HOUILLE
tonnes tonnes DAFTE, re TE .150.748 39.164 Allemagne (sans la D'ALTO) DCE TE 914.421 .061 AOTATEE 872-0206 242
proncee AT 163.892 437 France (limites ac- HTHeHeS) EME Er NE .041.518 .349 Suisse. . . . PRANVE .996 Belgique- Luxembourg .936 »
AUÉPICRO EE re FAX) 928 LEA SERRE Be .906
Totale ee Ë ; .504
Deux points sont à considérer dans ce tableau : les chiffres absolus de vente qui enregistrent naturellement les effets de la crise; les pourcentages des différents marchés, qui témoignent d’une évolution indépendante de celle-ci. À ce double point de vue, les trois faits saillants sont l’augmentation du pourcentage de la Sarre (avec un tonnage total en diminution); la réduction très prononcée des ventes en Allemagne, qui se traduit à la fois par la baisse des quantités vendues et par la diminution du pourcentage ; l'accroissement des ventes en France, à la fois en pourcentage et en valeur absolue.
L'augmentation de la part relative du Territoire de la Sarre (et même des quantités absolues jusqu’en 1950) a comme cause principale l’accroissement de la production de fonte qui atteignait en 1931 110 % du chiffre d’avant-guerre. À un moindre degré, toutes les industries, sauf la verrerie, ont, avant 1929, intensifié leur demande et la consommation domestique a dû augmenter à peu près dans la même mesure que la population (?).
(2) Détail des ventes en Sarre en 1931 : Métallurgie (charbon à coke et de ne 4 cation) : 2.877.521 tonnes. Clients divers : 407.637 tonnes. Chemins de fer : 191.645 tonnes. Ventes au comptant : 122.956. Total : 3.599.759. (Mines domaniales seulement.)
Aux tonnages vendus en Sarre il convient d’ailleurs d’ajouter les livraisons aux mineurs et aux usines des mines (cokerie de Heinitz, centrales électriques, machines à vapeur, ete.), qui ne figurent pas aux tableaux des ventes (1). Ce dernier poste est en forte augmentation, de sorte que, en 1930, pour une production sensiblement égale à celle de 1913, le tonnage vendu a été inférieur de plus d’un million et demi de tonnes à celui de 1913.
La diminution des ventes de charbon sarrois en Allemagne est le fait capital dans l’évolution économique de la région sarroise après la Guerre. Alors que les ventes sur ce marché représentaient en 1913 plus du tiers du total, elles sont tombées en 1929, 1930 et 1931 à moins de 10 %. Les quantités de charbon que l’Allemagne achète à la Sarre Séiraient à peine pour maintenir les mines en activité pendant un mois. Dans toute notre étude, il est peu de chiffres aussi éloquents.
La régression a porté sur toutes les régions de l’Allemagne, mais principalement sur la Hesse et la Hesse-Nassau d’où les charbons sarrois ont pratiquement disparu. L’avant-dernier tableau montre que la diminution a été également très forte dans la province prussienne de Rhénanie, où les charbons de la Ruhr pénètrent victorieusement. La Sarre a mieux défendu ses positions en Bade, en Wurtemberg et dans la Bavière, bien que là encore elle ait dû céder du terrain devant les charbons westphaliens, parfois devant les charbons anglais ou hollandais. On assiste à une véritable «expulsion» des charbons sarrois de l'Allemagne du Sud et de l'Ouest (?).
Si on regarde la série des statistiques commerciales, on s’aperçoit que les ventes en Allemagne se sont effondrées dès 1920, de sorte qu’on ne saurait incriminer ni le régime douanier établi en 1925 — les houilles sarroises ne sont frappées à l’entrée dans le Reich que d’une taxe insignifiante — ni la crise charbonnière survenue après 1998 et le contingentement appliqué depuis cette époque. C'est aussitôt après la remise des mines à la France qu’on assiste au renversement des courants commerciaux.
