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LA PRODUCTION DE COURANT ÉLECTRIQUE

Il existe en Sarre trois catégories de producteurs : les Mines, les Usines métallurgiques, les Centrales d'intérêt public.

Les Mines possèdent quatre grandes centrales électriques : Louisenthal (38.000 kw. installés), Heinitz (13.000 kw.), Weïher (23.000 kw.) et Fenne (60.000 kw), soit en tout 134.000 kw. installés et une production de 354,8 millions de kilowatts-heure en 1931. Toutes ces centrales marchent au charbon, sauf Heinitz qui utilise.le gaz de la cokerie des Mines. Sur cette production, 3 % sont consommés par les centrales elles-mêmes, 90 % par les Mines, 7 % sont vendus aux

(1) BLEIBTREU, S. W. Zig., 21 janvier 1928.

communes, aux tramways et à certains services des Chemins de fer sarrois.

Les grandes usines sidérurgiques du Territoire : Burbach, Brebach, Dillingen, Neunkirchen, Saint-Ingbert et Vülklingen possèdent des centrales qui, pour la plupart, marchent aux gaz de hauts fourneaux. La puissance totale installée est de 76.000 kw.; la production a été, en 1931, de 289,8 millions de kilowatts-heure entièrement consommés par les usines.

Il existe enfin quatre centrales d'intérêt public : une centrale hydraulique à Mettlach (6.840 kw. installés) et trois centrales à vapeur : Sarrelouis, Homburg et Wehrden (33.000 kw.); cette dernière alimente Sarrebruck (17.000 kw.) et, en partie (20.000 kw), les forges Rüchling. Leur production a été en 1931 de 247,7 millions de kilowatts-heure. Au total, le Territoire de la Sarre avait produit, en 1929, 890 millions kwh, ce qui le plaçait au premier rang des départements français (Moselle, 881 ; Isère, 827; Pas-de-Calais, 808). En pleine crise la production s’est encore accrue et a atteint 892 millions kwh. en 1931. L’exportation de courant (46,1 millions kwh.) dépasse largement les importations (10,7 millions kwh).

Cette puissante industrie, édifiée presque uniquement sur le combustible, est-elle susceptible de rouvrir aux Mines de la Sarre un débouché qui se ferme de plus en plus au charbon brut? La question s’est posée presque en même temps que pour le gaz.

A l’époque du grand mouvement d'expansion de l'industrie allemande, vers 1926, la Sarre s’est trouvée menacée sur son propre territoire. En effet, un syndicat intercommunal qui desservait les cercles de Saint-Wendel et d’Ottweiler et qui jusqu'alors prenait son Courant à la centrale de Weiher, vota son rattachement au puissant Konzern westphalien, les Rheinische-Westjälische Elektrizitätswerke (R. W. E.); au même moment, celui-ci affermait l’usine électrique de Mettlach et projetait une ligne ,de 100.000 volts reliant Mettlach à Coblence. Cette pointe aÿdatiéuse de l’industrie rhéno-westphalienne émut vivement l'opinion sarroise. On pouvait craindre, étant donné le bas prix du courant produit en brûlant du lignite, que la clause imposant à la R. W. E. la consommation de charbon sarrois pour le courant fourni à la Sarre fût plus ou moins tournée. Cette polémique amena un revirement dans le syndicat communal et décida le gouvernement prussien, maître de la P. R. E. À. G. (Preussische Elektrizitäts AS), à imposer sa médiation, car la R. W. E., après avoir marqué un avantage, ne chercha pas à pousser plus loin ses succès. Elle abandonna même le syndicat intercommunal qui s’est rattaché à une autre S0ciété sarroise pour former en 1930 un groupement régional, la Verei-

nigte Saarländische Elektrizitäts A. G. (V. S. E.) qui dessert tout le Territoire, à l'exception du cercle de Merzig et des deux cercies de Homburg et de Saint-Ingbert, desservis par la Pfalzwerke A. G.

