‹ La Région Industrielle SarroiseChapitre 121 sur 270 · LA RÉPARTITION DES VENTES · texte numérisé non relu

LA RÉPARTITION DES VENTES

a) Le passé. — La qualité des charbons est un des facteurs qui expliquent la répartition des ventes; les autres apparaîtront au cours de ce chapitre où nous allons essayer de fixer la direction des courants commerciaux avant la Guerre et depuis la constitution du Territoire de la Sarre. Ici encore l’histoire n’est pas notre propos; mais un coup d'œil sur la répartition géographique des ventes dans le passé permet seul de distinguer l’accidentel de ce qui correspond aux besoins permanents de la contrée.

Jusqu'en 1870, la France absorba plus de la moitié des ventes en dehors de la région sarroise, parfois même plus de la moitié du total des ventes (1). De 1815 à 1845, les expéditions en France étaient passées de 28.500 tonnes à 240.000 tonnes (?). Ces quantités se répartissaient ainsi entre les départements de l'Est :

Moselle. . . 102.800 t. représentant 99 % de la consommation en houille du département.

Meurthe. . . 47.800 t. — 100 % =

Bas-Rhin. . 41.500 t. — 119% —

Haute-Marne 15.150 t. — 59,6% —

Haut-Rhin . 12.000 t. — 138% —

Meuse AE U72 0e — 70,4% —

Vosges 5 "+10 "600 — 54,3 & —

(1) Par exemple, en 1850, 181.497 tonnes de houille et 20.338 tonnes de coke furent vendues en Allemagne; 265.347 tonnes de houille et 48.051 tonnes de coke à l’étranger et presque exclusivement en France.

(2) L. Jourrroy [116], I, p. 51-52.

À partir de 1859, les quantités vendues en France dépassèrent le million de tonnes. En 1862, à une époque où la construction des chemins de fer avait déjà rattaché plus étroitement la Sarre à l’Allemagne, la France recevait 53 % des ventes; l’ensemble du Zollverein 44 % seulement (1). À cette époque, les principaux clients français de la Sarre étaient l’industrie textile alsacienne, les usines métallurgiques de la Moselle (la société De Wendel avait sa cokerie à Dudweiler), de la Meurthe et de la Haute-Marne, les Chemins de fer de PEst, le Gaz de Paris. En Allemagne, les charbons sarrois s’écoulaient surtout au Sud de la Moselle et du Main; mais ils avaient conservé des clients assez loin vers le Nord, dans la vallée du Rhin, les forges de Bendorf et de Sayn, qui depuis un siècle fournissaient à la Sarre des fontes de qualité pour ses aciéries. Charbons et cokes sarrois atteignaient alors comme points extrêmes Neuwied, Giessen et Nuremberg où ils entraient déjà en concurrence avec les charbons de la Ruhr. Aussi éprouvait-on le besoin de décongestionner le marché de l’Allemagne en orientant la production davantage vers l'Ouest.

L'ouverture du canal des Houillères (1866), qui avait été entrepris dans ce dessein, n’eut pas le temps de produire les effets escomptés. A partir de 1871, on assiste à un retournement de la situation dont le point de départ fut l'annexion de l’Alsace-Lorraine. Mais ce seul fait ne suffirait pas à expliquer l’accroissement des ventes en Allemagne et leur chute brusque à l’intérieur du territoire français. En effet, dans la proportion des ventes en Allemagne qui s'élèvent en 1880 (?) à 73 % du total, les ventes en Alsace-Lorraine ne représentent que 22 %,, de sorte que, même si on ajoute les quantités écoulées en Alsace- Lorraine à celles écoulées en France, la part de la France, avec 39,3 % des ventes, demeure très inférieure à celle de l'Allemagne sans l’Alsace- Lorraine. En 1895, cette part de la France (Alsace-Lorraine comprise) tombait à 25,2 %. Ce renversement des courants commerciaux est donc autre chose que la simple conséquence d’un déplacement des frontières ; il traduit l’avantage pris par l'Allemagne dans le développement industriel (développement auquel la métallurgie sarroise était alors la première à prendre part); il indique aussi une conséquence capitale de l’aménagement des voies navigables en France et dans le Reich. En « construisant » le Rhin jusqu'à Mannheim l’Allemagne portait aux Mines de la Sarre le plus rude coup qu’elles eussent jamais subi. Bénéficiant désormais de conditions de transport exceptionnel-

(1) Geinirz, Frecx et HARTIG [130].

(2) Année légale (Hasszacner donne les chiffres pour l’année fiscale [du 31 mars au 4er avrill, ce qui explique les légères différences).

lement favorables, le charbon de la Ruhr put d’abord refouler le charbon sarrois de la vallée moyenne du Rhin, en aval de Mayence, puis lutter avec lui sur les places de Ludwigshafen et de Strasbourg. A cet égard, il est frappant de voir que la part de l’Alsace-Lorraine dans le total des ventes de charbon sarrois n’a cessé de décroître de 1880, où elle était encore de 22 %, jusqu’en 1913 où nous la retrouvons à 12,7 %. De son côté, la France, en ouvrant le canal de l'Est (1883), avait permis aux charbons du Nord et aux charbons belges de pénétrer jusque dans les Vosges.

La situation des charbons sarrois en France ne cessa depuis lors de s’aggraver par suite des tarifs ferroviaires défavorables. On enregistra même une année (1908) un chiffre de vente inférieur à 3 % du total. Le chiffre se releva d’ailleurs sensiblement les années suivantes par suite des commandes croissantes de la métallurgie lorraine.

A la veille de la Guerre, les ventes du bassin houiller prussienbavaroïis (mines privées comprises) se répartissaient ainsi (1) :

COKE DE HEINITZ OICPROIENRNERE HOUILLE des ventes

orné. de houille seule

tonnes tonnes

Sarre. AE tee ë .586 .844 Allemagne (sans la Sarre et l’A.-L.\. . $ .974 .944 VOTRE : 169 .655

DRE CAR eee .670

France (limites ac-|:

ÉUELlOS ES) RARE : .565 825

Suisse . . . .740 .309

Belgique- Luxembourg 183 175

Autriche- Re sn .690

Italie. ne -

Total. .

En somme, le Reich, avec la Sarre et l’Alsace-Lorraine, absorbait plus des quatre cinquièmes (82,7 %); la France, dans ses frontières d’avant-guerre, moins du dixième.

LE CHARBON So

En Allemagne, la répartition était la suivante :

Expéditions de charbon sarrois en Allemagne (frontières de 1920) (1).

Page 1