RÉPARTITION PAR PAYS DE PROVENANCE (EN TONNES
TONNAGES 4 om © ANNÉES totaux ET
Autres
(en tonnes) | France Sarre | Allemagne | Angleterre +
(3) Cf. R. GorperNAUXx, Revue Générale des Chemins de fer, octobre 1932.
(4) Il est juste de reconnaître que les achats des réseaux en Sarre se sont nettement relevés en 1932.
RÉG. IND. SARROISE | 21
en dépit de la tendance générale à faire circuler les marchandises de moindre poids, la quasi-totalité des exportations de charbons sarrois en France se fait sous forme de houille crue.
Si on considère maintenant l’ensemble de ces ventes, on constate d’abord qu’elles se concentrent très normalement dans la région de l'Est, voisine du bassin houiller.
Mais des différences existent entre les départements. La Meurtheet-Moselle (557.294 tonnes) (1) et la Moselle (664.838 tonnes) sont dans la dépendance incontestée du Bassin de la Sarre. Mais, déjà en Alsace, le courant régulier des importations allemandes dépasse les ventes de charbon sarrois et aucun des deux départements alsaciens n’est arrivé en 1931 à 200.000 tonnes. Les Vosges, malgré leur industrie, et la Meuse, tout entière agricole, ne sont déjà plus que des clients de deuxième et troisième ordre.
Paris et la région parisienne ne sont pas de très gros consommateurs, surtout si on défalque les achats du Gaz de Paris, qui ne passe pas par l'intermédiaire des agences : les trois départements de la Seine, Seine-et-Marne et Seine-et-Oise ont acheté, en 1931, 283.535 tonnes dont 110.714 tonnes pour le Gaz de Paris. Mais il y a dans ce groupe une clientèle stable qui, au plus fort de la crise (1932), a acheté autant qu’en 1929. Au Nord de Senlis, on entre dans la zone des charbons du Nord et du Pas-de-Calais : bitumineux de Lens, de Béthune, de Courrières; flénus de Bruay, de Marles, de Noeux, combustibles de choix pour les foyers domestiques. Il n’y a plus rien à espérer non plus de l’industrie, sinon quelques commandes pour les verreries (?). Saint-Gobain est encore client de la Sarre, mais les conquêtes faites dans l’Aisne après la Guerre n’ont pu en général être maintenues, quand la restauration des Mines du Nord fut achevée et l’Aisne n’achetait plus que 7.388 tonnes en 1931. Le domaine sarrois se limite donc de ce côté aux départements de la Marne (59.539 tonnes) et des Ardennes (28.667 tonnes); encore, dans ce dernier, la métallurgie emploie-t-elle de préférence aux charbons de la Sarre des houilles maréchales de Lorraine, du Nord ou de Belgique.
C’est dans la direction du Sud et du Sud-Est que les progrès ont été les plus sensibles parce que l’importation rencontrait moins de résistance de la part des charbonnages locaux. Les plus gros clients sont le Doubs, la Saône-et-Loire (à cause du Creusot) et surtout le
(1) Chiffres de 1931 (pour les Mines domaniales seulement); les ventes de coke sont comprises.
(2) C’est ce qui explique que le département du Nord achète 40.980 tonnes de charbon sarrois.
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Rhône qui arrive au quatrième rang des départements français après la Meurthe-et-Moselle, la Moselle et le Bas-Rhin : dans les bonnes années, la consommation atteint presque 200.000 tonnes. Les Mines domaniales réussissent à vendre des quantités notables de charbon jusque dans les Bouches-du-Rhône et même sur le littoral méditerranéen depuis Sète jusqu’à Monaco; toutefois, les ventes sur ces points excentriques n’ont pris quelque ampleur que lorsque, pour une raison exceptionnelle, change ou grève, les charbons anglais en étaient momentanément écartés.
Dans le Centre, les ventes s’éparpillent sur un grand nombre de départements et il faut l'existence d'industries spéciales : céramique à Limoges, métallurgie à Montluçon, fonderie à Ruelle, pour relever les chiffres de la Haute-Vienne, de l'Allier et de la Charente. La limite au delà de laquelle il ne s’écoule plus que des quantités insignifiantes (inférieures à 1.000 tonnes) est soumise à des fluctuations sensibles. En moyenne, elle coïncide à peu près avec la ligne Honfleur— Rouen — Vendôme —Angoulême—Bagnères-de-Bigorre, considérée par les Chemins de fer comme limite occidentale de la zone de vente normale des charbons français. Pourtant, il est arrivé, même dans les bonnes années, que les mines de la Sarre vendissent du charbon aux forges du Boucau, aux usines à gaz de Bayonne et de Saint-Jean-de-Luz, et depuis la crise les envois par mer dans les ports français de l’Atlantique se sont faits plus fréquents : en 1932, la Gironde a reçu 28.000 tonnes de charbon sarrois. Mais ils sont là à l'extrême limite de leur effort. Le moindre relèvement des salaires ou des frets rend le marché aux Anglais.
