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logo, furent inlrodiiils dans le temple, convaincus qu'il ne s'y passait rien de contraire au respect dû à la reine et à l'obéissance duc aux lois du royaume, et reçus maçons eux-mêmes après avoir été soumis aux épreuves.
Dès lors, Elisabeth renonce à persécuter les maçons, et rend un édit qui abroge celui de Henri VI.
En Ecosse, la maçonnerie prend les mômes proportions; seulement en 1^37, Jacques II relire aux maçons réleclion du grandmaître , et confère cette charge à William Sainte-Clair, baron de Rosslyn, et à ses héritiers en ligne directe, hérédité confirmée en 1650 par les maçons écossais.
Enfin en 1703, la loge de Saint-Paul à I-ondres, aujourd'hui l'Antiquité, n° 2, prit une décision qui changea entièrement la face de la confrérie. Cette décision arrête :
a Que les privilèges de la maçonnerie ne seront plus désormais le privilège exclusif des maçons contractants , et que les hommes des différentes professions seront appelés à en jouir, pourvu qu'ils soient régulièrement approuvés et initiés dans l'ordre.»
Du jour de cette décision , rendue au commencement du siècle philosophique qui devait produire les Voltaire, les Rousseau, les Montesquieu, les Diderot, les d'Alembert, les Raynal, les Ilelvétius et les d'Holbach, date la nouvelle ère de la maçonnerie.
De cette époque aussi, selon toute probabilité, date sa transformation.
D'artistique elle devient politique, et va accomplir au profit de la liberté l'œuvre que les chevaliers du Temple avaient voulu lui mettre entre les mains au profit de leur ambition , et qui , si largement commencée, avait été tout à coup interrompue par le procès des chevaliers du Temple et le supplice du grand-maître.
Maintenant passons de l'histoire de la maçonnerie de M. Clavel à l'histoire du jacobinisme du père Barruel et au procès de Gagliostro.
11 s'en faut de beaucoup que l'abbé Barruel envisage la francmaçonnerie sous cet aspect innocent que lui accorde l'historien moderne ; le père Barruel voit au contraire dans la franc-maçonnerie une conspiration permanente contre la royauté , dont les grands-maîtres pendant l'antiquité, dont les templiers pendant le moyen-âge, et dont les rose-croix dans les temps modernes ont seuls connu le secret.
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Ainsi, selon M. Clavcl, voici 1g secret révélé aux maîtres. Nous copions textuellement.
Iléram-Abi, célèbre architecte, avait été envoyé à Salomon par Iléram, roi de Tyr, pour diriger les travaux de construclion du tem])le do Jérusalem. Le nombre des ouvriers était immense ; Iléram Abi les distribua en trois classes, qui reçurent chacune un salaire proportionné au degré d'habileté qui les distinguait. Ces trois classes étaient celles d'apprentis , de compagnons et de maîtres. Les apprentis, les compagnons et les maîtres avaient leurs mystères particuliers et se reconnaissaient entre eux à l'aide de signes, de mots et d'altouchemeuts qui leur étaient propres. Les apprentis touchaient leur salaire à la colonne B , les compagnons à la colonne J, les maîtres dans la chambre du milieu, et le salaire n'était délivré par les payeurs du temple à l'ouvrier qui se présentait pour le recevoir, que lorsqu'il avait été scrupulcusemcul tuile dans son grade. Trois compagnons, voyant que la construction du temple approchait de sa fin , et qu'ils n'avaient pu encore obtenir les mots de maîtres , résolurent de les arracher par la force au respectable Héram , afin de passer pour maîtres dans d'autres pays et de s'en faire adjuger la paie. Ces trois misérables, appelés Jubela, Jubelos et Jubelum, savaient que Héram allait tous les jours à midi faire sa prière dans le temple pendant que les ouvriers se reposaient. Ils l'épièrent, et dès qu'ils le virent dans le temple , ils s'embusquèrent à chacune des portes , Jubelas à celle du midi, Jubelos à celle d'occident, Jubelum à celle de l'orient; là, ils attendirent qu'il se préparât h sortir. Héram se dirigea d'abord vers la porte du midi ; il y trouva Jubelas , qui lui demanda le mot de maître, et qui, sur son refus de le lui donner avant qu'il eût fini sou temps, lui asséna en travers la gorge un coup violent d'une règle de vingt- quatre pouces dont il était armé.
