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EXTENSION DE LA ZONE D’EXTRACTION

Le plus ancien document qui atteste l'extraction du charbon en Sarre est un texte de 1429 qui mentionne des mines dans le Sinnertal près de Neunkirchen (1). D’autres documents des xvie et xvire siècles montrent les exploitations en train de s'étendre au Sud, dans la région de Dudweiler et à l'Est, autour de Waldmohr. La mine de Sulzbach est mentionnée en 1536, celle de Wellesweiler en 1575. C’est à peine d’ailleurs si elles méritaient le nom de mines : simples tranchées où les paysans venaient enlever le charbon à la pelle là où il affleurait, véritables mines volantes, ouvertes en quelques heures, aussi vite comblées.

Longtemps ces petites exploitations furent localisées autour de | Neunkirchen. Ce n’est que peu à peu que l’extraction s’étendit vers | le Sud en direction de la Sarre. La mine de Saint-Ingbert fut ouverte en 1692, celle de Grosswald en 1742, autant du moins qu’on peut fixer une date précise à l’ouverture de mines de ce genre.

En 1751, une exploitation régulière en galeries (Stollen) fut introduite dans les principales houillères du comté de Nassau-Sarrebruck, et à partir de ce moment, le nom de mines doit être réservé aux exploitations souterraines. À la fin du xvirie siècle, on compte 11 nu) exploitées en régie : Wellesweiler, Kohlwald, Illingen, Dudweiler, |

(1) Hasszacner [131].

Sulzhach, Russhütte, Saint-Ingbert, Gersweiler, Grosswald, Wahlschied, Schwalbach, sans compter les petites houillères affectées chacune à une usine, forge ou verrerie : Merschweiïler, Quierschied, Friedrichsthal, Geislautern. Un grand nombre de veines étaient en outre exploitées de façon intermittente par les paysans pour la cuisson de la chaux. A ce groupe central venaient s’ajouter les houiïllères situées en territoire français (Griesborn à l'Est de Sarrelouis et Hostenbach) qui appartenaient à l’abbaye de Wadgassen et quelques exploitations dans le duché de Deux-Ponts, celles-ci demeurées à l’état de simples tranchées. Ainsi dès cette époque le centre des exploitations s’était déplacé vers le Sud et la région comprise entre Ottweiler et Waldmohr était à peu près abandonnée; mais à l’exception de Hostenbach, de Geislautern et de Gersweiler, situées toutes trois dans la vallée, l’extraction restait limitée à la rive droite de la Sarre.

Sur les cinq mines ouvertes en 1810 par les ingénieurs français, trois — Rittenhofen, Guichenbach et Jägersfreude — étaient au Nord de la Sarre, les deux autres, Fürstenhausen et Clarental, situées sur la rive opposée, mais au voisinage immédiat de la rivière. Cette localisation s'explique par le fait que la houille s’exploitant en carrières ou en galeries, l'extraction demeurait d’une part circonserite à la zone où affleure le charbon, d’autre part arrêtée en profondeur au niveau de la vallée principale.

Un déplacement de plus grande envergure se manifeste après 1815, sous l'influence du nouveau tracé des frontières et des progrès accomplis dans la technique minière.

Le second traité de Paris avait enlevé à la France toutes les mines du Bassin de la Sarre, y compris celles qui faisaient partie du royaume avant 1789. Aussitôt après 1815, des recherches furent entreprises le long de la nouvelle frontière pour retrouver en territoire français le prolongement des veines connues et exploitées en Prusse. On les découvrit assez vite dans les environs de Schoeneck (1820); mais il fallut attendre la seconde moitié du x1x° siècle pour que la houille, découverte en 1847 à Petite-Rosselle, pût Li objet d’une exploitation industrielle (1.

Au cours de cette période de trente ans s’accomplissait en Prusse

une transformation technique qui devait modifier profondément les conditions d’exploitation des mines : la substitution des puits aux anciennes « fendues », galeries faiblement inclinées et débouchant au jour. Les premiers puits | Hostenbach (1822), Kronprinz (Schwalbach)

(1) Voir l'historique de ces recherches dans Jacquor [38] et F. Scumir [148].

