A LA MER
Opinion <ie Vauban sur les embouchures du Rhône. — Anciens bras du fleuve ; le Bras-de-Fer ou canal du Japon ; le canal des Lones.
— Le canal d'Arles à Bouc. — Le canal Saint-Louis. — Amélioration directe des embouchures. — Travaux de M, l'ingénieur Surell. — Le golfe de Fos; menaces d'ensablement.
L'étang de Berie, Mastramela stagnum. — Son importance stratégique comme bassin de refuge ; son excellente situation nautique.
Répartition du trafic entre les voies navigables et les chemins de fer.
— Prospérité des ports situés dans l'estuaire des fleuves et en communication directe avec un réseau de voies navigables. — Nécessité (le relier le Rhône avec les ports situés dans la région des emliouchures. — Concurrence et progrès des ports étrangers. — Marseille, Cette, Saint-Louis, Bouc, Aigues-Mortes, considérés comme têtes de ligne de la grande voie navigable de la Méditerranée à rOcéan et à la mer du Nord.
La question des embouchures du Rhône, que les anciens avaient résolue d'une manière très heureuse par la canalisation latérale à travers
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les étangs entre le golfe de Fos et la ville d'Arles, n'a cessé d'être, depuis deiit siècles, un sujet de préoccupations pour nos marins et nos ingénieurs modernes.
Le port d'Arles, dont la prospérité s'était maintenue pendant la plus grande partie du moyen âge, avait rapidement décliné. Les étangs qui l'entouraient n'étaient plus depuis longtemps navigables; et, en 1665, Vauban, chargé par Colbert de visiter les côtes de la Méditerranée, dut étudier les moyens d'assurer la navigation entre la ville et la mer. La hauteur de la barre, l'oblitération des passes, l'instabilité du lit et les variations des bras du fleuve l'impressionnèrent vivement. « Les embouchures du fleuve sont et seront toujours incorrigibles D, déclara-t-il au retour de sa mission; et il conseillait de les abandonner à elles-mêmes, d'ouvrir un bras artificiel au Rhône d'Arles et de diriger ce bras sur le golfe de Fos, un peu à l'est de l'ancienne ouverture du canal de Marius. C'était, en somme, une seconde édition de l'œuvre romaine.
Tel fut aussi l'avis d'un marin très expérimenté. Barras de Lapenne, capitaine des galères du roi, qui fut envoyé en 1682 à Arles par le
marquis de Seignelay, ministre de la marine.
« Les embouchures du Rhône, écrivait-il dans son Portulan de la mer Méditerranée^ sont aujourd'hui dans le même état qu'elles étaient lorsque Marins entreprit de faire la fosse de son nom qu'on a laissé combler. Le commerce d'Arles a beaucoup diminué par le danger et la difficulté qu'il y a de passer à l'embouchure où les petits bâtiments sont souvent retardés deux ou trois mois, et où les vaisseaux de charge les plus petits ne peuvent plus passer. Les embouchures seront toujours impraticables; toutes les dépenses qu'on y pourrait faire n'aboutiraient à rien ou deviendraient en peu de temps inutiles; et, puisque les Romains, qui étaient les maîlres des arts et des sciences, n'ont pu en surmonter les dangers, et que, pour faciliter la navigation du Rhône, ils avaient été contraints de les abandonner et de faire ce fossé si célèbre et si renommé, il faut les imiter et ouvrir de nouveau ce canal, ou en faire un autre pour conduire les bâtiments à Fos ou dans le port de Bouc même, ce qui serait encore le meilleur. » Malgré l'autorité de Vauban et de Barras de Lapenne, les ingénieurs étaient loin de considérer comme absolument impossible ramélio-
ration directe des embouchures et Tapprofondissement de la passe. Les avis étaient partagés ; on ne faisait rien, et le fleuve continuait à être fermé par sa barre, au grand préjudice de la navigation.
Le Rhône ne suivait pas alors dans sa partie inférieure le cours que nous lui voyons aujourd'hui. A près de 30 kilomètres au-dessous d'Arles, on voit encore un poste de douaniers qui 3'appelle Chamone. Ce nom, qui n'avait éveillé jusqu'à ces derniers temps aucun souvenir ancien, vient d'être lu récemment sur une pierre à moitié rongée par le salin et perdue dans les solitudes marécageuses de la Camargue.
La pierre est très fruste; elle porte sur ses deux faces une inscription qui mentionne à la fois le territoire de Chamone, le nom du fleuve et le port maritime. Les caractères sont du troi-
sième ou du quatrième siècle ^ ; et, si Ton rapproche ces indications épigraphiques du texte d'Ammien Marcellin qui fixe le rivage de la mer à dix-huit milles d'Arles, et du rescrit des empereurs Honorius et Théodose dont nous avons déjà parlé, on peut considérer que cette partie du delta existait déjà à l'époque impériale, sinon à l'état, de continent, du moins comme un îlot avancé dans la région des embouchures. Là devait vraisemblablement exister une station de ces anciens gardiens du Rhône qui étaient préposés, sous la domination romaine, à la navigation du fleuve, chargés, comme nos pilotes lamaneurs, de diriger la manœuvre des navires à leur entrée, et dont le chef, portant le titre de cornes ripx Rhodani, résidait à Arles, ainsi que semblent le prouver quelques monuments lapidaires conservés dans le musée de cette ville.
Première face
Seconde face
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