Beaucoup d’auteurs allemands en ont conclu que l'Administration française avait systématiquement découragé les acheteurs allemands
(1) Voici comment se répartissent les quantités soustraites à la vente (1931) :
Consommation propre des mines (y compris les Centrales
LE CPIQUES ne me ee = tree ci 024-008 (0nnes. VA SOR ARRET NE Et La Tee ce. 343.926 — Pivraisons a mdlatCokETiIe Re RS LE nn Te 376.990 —
(2) F: Bezzer [221], p 104.
en leur offrant le charbon à des prix trop élevés. C’est oublier que le gouvernement du Reich lui-même a, à maintes reprises, fait obstacle à l'écoulement des charbons sarrois en Allemagne, soit en limitant l'importation par un contingententent, soit en réduisant dans de fortes proportions les achats de la Reichsbahn. On invoque le prix plus élevé des charbons sarrois pour une qualité plutôt inférieure. Il est exact que, depuis 1920, les prix du charbon en Sarre se sont maintenus très au-dessus des prix pratiqués en Allemagne. Mais cette inégalité de conditions date d’avant la Guerre, elle était seulement moins accusée.
Si vraiment les Mines avaient eu l'intention qu’on leur prête, elles n'auraient pas au même moment encouru du côté français le reproche de dumping. Or, au printemps 1922, on se plaignait en Alsace que le charbon sarrois revint à Strasbourg 6 francs plus cher la tonne qu’à Kehl. La vérité est que le Service Commercial des Mines eut à tenir compte, en sus des conditions générales du marché (change compris), des besoins particuliers de l’économie française. À partir du deuxième semestre 1922, pour répondre aux vœux du commerce et de l’industrie, le ministre des Travaux publics dut, sous la pression des parlementaires de l’Est, réserver tous les tonnages disponibles pour la consommation française. [l en a été de même au moment de la grève anglaise de 1926. Chaque fois les Mines ont dû refuser des contrats à long terme en Allemagne, sacrifier une clientèle d'avenir, pour parer au plus pressé. Les dirigeants de l’économie française avaient trop tendance à se servir de la Sarre comme d’une machine de Secours.
Mais, si fâcheux qu’aient été, pour les intérêts généraux de la Sarre, l'intervention de facteurs étrangers à son économie, ils n'auraient pas suffi à renverser définitivement des courants commerciaux établis depuis un siècle. La cause profonde et durable doit être cherchée en Allemagne même.
Dans ses limites actuelles, l’Allemagne a, depuis 1926, dépassé le chiffre d'extraction houillère de 1913 (1). D’autre part, la consommation a fortement diminué. La houille n’est plus, en effet, le seul combustible industriel. Le lignite lui ravit tous les jours des clients dans l’industrie chimique et l’industrie électrique. Dès maintenant la proportion de courant produit par les centrales alimentées au lignite dépasse celle du courant produit avec du charbon (?). Les foyers
(1) 163.441.000 tonnes en 1929 (chiffre record) contre 140.753.000 tonnes en 1913.
(2) En 1930, sur 28.913.852.000 Kwh. produits dans le Reich, 10.517.007.000 Kwh. ont été produits avec du charbon, 11.275.447.000 Kwh. avec du lignite. (W. u. 5. 1932, Heft 11 et Sonderhefte 4, 6 et 8).
domestiques de l'Allemagne du Sud demandent de plus en plus les lignites saxons ou tchèques.
Les progrès du lignite ont done entrainé une baisse générale de la consommation charbonnière; mais il s’est produit en outre une rupture d'équilibre entre les différents bassins houillers. La primauté de la Ruhr, déjà manifeste avant la Guerre, a été accentuée depuis 1926 par une série de mesures de rationalisation qu’il n’était pas possible d'appliquer telles quelles en Sarre. Le fret fluvial a beaucoup plus baissé sur le Rhin que sur les canaux français, à tel point qu’on a vu à plusieurs reprises, depuis la crise, le fret Rotterdam-Strasbourg au pair avec le fret Sarrebruck-Nancy. Sur les chemins de fer allemands, les Mines de la Rubhr, grâce aux relations très étroites qu’elles entretiennent avec le gouvernement du Reich, ont obtenu depuis 1920 des tarifs spéciaux, faisant perdre ainsi aux Sarrois l’avantage que leur assurait leur plus grande proximité de l'Allemagne du Sud. Les achats des Chemins de fer eux-mêmes sont tombés au-dessous de 100.000 tonnes (dix fois moins que n’achètent les réseaux français). Enfin des producteurs nouveaux, les Hollandais, dont la production a presque décuplé de 1913 à 1931, sont apparus depuis la Guerre en Rhénanie. S'ils ne sont pas, en général, des concurrents directs pour les charbons sarrois, du moins, en gênant les Westphaliens, ont-ils à plusieurs reprises accru la pression de ceux-ci dans les zones qu’ils disputent à la Sarre. On peut en dire de même du bassin d’Aix-la-Chapelle, le seul des bassins allemands qui n’ait pas payé son tribut à la crise (?).