(1826), Geislautern (1833)] furent foncés dans la vallée de la Sarre ou au voisinage de celle-ci en des points où il eût été difficile de creuser des galeries sans les voir immédiatement envahies par les eaux. Ce qui n'avait été à l’origine qu'un expédient devint bientôt la règle. Le système d'exploitation en galeries n’a pas complètement disparu. On. montre encore les galeries de Brefeld où l’on exploite actuellement en travers-banc un faisceau affleurant au pied du coteau : système qui permet d’ailleurs d’enlever à très bon compte la houille jusqu’à la racine des arbres. Mais c’est une curiosité. Les chevalements qui coiffent les puits sont désormais les compagnons inséparables de l’industrie houillère.

L’abandon des galeries et la généralisation du système d’exploitation par puits (Tiefbau) allait modifier la répartition géographique des puits de mines, en amenant l'industrie à s'étendre dans la région où le charbon n’afileure pas. Un certain nombre de galeries, celles qui avaient été installées dans la partie Nord du Küllertal, furent de bonne heure abandonnées. Par contre les chevalements des puits firent leur apparition d’abord dans la vallée de Sulzbach qui avait été, dès le début, l’artère maîtresse du district minier : Künig (Neunkirchen), Heinitz, Reden, Dechen; puis, après 1870, plus à l'Ouest, dans la région encore vierge du Fischbach. La création des sièges de Camphausen, de Brefeld et de Maybach sur la rive gauche du Fischbach, puis des puits de Itzenplitz, Gôttelborn et Steinbach sur la rive droite, marque cette nouvelle extension, qui comblait la lacune subsistant entre le groupe Est et le groupe Ouest. Cependant, parmi les mines récemment ouvertes, quelques-unes (Jägersfreude 1906, Reden 1914), destinées à exploiter des couches de charbon gras, ont été établies sur le grand axe du bassin.

Au Sud de la Sarre, l'extraction se maintenait toujours dans la zone où affleure le Carbonifère. La mine de Velsen ouverte en 1902 à la frontière sarro-lorraine, près de Gross-Rosseln, marque précisément le point où le houiller productif disparaît sous les morts-terrains. s

C’est que le fonçage des puits à travers le Grès bigarré présentait de grandes difficultés à cause des éboulements et des venues d’eau. Les premiers puits forés près de Styring furent noyés avant d’avoir atteint le charbon. On ne put surmonter ces difficultés qu’en pratiquant la congélation du terrain, procédé extrêmement coûteux auquel on n’eut recours que dans des cas exceptionnels. Aussi, à la veille de la Guerre, le Warndt, fossé tectonique rempli de sable, était à peine entamé en territoire prussien et la région comprise entre Ludweiler et Lauterbach demeurait déserte et muette.

En Lorraine au contraire, l’activité avait été ininterrompue. Le premier puits entré en exploitation fut le puits Saint-Charles, près de Petite-Rosselle, achevé en 1855; d’autres devaient suivre rapidement autour de Carling (1862) et de l'Hôpital (1865), de sorte qu’il existait en Moselle, au moment de la guerre de 1870, un centre minier en plein essor : 11 concessions couvrant une superficie de 22.000 hectares. Mais la plupart des sociétés concessionnaires ne réussirent pas, faute de moyens financiers suffisants, à triompher des difficultés techniques, notamment des venues d’eau.

L’annexion de 1871 allait donner à l’industrie minière de cette région une nouvelle impulsion. En effet, la loi sur les mines mise en vigueur en pays annexé présentait certains avantages sur la loi française de 1810 : simplification de la procédure d’expropriation, facilité de réunion des parcelles minières, suppression de l'indemnité aux propriétaires fonciers, diminution de la redevance proportionnelle. Grâce à ces dispositions, non seulement les sociétés déjà existantes purent fusionner et se consolider, mais encore la prospection put s'étendre jusqu'aux régions de Saint-Avold et de Faulquemont. En France même les sondages entrepris dans la vallée de la Seille et près de Pont-à-Mousson avaient donné des résultats positifs. Mais si les recherches s'étaient étendues très loin vers l'Ouest, si même des concessions avaient été accordées, aucune n’était entrée en exploitation, et les seuls puits existant en Lorraine en 1913 demeuraient accrochés à la frontière du Pays d'Empire, autour de Petite-Rosselle, de l’'Hôpital-Carling et de Creutzwald.

Cette répartition des puits n’a pas été sensiblement modifiée après la Guerre. Les Allemands n’ont pas cherché à compenser la perte du bassin par le forage de nouveaux puits au Nord de la frontière sarroise, sans doute parce qu'ils ont considéré cette perte comme devant être temporaire. Il n’en est pas moins curieux qu’on n’ait jamais exploité le charbon par puits dans la région du Potzberg, où les sondages ont rencontré le houiller productif (1).

