‹ La région du bas-RhôneChapitre 1 sur 25 · A LA MER · texte numérisé non relu

A LA MER

Les cliemins primitifs, lés roules romaines et les routes modernes du littoral de la Méditerranée. — Voie Gréco-Phénicienne, via Herticlea; yoieAurélïenne y via Aurélia; voie Domitienne, via Domitia.

Conslitulion géologique de la région du Bâs-Rkône. — Appareil littoral. — Graus. — Rhônes morls. — Littoral d'Aigues-Mortes. — Sylve-Godcsque et Sylvc-Real.

Salines de Peccais près Aigucs-Mortes. — Gabeliers et faux sauniers. — Nccker et l'impôt sur le sel. — Inondations des salines d'Aigues-Mortes par les crues du Rhône. — Canaux d'Aigues-Mortts au Rhône. — Premières études. — Canal de Deaucaire à Peccais ; son double but. — Dessèchement des marais. — Marais supérieurs et marais inférieurs. — Rachat par l'État des canaux de Benucaire et de la Radelle .

De toutes les grandes industries humaines, Tune des plus anciennes, celle des transports,

est sans contredit celle qui a exercé le plus d'influence sur la naarche de la civilisation et de la fortune publique.

Circulation et civilfeaton sont en quelque sorte synonymes . ^ ^ " - v î '

L'amélioration progressive des routes, des cours d'eau, des voies de communication de toute nature, et la mise en œuvre de tous les engins de locomotion, sont aujourd'hui pour rhomme un thème inépuisable de savantes études, en même temps qu'un légitime sujet d'orgueil. Lorsqu'il considère les progrès accomplis, les perfectionnements obtenus, les difficultés aplanies ou surmontées, il a le droit, que d'ailleurs il ne se fait pas faute d'exercer, de s'enivrer de tous ses succès et de célébrer les merveilleuses conquêtes de la science moderne. Il serait juste cependant de faire aussi la part du passé. Quelques transformations qu'ait subies cet immense capital de routes, de chemins et de canaux qui constitue notre outillage de transports, on doit moins le considérer comme une invention d'hier que comme un héritage séculaire. Les générations qui nous ont précédés ont frayé les routes que nous suivons aujourd'hui. Les conditions fondamentales de la circulation

n'ont pas beaucoup changé à la surface de notre planète ; elles sont aujourd'hui ce qu'elles étaieat à l'origine des temps,, intimement liées aux dispositions mêmes de ce théâtre du monda sur lequel nous nom- agitons depuis plus de quatre mille ans^,. en changeant seulement de co&tume, de, mœnra,- de langage et de religion.

La nature, en effet, en façonnant les vallées, en creusant Ibs golfes, en déprimant les lignes de faîle des chaînes de montagnes^, nous a pour ainsi dire tracé les itinéraires dont nous ne nous écartons jamais d'une manière sensible.

Aujourd'hui et dans les siècles futurs conune à l'époque des premières migrations humaines, les charrois de toutes sortes suivent fidèlement les berges des mêmes fleuves, se développent sur le flanc des mêmes collines, contournent les mêmes falaises; et, lorsqu'il s'agit de passer d'une vallée dans la vallée voisine, il faut toujours gravir les mêmes escarpements plus ou moins exhaussés au-dessus des champs d'inondation et franchir les mêmes cols dont l'ancien nom très caractéristique de jt?orf {portas, Trèpoç, passage) est encore conservé dans les pays de montagnes.

4 LA RÉGIOIS Dl BAS-RHONE.

L'ingénieur moderne^ avec tout son art et toute sa science, n'a exécuté en somnie que des rectifications presque sur place. Il a perfectionné, il perfectionne tous les jours les routes anciennes; mais il n'a presque pas modifié les tracés et les directions générales qui existaient aux plus lointaines époques historiques connues et dès les premiers âges de la civilisation. Quelles que soient les exigences des voies de communication actuelles, malgré les déviations inévitables que nous imposent l'adoucissement de leurs penses et le redressement de leurs courbes, on est souvent conduit à poser les rails d'acier sur l'assiette même des sentiers qui ont été ouverls par les tribus errantes les plus primitives, et successivement adoptés, élargis et perfectionnés par une série de peuplades demi-barbares ou civilisées, quelquefois oubliées, souvent inconnues et dont les ossements se retrouvent encore sous ce sol qu'elles ont si longtemps foulé.

Nulle part celte superposition des voies modernes au-dessus des voies anciennes n'est plus remarquable que dans la partie méridionale (!e la France et dans la zone maritime de l'ancienne province de Languedoc.

Le voyageur qui part de Lyon et se dirige vers les Pyrénées commence par descendre la vallée du Rhône, resserrée entre deux lignes de collines dont les crêtes aiguës portent de distance en distance les ruines démantelées des châteaux forts de l'âge féodal. On franchit la vallée entre Tarascon et Beaucaire ; et le railway, tournant brusquement à droite, abandonne en même temps la direction du nord au sud et la berge du fleuve, qu'il avait jusqu'alors fidèlement suivies.

De Beaucaire à Nîmes, de Nîmes à Montpellier et à Cette, le tracé du chemin de fer ondule à flanc de coteau, dominant d'une vingtaine de mètres en moyenne une immense plaine horizontale, à peine bosselée par quelques ondulations superficielles. La plaine s'étend au midi, se transforme peu à peu en étangs et en marais et se termine à la mer. A côté du chemin de fer, souvent même à une distance assez rapprochée pour qu'on ait dû séparer les deux voies par un mur de clôture, se trouve la grande route de terre, l'un des plus beaux legs que les États de Languedoc aient faits à la France moderne, et qui n'a rien perdu de son importance malgré la redoutable concurrence qu'elle sou-

6 LA UEGION DU BAS-UUONE.

tient depuis bientôt un demi-*siècle. Sur cette ancienne route delà proi^ince on voit encore se dresser, de distance en distance, quelques-unes de ces bornes monumeritï^les qui avaient ^rvi au mesurage officiel de la voie romaine.

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Tou.t le monde sait aujourd'hui que, plus de deux cents ans avant notre ère, il existait une route stratégique entre le Rhône et une colonie grécotibériennejadis célèbre sous le nom de générique à'Emporium^ qui signifie marché ou entrepôt de commerce, et dont la ville moderne d'Ampurias, en Catalogne, a pris à la fois la place et le nom. Polybe, qui écrivait vers Tan 600 de Rome, c'est-à-dire cent cinquante ans environ avant Jésus-Christ, nous donne la description détaillée de celle route* que des réparations considérables, exécutées, quelque temps après son établissement, par le consul Cn. Domi-

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