Plutarque. — Marim, c. xv
les eaux de la Durance et du Rhône, qui se répandaient dans de vastes étangs. Ces étangs se soudaient les uns aux autres, contournaient la ville d'Arles,, descendaient sur la rive droite du fleuve le long de cette riche plaine, aujourd'hui exhaussée, qu'on appelle le Plan-du-Bourg et venaient aboutir au golfe de Fos au grau dé Galéjon. C'était le goulet d'écoulement de toute la lagune, qui s'étendait alors depuis les Alpines jusqu'à la mer; et l'étude topographique des lieux permet de reconnaître encore l'importance nautique que ce grau devait avoir aux premiers siècles. Alors que les embouchures du Rhône étaient soumises, comme elles le sont de nos jours, à toutes les éventualités de l'envasement, le grau de Galéjon était libre, ouvrait l'accès de la rade intérieure et permettait aux navires de remonter au-dessus d'Arles jusqu^à la hauteur de Tarascon.
Celte excellente situation s'est prolongée jusque vers le milieu du dix-septième siècle. « L'eau de la mer, écrivait H. Bouche vers 1660*, aussi bien que les petites barques, peuvent entrer par de petits canaux dans l'étang de Fos ; les pêcheurs de Martigues entrent dans le grand canal de Galéjon pour y pêcher, et de ce canal ils pouvaient aller anciennement jusqu'à Arles » ; et l'on conserve encore à la bibliothèque de Marseille une assez mauvaise carte de ProTence qui porte la date de 1719, sur laquelle on trouve la désignation très curieuse de ce grau sous le nom de <r port de Baléjon »*. Ce port était encore, au commencement du dix-huitième siècle, en communication directe avec l'étang de Montmajour, la plaine d'Arles et les marais des
1. Honoré Bouche. — Chorographie ou description de la Provence, 1. III, ch. vi, Aix, 1684.