CHAPITRE VI
L’extraction de la houille constitue la ressource principale de la région industrielle sarroise. Les puits ont beau se dissimuler dans les bois, on aperçoit à chaque instant les wagons qui portent au loin cette richesse, et les chariots traînés par de petites vaches avec lesquels mineurs et paysans vont au carreau de la mine prendre livraison de leur affouage. Le Territoire de la Sarre lui-même a dans ses armes les deux marteaux croisés.
Rien de plus naturel que cet hommage rendu à la profession de mineur. Tout le monde, à des degrés divers, vit de la mine. L’Administration des Mines domaniales occupait, au 17 janvier 1931, 54.604 ouvriers ou employés dont les familles comprenaient 136.112 personnes. À ce chiffre il convient d’ajouter les ingénieurs et leurs familles ainsi que le personnel de la mine de Frankenholz. La statistique officielle donne pour le 1€ janvier 1931 le total de 60.480 salariés. Si on considère qu’une famille de mineurs se compose en moyenne de 3,5 personnes, on voit que le chiffre de la population vivant dans la dépendance directe des mines doit dépasser 200.000 personnes. Encore ces chiffres sont-ils ceux d’une période de crise. En 1924, l'effectif total s'était élevé à 78.000 personnes, ce qui portait le nombre des individus vivant des mines aux environs de 273.000, et représentait — déduction faite des Saargänger et de leur famille — le tiers de la population que comptait le Territoire à cette époque.
Mais ce n’est pas seulement la population employée par l'Administration des Mines qui vit du charbon : ouvriers d'industrie, transporteurs, commerçants, tous sont plus ou-moins solidaires des mineurs. Il suffit de regarder ce qui se passe un jour de chômage : le service des trains est réduit; les gares semblent démesurées; la rue elle-même a perdu le flot qui, à heure fixe, la remplit et l'anime. Que
le chômage s'aggrave ou qu’une grève se prolonge, les fours à coke sont mis en veilleuse, les verreries se ferment, les cafés se vident, le nombre des faillites augmente; c’est la gène ou la misère pour toute la population. Tout le Territoire n’est qu'un seul organisme, dont on connaît le pouls en consultant le graphique de lextraction du charbon.
Pourtant cette industrie de base n’est pas la plus ancienne. La métallurgie remonte au moins à l’époque gallo-romaine; plus tôt encore, les hommes de l’âge de bronze modelaient des urnes funéraires avec l'argile du Bliesgau. L’extraction de la houille n’est pas mentionnée avant 1429 et jusqu'au milieu du xvirie siècle elle demeure une chose rurale. Or dans beaucoup de bassins charbonniers, en Grande-Bretagne, dans la Rubhr, en France même, dans le Massif Central, une exploitation régulière est attestée dès la fin du Moyen Age. Ici l’extraction n’a pris le caractère d’une industrie qu’à la fin du xvine siècle. En Lorraine, la mine n’a pas derrière elle un siècle d'existence; plus loin au Sud-Ouest, nous sortons à peine de la période de prospection. Il en résulte que le paysage naturel s’est conservé d’une façon surprenante et qu’inversement l’outillage : voies ferrées et canaux, cokeries et conduites de gaz, présente encore des imperfections.
Dans l’ensemble de la production mondiale qui a atteint 1.200 millions de tonnes en 1930, le Bassin de la Sarre avec 13,2 millions et son prolongement en Lorraine, dans le département de la Moselle, avec 6 millions, comptent l’un et l’autre assez peu. Mais dans les limites des états voisins de la Sarre, ils apparaissent comme des éléments importants de la production. Dans l'Allemagne d’avantguerre (190,2 millions de tonnes) la Sarre représentait déjà 7 % de l'extraction totale; la proportion s’est élevée en 1930 à 9,2 % parce que la production de la Sarre demeurant sensiblement la même, celle du Reich s’abaissait, à l’intérieur des nouvelles frontières, à 142,7 millions. En France, le Bassin mosellan représente à lui seul 11,1% et avec la Sarre 35,6 % de la production nationale (53,9 millions). L'importance du Bassin sarro-lorrain par rapport au marché français de consommation apparaît d'autant plus considérable que celui-ci est largement déficitaire.
Ce n’est là qu’un aspect du problème charbonnier sarrois. Les problèmes géographiques qu’il pose sont plus complexes. Le charbon est exploité non seulement là où il’ af eure, mais là où la sonde a atteint un nombre de veines suflisant. Le charbon une fois enlevé, des puits se ferment, d’autres s'ouvrent un peu plus loin; la zone d'extraction est susceptible de s’étendre ou de se restreindre. Cepen-
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Principales régions de recrutement des mineurs sarrois et allemands travaillant en France.
++ Tramwek. » chemin de fer à voie —— = VOI0/C TRE: étroite. }
> Migrations des ouvriers Sarrois et allemands.
dant la main-d'œuvre ne suit les migrations d’une industrie qu'avec lenteur, surtout quand elle est fixée au sol par la possession de biens immobiliers. Elle exerce une action constante sur la marche de l’exploitation, freinant lorsque la demande est intense, forçant au travail en période de crise. Mais la production demeure avant tout réglée par la consommation et l'étendue de la zone de vente dépend d'une politique commerciale dans laquelle l’homme s’ingénie, ici à utiliser les avantages, là à corriger les inconvénients de la position naturelle. Localisation, main-d'œuvre, production et débouchés, tels sont les trois aspects essentiels sous lesquels nous nous proposons d'étudier le bassin houiller.