Iléram-Abi s'enfuit h la porte d'occident; il trouva là Jubelos, qui. ne pouvant pas plus que Jubelas obtenir de lui le mot de maître, lui porta au cœur un coup furieux avec une équerre en fer.
Ébranlé du coup , Héram-Abi recueillit ce qui lui restait de forces et tenta de se sauver par la porte de l'orient. Il y trouva Jubelum, qui lui demanda, comme ses deux complices, le mot de maître, et qui n'obtenant pas plus de succès, lui déchargea sur le
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front un si terrible coup de maillet, qu'il l'élentlit mort à ses pieds.
Les trois assassins s'étant rejoints, se demandèrent récii)roquement la parole de maître. Voyant qu'ils n'avaient i)u l'arraclicr à Iléram, et désespérés de n'avoir tiré aucun profil de leur crime, ils ne songèrent plus qu'à en faire disparaître les traces. A cet effet, ils enlevèrent le corps et le cachèrent sous des décombres. La nuit venue, ils le portèrent hors de Jérusalem et allèrent l'enterrer au loin sur une montagne. Le respectable TIéram-Abi ne paraissant plus aux travaux comme à l'ordinaire, Salomon ordonna à neuf maîtres de se mettre à sa recherche. Ces frères suivirent successivement plusieurs directions, et le deuxième jour, ils arrivèrent au sommet du Liban ; là, un d'eux, accablé de fatigue, se reposa sur un tertre et s'aperçut que la terre qui formait ce tertre avait été remuée récemment. Aussitôt il appela ses compagnons et leur fit part de sa remarque. Tous se mirent en devoir de fouiller la terre en cet endroit, et ils ne tardèrent pas à découvrir le
corps d'IIéram-Abi. Ils virent avec douleur que ce respectable maître avait été assassiné. N'osant, par respect, pousser leur recherche plus loin, ils recouvrirent la fosse, et pour en reconnaître la place, ils coupèrent une branche d'acacia qu'ils plantèrent dessus.
Alors ils se retirèrent vers Salomon, auquel ils firent leur rapport.
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A celle Irislc nouvelle , Salomoii se soiilll pénélré delà plus vive (louknir. 11 jnj^ea que la dépouille niorlelle renferuiée dans la lusse ne pouvail ùlre en ellel (pie celle de sou grand archilecle Hérani-Abi. Il ordonna au\ neul maîtres d'aller faire Texhumation du corps et de le rapporter à Jérusalem ; il leur recommanda parliculièrement de chercher sur lui la parole du maître, observant cpic s'ils ne la retrouvaient pas, c'est (pi'ils devaient en conclure qu'elle était perdue. Dans ce cas, il leur enjoignit de se bien rappeler le geste qu'ils feraient et le mot qu'ils proféreraient à l'aspect du cadavre, afin que ce signe et ce mot fussent désormais substitués au signe cl à la parole perdus.
Les neuf maîtres se revêtirent de tabliers et de gants blancs, et arrivés sur le mont Liban, ils firent la levée du corps.
Voilà où s'arrête le secret du maître. C'est pour retrouver ce signe, c'est pour retrouver ce mot, que la franc-maçonnerie a été fondée, et depuis plus de trois mille ans, elle est inutilement à la recherche de ce mot et de ce signe.
On comprend le désappointement d'un homme qui a passé par les épreuves terribles de la franc-maçonnerie , qui a été un an appnîuti, deux ans compagnon, et qui enfin arrivé au grade de maître où il aspire pour connaître le fameux secret , apprend que ce secret est encore à trouver, et ce n'est autre chose que le mot du guet donne par Iléram-Abi aux maîtres maçons qui bâtissaient le temple î
Il est vrai que , selon le père Barruel , le secret maçonnique a une bien autre portée , et taudis qu'on donne pour le mystère de l'ordre aux grades inférieurs cette fable de Héram-Abi, on raconte aux grades supérieurs cette histoire de Manès.
Un mot sur Manès d'abord.
Manès ou Many est le fondateur de la secte des manichéens. 11 naquit en Perse, environ deux cent vingt ans après Jésus-Christ, et à l'âge de saint Jean, fut acheté par une riche veuve de la ville de Ctésiphon, qui le fit instruire avec beaucoup de soin, l'atTranchit ctluilégua tous ses biens. Alors Planés adopte la doctrine de Térébinthe et de son maître l'Égyptien Scylianus, et se mot à la professer. Selon Manès, la création doit être attribuée à deux principes : l'un essentiellement bon, qui est Dieu ; l'autre essentiellement mauvais, qui est le diable , la matière et les ténèbres. C'est du bouddhisme et du christianisme mêlés ensemble , mais dans lesquels Zoroastre l'emporte sur Moïse.
