur de troisième classe, mais un mathématicien de premier ordre.

Aussi voyez comme cette prudence philosophique se fait jour, môme avec ses meilleurs amis , je dirai presque ses complices ; voyez comme il a peu besoin d'être convaincu, et combien le compas algébrique lui semble peu nécessaire à la mesure exacte de la pensée.

Voltaire qui, en prêchant l'impiété, se débat éternellement dans le doute , Voltaire lui écrit à lui et à Frédéric :

— Tout ce qui nous environne est l'empire du doute, et te doute est un état désagréable. Y a-t-il un Dieu tel qu'on le dit, une âme telle qu'on l'imagine, des rclallons telles qu'on les établit? y a-t-il quelque chose à espérer après le moment de la vie ? Gilimer, dé-

poiiillé de SCS États, avait-il raison de se mettre à rire quand on le présenta devant .Tusiinien? cl Galon avait-il raison de se tuer de peur de voir César? La gloire n'cst-elle qu'une illusion? Fautil que Mustapha, dans la mollesse de son liarem, faisant toutes les sottises possibles, ignorant, orgueilleux et battu, soit plus heureux s'il digère, qu'un philosophe qui ne digère pas? Tous les êtres sont-ils égaux devant le grand Être qui anime la nature? En ce cas, l'àme de Ravaillac serait-elle égale à celle de Henri IV, ou ni l'un ni l'autre n'aurait-il d'àme? Que le philosophe débrouille tout cela ; pour moi, je n'y entends rien.

— Je vous avoue , répond d'Alcmbert , que sur l'existence de Dieu, l'auteur du système de la nature me paraît trop ferme et trop dogmatique, et que je ne vois en celle matière que le scepticisme

déraisonnable. — QiCcn savons-nous? est pour moi la réponse à toutes les questions métaphysiques , et la réflexion qu'il faut y joindre, c'est, puisque nous n'en savons rien, qu'il ne nous importe pas d'en savoir davantage.

— A ces apôtres de la destruction, on pardonnerait peut-être , s'ils élaient convaincus ; mais, vous le voyez , ils ne le sont pas.

Aussi d'Alembert reproche-t-il toujours à l'impatient Voltaire , qui alors a soixante-huit ans, vingt-trois ans plus que lui, d'être impatient, d'aller trop vile, de se compromettre enfin.

— Si ce genre humain s'éclaire, lui écrit-il, c'est parce qu'on l'éclairé peu à peu.

C'est cette maxime qui fait adopter à d'Alembert le plan de r Encyclopédie.

En effet, les premiers volumes de l'immense collection devaient être rédigés avec prudence , pour ne pas effrayer le clergé ; et cependant , malgré cela , arrêt du conseil du roi , rendu le 7 février 1752, qui supprime les deux premiers volumes, et l'impression des autres est suspendue pendant dix-huit mois. Mais d'Alembert, Diderot et Voltaire obtiennent de continuer et continuent. Cinq nouveaux volumes paraissent. Les gens religieux sonnent l'alarme et crient à l'impiété ; et un arrêt du conseil du roi du 5 mars 1759, révoque le privilège. D'Alcmbert craint de se compromettre, cl, fidèle à son caractère, il se relire. Diderot insiste, persévère , sollicite , intéresse le directeur de la librairie à ses vues en faisant valoir les avantages que le commerce retirera d'une pareille entreprise, et M. le duc de Choiseul qui nous a ligués avec

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rAulricho, qui a supprimé les jésuites, qui a sou œuvre eufiu ù compléter, M. de Choiseul décide uon-seulemeut que la publicatiou de l'Encyclopédie continuera, mais encore qu'elle ne sera soumise à aucune censure.

C'est avec celte autorisation (fue passent les maximes, presque toutes sorties de la plume de d'Alemberl.

« Il n'y a aucun être dans la nature (pi'on puisse api)cler prc- » mier ou dernier. — Il y a une machine infinie et en tous sens. » (Art. Encyclopédie.)

« Qu'importe que la matière pense ou non ! qu'est-ce que cela fait à la justice ou à l'injustice, à rimmorlalité et à toutes les vérités du système soit politique , soit religieux? » (Art. Ilocke.)

o: Le \ivant et l'animé ne sont qu'une propriété physique de la matière : la seule différence qu'il y aurait entre certains végétaux et des animaux tels que nous , c'est qu'ils dorment et que nous veillons; que nous sommes des animaux qui sentent, et eux des animaux qui ne sentent pas. » (Art. Animal.)

Aussi Voltaire écrit-il à d'Alembert :

« Pendant la guerre des parlements et des évéques , les philosophes auront beau jeu. Vous aurez le choix de vérités que l'on n'aurait pas osé dire il y a vingt ans. « (Lettre à d'Alembert, 13 novembre 1750.)

Et d'Alembert, comme on voit, fidèle à l'invitation du maître, entasse dans l'Encyclopédie vérités sur vérités, de sorte que tout prospère, et que, le /j. mai 17G2, d'Alembert peut écrire à Voltaire :

« Pour moi, je vois tout en ce moment couleur de rose : je vois la tolérance rétablir les protestants, rappeler les prêtres mariés, la confession abolie, et le fanatisme écrasé sans que l'on s'en aperçoive. »

Venons-en donc à ce maître, qui professe et agit à la fois, qui est tout ensemble la tète qui conspire et le bras qui frappe , astre fatal autour duquel tout n'est que satellite , et qui entraîne tout un monde dans son tourbillon d'athéisme et d'impiété.

Voltaire, lui, est bien autrement persévérant que Diderot, bien autrement hardi que d'Alembert. Hardi jusqu'à l'impudence, il brave, affirme, invente, contrefait les Écritures, fausse les Pères, appelle également le oui le nou^ et le non le ouij frappe partout

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