Dans l’ensemble du Bassin Aquitain, si on laisse la Charente en dehors, la Sarre a vendu juste 10.000 tonnes.
Dans l’Ouest, les charbons du Nord affrontent les charbons anglais sans que la Sarre aït son mot à dire dans cette concurrence acharnée. Ce n’est pas tant que ses prix soient désavantageux : la différence de prix, malgré l’éloignement, est toujours minime (le Maine-et-Loire a acheté autant de charbon sarrois que les Ardennes); mais la plupart du temps les questions de qualité et les relations personnelles entre acheteurs et vendeurs jouent un rôle décisif.
Bref, l’accroissement des ventes de charbons sarrois en France, depuis 1920, tient principalement à trois causes :
19 La réincorporation de l’Alsace-Lorraine a fait passer en France les quelques 1.500.000 tonnes qui, avant la Guerre, figuraient sous la rubrique « Allernagne ». Il faut noter d’ailleurs que, même avant la crise, il n’y avait pas eu, contrairement à ce qu’on aurait pu espérer,
augmentation des ventes de ce côté (1), l'accroissement de l’activité industrielle ayant profité non à la Sarre, mais à ses concurrents français ou allemands. Les livraisons de charbons de réparations, dont le port de Strasbourg a su habilement tirer parti, ont même partiellement refoulé les charbons sarrois.
20 L'augmentation de la consommation en Meurthe-et-Moselle. Dans les cokeries lorraines, les gras de la Sarre sont aujourd’hui couramment mélangés avec les charbons belges ou hollandais pour produire un coke équivalent à celui de la Rubhr.
30 La conquête de débouchés nouveaux dans le Bassin Parisien et surtout dans le Bassin Rhodanien. Lyon, où avant la Guerre quelques maisons seulement écoulaient de faibles tonnages, est devenu le grand entrepôt charbonnier du Sud-Est. Un combustible qui jadis n’intéressait que quelques gros clients est devenu de consommation courante dans la petite industrie et les foyers domestiques. Bref, dans la moitié de la France, le charbon sarrois s’est associé intimement à la vie économique du pays.
Résultats d'autant plus remarquables qu’au même moment les charbons lorrains avaient à se faire une place sur le marché national. Bien que possédant en somme les mêmes caractères que les charbons sarrois, ils n'étaient pas dans les mêmes conditions au point de vue commercial. La différence essentielle réside dans le fait que les mines lorraines ne trouvent pas sur place une agglomération humaine et industrielle susceptible d’absorber une partie de leur production (abstraction faite du Territoire de la Sarre qui, effectivement, achète en moyenne 200.000 tonnes de charbon lorrain).
Les houillères lorraines n’ont qu’une clientèle locale insignifiante (?), désavantage compensé, dans une certaine mesure, par le fait qu’il existe entre elles, la métallurgie lorraine et les groupements de producteurs français, des relations qui font totalement défaut aux Mines domaniales. Les trois sociétés ont constitué en 1928 un organisme commercial commun, la Société de vente des Charbons Lorrains ou Charlor, dont la compétence s'étend à 29 départements de l'Est et du Centre; pour les ventes à l'étranger, dans les départements éloignés
(1) Consommation de l’Alsace-Lorraine en charbons sarrois :
LOIRE TR Cm cite la0 7002 MIOnneS 1980 Ra tr M AR NR denmrnt re Mes Eee CE TOO TO NE (y compris les fournitures aux Chemins de fer).
(2) La faïencerie de Sarreguemines achète son charbon à la fois en Sarre et en Moselle.
et dans la région parisienne, chacun des participants a conservé sa liberté d'action. Dès sa constitution, Charlor a conclu une entente avec les mines sarroises en vue d’une politique commerciale commune. L’accord établit la parité des prix, au départ de Béning, entre les charbons lorrains et certaines catégories-types de charbons sarrois. Le marché est partagé entre les deux organismes proportionnellement au total des ventes.
Répartition des ventes de charbons lorrains en 1931 (en 1.000 tonnes) (?).