En résumé, les difficultés rencontrées par le commerce charbonnier en Allemagne depuis la Guerre sont un fait général qui tient avant tout à l'emploi de combustibles dé ‘substitütion ou à l’utilisation plus rationnelle du charbon; en tous cas, à une diminution de la consommation. Si le Bassin de la Sarre a été plus particulièrement éprouvé, c’est pour des causes d’ordres divers, parmi lesquelles la politique commerciale des Mines n’a joué qu’un rôle momentané et accessoire.
Dans les autres pays étrangers, les mines de la Sarre ont mieux maintenu leurs positions d’avant-guerre.
En Autriche, la création d’un comptoir de vente amena entre 1920 et 1925 une amélioration sensible qui ne put être maintenue à cause des difficultés de transport et de la concurrence silésienne. Les seuls achats qui aient subsisté sont ceux des Chemins de fer. Le Luxembourg et la Belgique ont d’abord augmenté leurs achats destinés à la métallurgie et aux verreries de la région de Charleroi; mais, par suite
(1) Le pourcentage de ce bassin dans la production totale est passé de 3,7 % en 1929 à 6 %en 1931.
de la crise, le chiffre de 1932 se retrouve au-dessous de celui de 1913. La Suisse, ralentie dans son activité industrielle par la crise économique dont elle a souffert presque en permanence depuis la Guerre, n’achète en moyenne que la moitié du charbon sarrois qu’elle achetait en 1913; cependant c’est là que les ventes se sont maintenues le plus stables depuis 1924, Un gros effort a été fait en Italie. Celle-ci était passée dans la zone de vente de la Sarre depuis lPouverture, en 1882, de la ligne du Saint-Gothard, sur laquelle on avait fondé à l’époque de grandes espérances. Pourtant, avant la Guerre, l'Italie n’achetait pas 200.000 tonnes de charbon sarrois. Depuis 1922, les Chemins de fer suisses, aussi bien que les Chemins de fer français, ont consenti d'importantes réductions de tarifs et les Mines domaniales sont parvenues à doubler leur vente et même à y écouler régulièrement une certaine quantité de coke. Mais il est difficile de lutter contre le bas prix des frets des charbons anglais sur Gênes. Jamais les charbons de la Sarre n’ont pu pénétrer sur les côtes de la Méditerranée par voie maritime.
Pour conserver leurs marchés étrangers, surtout les deux derniers, les Mines sont obligées de consentir de gros sacrifices sur les prix. L’exportation est considérée non comme une source de bénéfices, mais comme un régulateur d'exploitation, un volant de marche. En période de crise, les Mines recueillent le fruit de cette politique et les exportations de 1932 (Allemagne mise à part) ne sont pas très inférieures à celles de 1913.
C'est surtout en France que les charbons sarrois ont trouvé depuis 1920 des débouchés élargis ou même entièrement nouveaux. Bien que les quantités écoulées dans un département varient beaucoup d’une année à l’autre, et d’une période de prospérité à une période de crise, on peut considérer que, au bout de dix ans, la situation des charbons sarrois sur le marché français est à peu près stabilisée; en prenant pour base le détail des livraisons effectuées par les Mines au cours de l’année 1931, nous avons cherché à définir les courants commerciaux normaux, C'est-à-dire abstraction faite des anomalies temporaires dues aux grèves ou à d’autres accidents d'exploitation (1). La crise qui est survenue depuis a pu entraîner une diminution des tonrages vendus; elle n’a pas sensiblement modifié la situation et l'extension des zones de vente [carte hors texte (?)].
Il faut d’abord mettre à part, comme échappant à une localisation
(1) Ainsi, en 1926, il s’est vendu du charbon sarrois à Rouen, et même en Angleterre : simple curiosité de statistique.
(2) La carte a été établie d’après les relevés du Service Commercial des Mines domaniales.