Selon Manès, l'ancien Testament est l'œuvre du prince des ténèbres. Selon Manès, Jésus-Christ, sorti de la lumière, est venu non en réalité, mais on esprit seulement pour sauver le genre humain. Lui-même n'était autre que le divin Paraclct annoncé à Jésus-Christ par ses disciples. Aussi prend-il le nom d'apôtre du ClH'ist ; aussi public-t-il son Évaugile, dont le dogme est la métempsycose, la défense de tuer un animal quelconque, et l'abstinence complète de toute espèce de viande, aussi envoie-t-il dans l'Inde, dans l'Égyplc et dans la Chine, douze disciples à l'instar desdouzeapôtrcs ; et la secte fait-elle tant de progrès que le roi de Perse, Schahphour lui-même, se faitmanichéen. Maissa faveur n'est paslongue. Un fils du roi tombe malade et meurt entre les mains de Manès, qui avait promis sa guérison. Alors le roi abjure. Manès est mis en prison et menacé de mort. 11 parvient à s'enfuir,et,fugitif,parcourt rindoustan , la Chine , le Turkestan où il vit en faisant de la peinture et de la sculpture, tout en débitant sa doctrine, en se (iiisant de nombreux adeptes. Knfin, voulant frapi)er l'esprit de ses contemporains par un miracle pareil à celui de la résurrection, Manès dépose dans une caverne découverte par lui et inconnue de tous , des vivres pour un an , puis il annonce à ses disciples qu'il va monter au ciel, d'où il ne reviendra qu'après une année révolue, pour leur apporter les œuvres de Dieu. En effet, cette année passée dans la caverne, Manès apparut à ses disciples, doué, à ce qu'il disait, d'une seconde vue, et rapportant du ciel le livre de sa doctrine, qu'il avait, pendant cette année de retraite, eu le temps de rédiger. Ce miracle donna à Manès une grande popularité, et comme vers le môme temps Schahphour,son persécuteur, était mort, et Ilormanz I", son fils, lui avait succédé, celui-ci permit à IManès de rentrer en Perse, le combla de bienfaits, et lui assigna pour demeure le château de Deskerch, qu'il fit bâtir exprès pour lui dans le Séistan.
Ce fut la grande époque de Manès. Protégée par Ilormanz , sa doctrine fit de nombreux prosélytes. Alors aveuglé par le succès, il prit le titre de Paraclet, qu'il avait déjà annoncé lui avoir été destiné par Jésus-Christ ; puis, sous ce titre, il écrivit à Marcel, homme renommé par sa fortune et sa piété. Marcel communiqua aussitôt la lettre de Manès à Archélaiis , évoque de Cascar, qui engagea Manès à venir le trouver et à entrer en conférence avec lui. Manès accepta le défi, vint, développa son système avec une grande subtilité et une profonde éloquence ; mai.< Archélaiis le
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lél'uta compli'temcul , cl la doclriiie callioliquc sortit victorieuse de la discussion.
C'était un grand échec pour Manès, mais ce n'élviit rien en comparaison de la disgrâce qui rallendait. Jlormanz, son protecteur, mourut, et Behram V\ son lils et son successeur, lanalique de rancien culte, résolut d'exterminer les manichéens et leur chef. En conséquence, par une feinte bienveillance, il inspira h Manès une Puisse sécurité ; ordonna que la doctrine du prophète fût soumise à une sorte de concile, attira IManès dans ce concile, lui fit exposer sa doctrine et lui enjoignit de faire, séance lenanle, quelque miracle qui prouvât sa mission divine, et comme aucun miracle ne fut fait, il ordonna que Manès fût arrêté, écorché vif, et sa peau, bourrée de paille, suspendue à l'une des portes de Djondischaour.
L'arrêt fut exécuté presque aussitôt que rendu.