Ainsi les bases étaient jetées pour une nouvelle organisation de la production du courant électrique. Sans doute aucune des usines existantes ne dispose d’assez de courant pour que la construction de lignes à haute tension puisse être rémunératrice; mais il n’est pas impossible de créer un organisme de centralisation assurant la coopération des trois groupes de centrales. |

Cependant, avant de créer de nouvelles installations, il importe d'examiner les débouchés possibles du courant sarrois. En Sarre même, ils sont assez limités. La population du Territoire, malgré sa densité, ne représente pas une clientèle très importante. On évaluait sa consommation, en 1929, à 864 millions de kilowatts-heure; mais là-dessus, 600 millions n’entrent pas dans la consommation publique. Les clients vraiment intéressants sont les industries : or les forges produisent elles-mêmes leur courant et les usines de transformation employant de gros moteurs n’existent qu’en nombre limité (1).

En dehors du Territoire, les perspectives sont encore moins favorables que pour le gaz. Toute l'Allemagne, à l'Est du Rhin et au Sud du Main, sera bientôt desservie par des lignes partant non de la Sarre, mais des usines installées par les Bavarois auprès de leurs rivières et de leurs lacs. L’électrification des chemins de fer de Munich à Augsbourg, d’Augsbourg à Stuttgart n’apportera vraisemblablement pas un client nouveau à la Sarre.

Dans la région du Main, Francfort avait promis en 1929 d’acheter en Sarre 50 millions de kilowatts-heure, mais seulement dans le cas où sa consommation atteindrait un chiffre qui était loin d’être atteint en période de prospérité. D'ailleurs, Francfort s’était également engagé vis-à-vis des usines hydroélectriques en construction sur le Main : cela fait beaucoup de promesses et peu de commandes. Enfin le Hunsrück utilisera sans doute les fortes pentes de ses rivières, comme on a commencé à le faire sur la Sarre inférieure.

Du côté français, tout espoir semble bien interdit du fait de l’avance prise par les mines lorraines. Précisément, parce qu’elle ne rencontrait sur sa concession que des charbons flambants de deuxième qualité, sales et de pouvoir calorifique inférieur d’un tiers à la moyenne, la société La Houve s’était outillée dès 1910 pour transformer en électricité tout le charbon qu’elle extrayait et, déjà avant la Guerre, elle

(1) Rapport du conseiller BLock ($. Landes Ztg, 2, 4 et 6 juin 1929). Ce rapport pessimiste était inspiré par la R. W. E.

vendait du courant en France. Aujourd’hui, il existe quatre lignes à haute tension (65.000 volts) partant de Creutzwald : l’une passe par Sarrebourg, franchit les Vosges et entre en connexion avec le réseau alsacien; les autres passent par Chambrey, Amanvillers et Fontoy et alimentent la Moselle, la Meurthe-et-Moselle et les Ardennes. D'un autre côté, La Houve vend du courant au Luxembourg et un peu en Sarre (10 millions de kwh. en 1951), à l’usine à tubes de Bous. La centrale annexée à la mine de Petite-Rosselle (puits Simon) envoie du courant au groupe métallurgique De Wendel en Moselle. Sarre et Moselle consomme à peu près toute sa production. Au total, les centrales des trois houillères ont produit, en 1931, 336,2 millions de kwh., sur lesquels les houillères ont consommé 57,2 9, pour leurs propres besoins.

La quantité d'énergie vendue ne paraît pas susceptible d’une très grande extension. Le débouché alsacien peut se restreindre — déjà l'Électricité de Strasbourg a cessé d’acheter du courant à la Houve et c’est elle qui lui en fournit (?) — ou même se fermer quand les usines de Kembs entreront en service avec une capacité de production de 800 millions de kwh. (?). La Houve conservera une clientèle en Lorraine où l’électrification des campagnes n’est pas achevée et où la consommation domestique est susceptible d’accroissement. Mais les Mines de la Sarre pourront-elles participer à cet approvisionnement de la France de l'Est? La chose paraît douteuse. Si une Sarre réunie économiquement à la France n’a pas réussi — ni même cherché — à écouler du courant sur le territoire français, on peut admettre qu’elle rencontrerait des difficultés plus grandes encore le jour où la frontière douanière serait ramenée à la frontière politique.

