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Âlf. Saurel. — Fo8S3s Marianse ou Recherdies sur les ira' vaux de Marins aux embouchures du Rhône, Marseille, 1865. — Ern. Desjardins. — Aperçu historique sur les embouchures du Rhône, Paris, 1867. — Em. Bernard. — Note sur le canal de Marius, Marseille, 1870. — A. Aurês. — Nouvelles recherches sur le tracé des Fosses Mariennes et sur remplacement du camp de Marius, Nîmes, 1875. — Alf. Salles. — Note sur le canal et le camp de Marius, (Gong. arch. Arles, 1876).
On lit dans Plutarque que, peu apr^ avoîr pris possession de son deuxième consulat, Marins conduisit une première armée en Gaule pour s'opposer à la marche des Ambrons et des Teutons, mais que ceux-ci refusèrent tout d'abord le combat et se ruèrent sur l'Espagne, où ils restèrent pendant près de deux années. Ils franchirent alors les Pyrénées sans éprouver de résistance; et, après avoir ravagé tout le sud-ouest de la Celtique, se dirigèrent vers les Alpes et l'Italie, menaçant de renouveler sur les bords du Tibre les terribles exploits de la première invasion gauloise.
Le quatrième consulat de Marins venait de commencer; on était en Tan de Rome 652, correspondant à la 101® année avant Jésus-Christ, lorsqu'on apprit à Rome la marche des barbares. Le vainqueur de Jugurtha avait toute la confiance du sénat et des légions ; il reçut immédiatement l'ordre de repasser les Alpes. Il vint placer son camp près du Rhône, le fortifia avec soin et y réunit d'abondantes provisions, de manière à ne pas être forcé, par le manque de vivres, à livrer bataille si son intérêt ne venait pas le lui commander. Il est certain toutefois que l'armée romaine occupa successivement
plusieurs campements dans la vallée du Rhône pendant les trois années d'attente qu'elle eut à subir avant de recevoir le choc des barbares. La nécessité de trouver des fourrages pour les chevaux était à elle seule un motif sufflsant de changement; et, bien qu'il faille absolument proscrire l'étymologie tout à fait inexacte qui fait de l'île de la Camargue un champ de Marins, Caii Marii ager, il est très probable que la basse plaine d'Arles, submersible par les eaux du Rhône, couverte de pâturages et de cultures, fut à cette époque un parc d'approvisionnements pour les légions et la cavalerie romaine. On l'appelait le grenier de l'armée romaine, horrea ac cellaria totius militix romanx.
Le nom grec de la ville d'Arles, qui était The- Une i^-rM^ mamelle), n'était du reste que la signification imagée de la merveilleuse richesse de son terroir ^ On ne doit donc pas s'étonner de rencontrer partout en Provence les traces du passage de Marins, dont le souvenir presque . légendaire se retrouve dans les moindres bour-
1 . Arelaius iîlic civitas attolîitur, Theline vocata, sub priore séBCulo, Graio incolente.
(AviEN., Ora marit., v. 679-681).
gades ; mais il est difficile de préciser ses divers campements. Le seul d'ailleurs qui ait une importance sérieuse est celui dont parle Plutarque et qui est situé près de la rive gauche du Rhône, sur un point fortifié par la nature et par Tart, dans une situation telle que l'armée pouvait recevoir des approvisionnements à la fois par le fleuve et par la mer.
Des éludes récentes ont permis de déterminer ce camp avec une très grande précision. 11 existe au-dessus de la petite ville de Saint-Gabriel — l'ancienne Ernaginum de la voie romaine — un plateau calcaire aux falaises abruptes, qui forme le cap le plus avancé du côté du Rhône de la chaîne des Alpines, et domine à la fois la plaine et le fleuve. C'est sur cette terrasse que Marins, solidement retranché, attendit pendant près d'un an les barbares, qu'il put surveiller leur passage du Rhône, repousser leurs premières attaques sans quitter sa position défensive et maintenir ses soldats impassibles devant leurs injures et leurs provocations ; il les laissa ainsi défiler pendant plusieurs jours le long de ses retranchements. On sait avec quelle vigueur il se mit ensuite à leurs trousses et l'hécatombe sanglante qu'il en fit
quelques jours après sur les bords de la rivière de l'Arc, dans cette plaine de Fourrières, dont le nom presque répugnant, campi putridi^ semble avoir conservé le souvenir de leur effroyable extermination.
Le plateau des Alpines était, alors comme aujourd'hui, complètement dénudé; et, si les plaines d'Arles et de la Camargue étaient riches en fourrage, les armes, les munitions, le blé surtout, ne pouvaient venir que de Rome et par mer ; car la mer était à cette époque la seule route sûre, prompte et facile. Mais pour remonter jusqu'à Arles, il fallait d'abord pénétrer dans le Rhône, et « les bouches du fleuve, écrit Plutarque, recevaient une vase abondante ; elles étaient obstruées par une boue profonde, et l'entrée en était difficile, laborieuse et insuffisante pour les vaisseaux qui venaient de la mer*. » La question de la barre était donc la même il y a dix- huit siècles que de nos jours. Si le départ des convois était facile à l'embouchure du Tibre, il n'en était pas de même de leur arrivée dans le Rhône. Marins tourna la difficulté. Le plateau des Alpines était baigné de tous côtés par