À Pintérieur du bassin, il y a eu en somme maintien de l’état de choses de 1913. À une poussée d’expansion aussitôt après 1920, marquée par la création de nouveaux puits dispersés un peu partout à Jägersfreude, à Fraulautern, à Güttelborn, à Schiffweiler, à Frankenholz, a succédé, la crise une fois venue, une période de concentration, marquée par la fermeture de quelques mines (Von der Heydt, Hostenbach, Altenwald, Dilsburg) où le rendement était plus faible et le charbon de débit difficile.

(1) Kiiver [41].

Les progrès sont plus nets en Lorraine où il y a eu à la fois augmentation de la densité des puits et extension de la zone d’extraction. Tous les puits actuellement en service (1) sont concentrés sur une bande qui suit la frontière et qui n’a pas 2 kilomètres de large. Bien mieux : les sociétés de Petite-Rosselle et de Sarre et Moselle exploitent par des puits situés en Lorraine des concessions qui leur ont été accordées depuis la Guerre en territoire sarrois. Mais, sur le plateau, deux nouveaux puits, celui de Folschviller et celui de Faulquemont, entreront en service en 1935 et 1937, et leur nombre ne manquerait pas de s’augmenter si le Bassin de la Sarre retournait à l'Allemagne.

A l'heure actuelle l’étendue de la zone concédée atteint environ 220.000 hectares (112.000 en Prusse, 60.000 en Bavière, 48.000 en Lorraine); une partie seulement est exploitée (en Lorraine 3 concessions représentant 18.700 hectares, sur 94 concessions accordées couvrant 48.524 hectares) (?).

Le centre de l'extraction du bassin houiller, pris dans son ensemble, demeure donc, comme par le passé, sur la rive droite de la Sarre, au voisinage des deux vallées du Sulzbach et du Fischbach, les deux groupes d’inspections Est et Centre fournissant à eux seuls les trois quarts de la production totale. Entre les exploitations sarroises et les exploitations lorraines subsiste une solution de continuité qui atteint 8 kilomètres dans sa plus grande largeur. Mais la soudure ne peut manquer de se faire puisque les sondages ont révélé la continuation des couches productives entre les puits de Velsen et ceux de Sarre et Moselle.

Ainsi, au cours des cinq siècles pendant lesquels nous pouvons suivre l’industrie houillère, on constate que la zone d'extraction s’est déplacée du Nord-Est vers le Sud-Ouest. La région de Neunkirchen était déjà un lieu d’extraction au xv® siècle; le bassin houiller du Warndt n’a pas un siècle d'existence et le bassin lorrain du Plateau est encore une promesse.

Cependant on ne saurait comparer ce mouvement à celui qu'ont enregistré les mines du Bassin rhéno-westphalien. On a vu là les puits, d’abord accrochés au pied septentrional du Massif Schisteux, s’avancer peu à peu dans la plaine, franchir la Rubr et, à mesure que les moyens d'extraction se faisaient plus puissants, s'étendre même

(1) Sarre et Moselle a arrêté l'extraction au siège de l’Hôpital-Carling et concentré l'exploitation dans le secteur de Merlebach (sièges de Merlebach, Sainte-Fontaine et Cuvelette).

(2) Rapport du Service des Mines [149], p. 5.

au Nord de la Lippe (1). Dans la Sarre il n’y a pas eu à proprement parler migration de l’industrie houillère, mais seulement extension de la zone d'extraction continuellement dans le même sens. Ce n’est | pas le front du bassin minier qui, comme dans la Rubhr, avance d’un mouvement d'ensemble, mais le centre de gravité qui se déplace vers le Sud-Ouest, le long d’un axe principal invariable. Encore y a-t-il des retours en arrière : l'ouverture des mines de Bexbach et de Frankenholz, dans l'extrême Nord après 1815; le nouveau puits de Schiffweiler qui, par une curieuse coïncidence, ramène l’extraction à son point de départ; enfin il est frappant de constater la persistance des mines à Neunkirchen, à Dudweiler et à Sulzbach, qui comptent parmi les plus anciennes de la région. C’est qu’en ces points privilégiés on trouve à la fois les réserves les plus considérables et les qualités de charbon les plus précieuses.

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