En définitive, le débouché du courant fabriqué en Sarre n’est pas plus étendu que celui du gaz : il se borne à la région de Trèves et au Palatinat (S).

Certes, avec le gaz et l'électricité, on n’a pas épuisé tous les « ennoblissements » possibles du charbon. Reste la fabrication des carburants d’où sortira peut-être une rénovation de l'industrie houillère. Mais une grande incertitude plane toujours sur la valeur industrielle des procédés étudiés en laboratoire et surtout sur le rendement des charbons sarrois à ce point de vue. À notre connaissance, aucun essai de ce genre n’a été entrepris aux Mines domaniales depuis 1920.

(1) L'usine de la Houve a été affermée à la société alsacienne $. A. L. E. C.

(2) La société projette des lignes à haute tension reliant l'Alsace à la région de Nancy, à la Champagne (Troyes) et même au Nord de la France.

(3) Sur les 46 millions de kwh. exportés (1931), les deux tiers vont dans le Palatinat; le reste, produit par l'usine de Mettlach, dans le Bezirk de Trèves.

4. L'ORIENTATION D’AVENIR LE CHARBON SARROIS ET L'INDUSTRIE LORRAINE DU FER

Ainsi, à les examiner de près, les remèdes escomptés ne semblent pas devoir être très efficaces, d’abord parce qu’une partie du charbon sarrois doit être vendue brute — il y a ici, comme ailleurs, une «imite à la valorisation » (1) — ; puis parce qu’il sera aussi difficile de trouver des débouchés au gaz ou au courant électrique de la Sarre qu’au charbon lui-même. La distribution de gaz à longue distance se heurte dès aujourd’hui à la concurrence de la Rubr, dont les installations sont plus avancées, et aux résistances d’un groupe de villes qui défendent vigoureusement leurs intérêts régionaux. La vente du courant électrique en dehors de la Sarre ne peut guère s’opérer que dans la région comprise entre Rhin et Moselle. Un débouché aussi restreint ne suffit pas à justifier une transformation radicale des mines.

Le défaut de ces projets, qu’on a quelquefois présentés comme une rationalisation de l’économie sarroiïse, est de rechercher l'augmentation des ventes exclusivement d’un seul côté, du côté où la houille et le lignite sont à pied d'œuvre, les canalisations et les lignes rivales déjà posées.

Le paradoxe est évident et le long mot de rationalisation n’arrive pas à camoufler la politique. Il faut dire que de pareils projets ne sont qu’un leurre, destinés à calmer une opinion publique qu’inquiètent à juste titre les conséquences d’un retour possible de la Sarre au Reich, et si jamais il se trouvait des capitalistes pour en financer l’entreprise, leur réalisation servirait d’abord les intérêts du Reich, puis ceux des forges sarroises les mieux placées; mais la situation commerciale des Mines elles-mêmes n’en serait nullement soulagée.

On peut escompter davantage de la France pauvre en charbon et obligée d'importer chaque année 30 millions de tonnes de houille et de coke. Cependant, même de ce côté, les ventes sont loin d’être aisées. La concurrence des charbonnages français, celle des houillères lorraines en particulier, permettra-t-elle à la Sarre de maintenir ses ventes, quoi qu'il advienne, sur le marché français? Question qui doit être posée, en terminant, si l’on veut apprécier la solidité des liens

qui se sont établis depuis quatorze ans entre la Sarre et les consommateurs français.

(1) M. Perrin, Le bassin houiller de la Loire (Ann. Géo., 1930, p. 374).

