‹ La Région Industrielle SarroiseChapitre 12 sur 270 · UN PAYSAGE DE CAMPAGNE · texte numérisé non relu

UN PAYSAGE DE CAMPAGNE

Platitude et nudité. Les arbres ne sont pas absents : pommiers et poiriers, le tronc badigeonné de blanc, font les gendarmes de la route; les saules accompagnent distraitement les ruisseaux, têtes rondes que les matinées de septembre poudrent de rosée. Mais de tout le terroir cultivé la végétation spontanée est exclue : pas de buissons, presque pas de haies (1); les bois, quoique nombreux,

(1) Les haïes en bordure des chemins ont commencé à disparaître dans la seconde moitié du xvirre siècle (Durivaz [89], I, p. 287); d’après les habitants, elles étaient nombreuses, il y a cinquante ans, dans la région de Hambach (où les défrichements se sont poursuivis jusqu’au x1x° siècle). Leur disparition aurait entraîné celle des oiseaux chanteurs.

semblent perdus au milieu de ces campagnes, où rien ne s’élève au-dessus de la glèbe, que le clocher.

Comme les formes du terrain, le même dessin des champs se répète à l’infini. Des bandes, longues et étroites, sont groupées en quartiers rectangulaires appelés Gewannen (1) à l’intérieur desquels toutes les parcelles sont allongées dans la même direction. Là, suivant la règle encore en vigueur de l’assolement triennal, alternent le blé, l’avoine et la jachère, celle-ci envahie par les fleurs jaunes de la moutarde, à moins que cette troisième « saison » ne soit occupée par les plantes fourragères. Les pommes de terre et les betteraves sont cultivées en dehors de l’assolement, en bordure des chemins d’accès.

Entre ces champs étroitement engagés les uns dans les autres, jamais une clôture. Seules, les prairies naturelles attestent par leurs dimensions élargies et leur superficie plus considérable un commencement de remembrement qui a permis de les transformer en « parcs », c’est-à-dire de les enclore avec des fils de fer fixés à des poteaux de bois.

La survivance de l’assolement triennal atteste que les céréales conservent leur importance traditionnelle. Ceci est vrai surtout sur le Calcaire coquillier. Là, depuis que l’emploi des engrais a permis d'augmenter les rendements, les vieilles granges, pourtant opulentes, ne suffisent plus et des meules de paille, par groupe de trois ou quatre, signalent les villages. Mais au-dessus des marnes irisées, les meules ne sont pas nécessaires: la culture des céréales cède le pas à l'élevage des vaches laitières. À côté du système traditionnel de la vaine pâture, si utile aux petits propriétaires et qui, pour cette raison, a été maintenu dans plusieurs communes, il s’est développé un mode d'élevage mixte. Chaque propriétaire possède des prés de fauche (généralement dans les fonds dé vallée) et des parcs ou pâtures clôturées sur les versants; souvent les parcs sont d’anciens champs qu’on a laissé se transformer d’eux-mêmes en herbages. A ces ressources abondantes en foin, l’éleveur ajoute de plus en plus les fourrages artificiels et les plantes sarclées. Dans l’arrondissement de Sarreguemines, en 1928, le trèfle, la luzerne et la betterave fourragère occupaient 5.311 hectares, le tiers de la superficie en céréales (avoine, blé, seigle). l

(1) L'ensemble des terres labourables constitue a Flur qui est divisée en Gewannen (Voir le plan cadastral de Welferding en 1719 publié par J. P. Kircx [238]. En Lorraine française, le mot de Sole s’applique à l’ensemble des champs cultivés de la même façon; -une sole ne se compose pas forcément d’un seul quartier (Cf.

M. BLocn [253], p. 41). Il n’y a pas équivalence exacte entre les termes français et les termes allemands.

HE

Page 1