Maintenant, selon le père Barruel, ce sont les disciples de Manès, ce sont les malheureux manichéens échappés à la persécution de Behram qui, réfugiés en Afrique, en Asie et en Europe, ont été la source de toutes les sectes d'hérétiques connues en occident, et principalement en France sous les noms d'Albigeois, de Cathares, de Palarlns et de Bulgares. Ce serait enfin aux Manichéens que les Templiers auraient emprunté leurs principaux mystères ; et comme les moines Solvates étaient en même temps affiliés à la maçonnerie et maîtres de toutes les loges de l'Europe, ce serait dans leurs réceptions et surtout dans celles qui auraient suiyi leur destruction, que le secret politique se serait substitué au secret artistique, et que Thistoire d'IIéram-Abi, conservée pour les grades inférieurs, aurait, dans les grades supérieurs, fait place à celle de Manès.
Ainsi, selon le père Barruel, là cérémonie des Manichéens, intitulée Berna, est la môme que celle des francs-maçons. Dans la réception des hauts grades, les Manichéens s'assemblaient autour d'un catafalque élevé sur le même nombre de gradins que celui des francs-maçons, rendant de grands honneurs à celui qui était couché sous le catafalque, et qui était non plus Iléram-Abi dont on cherchait à retrouver le mot perdu, mais Manès dont on jurait de venger la mort.
Or, sur qui pouvait-on venger la mort de Manès supplicié vers
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la fin (lu troisième siècle, et de Jacques de Molay exécuté au conimencenicut du quatorzième?
Sur les rois.
L'association maçonni(fuc était donc, selon le père Barruel , une association toute régicide, dans laquelle étaient venues se fondre trois sectes : celle des maçons, celle des manichéens, celle des templiers, pour en faire sortir, au dix-huitième siècle, celle des illuminés, dont les maîtres portaient le titre de rose-croix, et le chef suprême celui de kadoch, et qui prenait le titre de la maçonnerie rectifiée de la haute et de la Stricte Observance.
Voici le serment des illuminés :
« Au nom du Fils crucifié, jurez de briser les liens cliarnels qui vous attachent encore à père, mère, frère, sœur, parents, épouse, amis, maîtresses, rois, chefs, bienfaiteurs, et tous êtres quelconques à qui vous avez promis foi, obéissance, gratitude ou service.
)) Nommez le lieu qui vous vit naître, pour exister dans une autre sphère où vous u'arriverez qu'après avoir abjuré ce globe empesté, vil rebut des cieux.
» De ce moment, vous êtes affranchi du prétendu serment fait à la patrie et aux lois. Jurez de révéler au nouveau chef que vous reconnaissez, ce que vous avez vu ou fait, pris, lu ou entendu, appris ou deviné, et môme de rechercher ou épier ce qui ne s'offrirait pas à vos yeux.
«Honorez et respectez Vaqua lofana (1) comme un moyen sûr, prompt et nécessaire pour purger le globe par la mort ou par l'hébétation de ceux qui cherchent à avilir la vérité et à l'arracher de nos mains.
"Fuyez l'Espagne, fuyez Naples, fuyez toute terre maudite, fuyez enfin la tentation de révéler ce que vous entendrez, car le tonnerre n'est pas plus prompt que le couteau qui vous atteindra dans quelques lieux que vous soyez.
«Vivez au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit."
Voici ce que Cagliostro raconte lui-même d'une société d'illuminés , dans laquelle il fut reçu. Nous ne changeons pas un mot à son récit :
« Je m'en allai à Francfort-sur-le-]\Icin où je trouvai MM. NN. et NN. , qui sont chefs et architectes de la maçonnerie de la Stricte Observance, appelée les Illuminés. Ils m'invitèrent à aller pren-
(1) Poisûii en usage à Pcrouse.
(Ire le café avec eux. Je moulai dans leur carrosse sans avoir avec moi ni ma femme, ni personne de ma maison, ainsi qu'ils m'en avaient prié. Ils me menèrent à la campagne, à la distance de trois milles de la ville; nous entrâmes dans la maison, et après avoir pris le calé, nous nous Iransporlànies dans le jardin où je vis une grotte artificielle. A la liueur d'une lumière dont ils se munirent, nous descendîmes quatorze ou quinze marches dans un souterrain et nous entrâmes dans une chambre ronde, au milieu de laquelle je vis une table ; on l'ouvrit, et au-dessous était ulîe caisse de Ter que Ton ouvrit encore et dans laquelle j'aperçus une quantité de papiers; les deux personnes y prirent un livre manuscrit (ait dans la forme d'un missel, au commencement duquel était écrit :