Le développement de l'extraction à un rythme accéléré dans le Bassin mosellan et les possibilités d'extension qui existent de ce côté pourraient, en effet, faire craindre que la production des houillères lorraines ne vienne resserrer les ventes des Mines domaniales (1). Mais les puits qui pourront être ouverts, d’ici quelques années, seront erevés de tels frais de premier établissement que le prix de revient dépassera sensiblement celui des anciens puits. À mesure que l’exploitation s'étend vers l'Ouest, le charbon s’enfonce, l'extraction devient plus onéreuse; enfin, au delà de Merlebach, le faisceau des gras semble inaccessible, de sorte que les charbons à coke sont dès maintenant le monopole de la Sarre, et, en Lorraine, de Sarre et Moselle.

Pour ces trois raisons, il existe une limite au développement des mines lorraines, et ce n’est pas elles qui pourront jamais chasser la production sarroise de nos départements de l’Est.

Il est vrai que celle-ci rencontre en France d’autres concurrents plus redoutables, parce qu’associés depuis plus longtemps aux grandes puissances économiques du pays. Mais leurs résistances se sont manifestées surtout là où les Mines de la Sarre cherchaient à écouler les mêmes espèces de houille que les charbonnages nationaux; elles cesseraient dès que la Sarre apparaîtrait comme livrant à l'industrie française ce que le territoire national n’est pas en mesure de lui fournir en quantité suflisante, avant tout le charbon à coke.

Située à moins de 400 kilomètres du premier bassin minier et sidérurgique de l’Europe, reliée à lui par un excellent réseau de voies ferrées et par un système de voies navigables sinon parfait, du moins relativement facile à améliorer, la Sarre n’a pas eu, jusqu’à présent, dans le ravitaillement de la Lorraine en combustible, le rôle prépondérant qu’elle semblait appelée à jouer. Avant la Guerre, le orand obstacle était la qualité insuffisante du coke sarrois. On verra plus loin que de nouveaux procédés de cokéfaction ont fait disparaître cet obstacle. Rien ne s'oppose done plus, en apparence, à l'utilisation en grand du charbon sarrois dans tous les hauts fourneaux.

Pourtant, il s’en faut de beaucoup que la Sarre soit aujourd’hui le principal fournisseur de la Lorraine métallurgique (Moselle et Meurthe-et-Moselle). Le tableau suivant ramène à ses proportions exactes un trafic, considérable sans doute, mais dont on s’exagère souvent l'importance aussi bien par rapport à l’ensemble des achats

(1) Telle paraît être l'opinion de certains milieux financiers lorrains. Cf. L. BAILLY, conférence donnée à la Société Industrielle de l'Est, le 4 juillet 1931.

du bassin métallurgique que par rapport à l’ensemble des ventes du bassin houiller.

Si l’on considère les importations de coke, en forte diminution depuis que les forges ont installé des cokeries, on voit que les expéditions de la Sarre dans les deux départements se réduisent à moins de 100.000 tonnes, chiffre infime en proportion des quantités importées du Nord et du Pas-de-Calais, de la Rubr, de la Hollande et de la Belgique. Les Mines domaniales vendent plus de coke en Italie qu’en Meurthe-et- Moselle. Plus sérieux est l'apport de la Sarre en ce qui concerne les fines à coke : 700.000 tonnes environ pour les deux départements, soit un peu plus de 27 % de la consommation totale en 1931. La Sarre arrive ainsi au premier rang parmi les bassins étrangers, fournisseurs de fines à coke. Mais, au total, la part de la Sarre était, en 1931, inférieure non seulement à celle des bassins français du Nord, mais à celle de la Belgique, de la Hollande et du Bassin de la Ruhr. Le bassin houiller le plus proche est encore celui qui fournit le moins.

Peut-on espérer davantage? Si les seules données du problème étaient d’ordre géographique et technique, la navette fer-charbon s’'établirait sur une grande échelle (1). Mais les forges lorraines sont enserrées dans un réseau financier aux mailles multiples qui orientent leurs achats autant que leurs ventes. Le nom même d’une société — Forges et Aciéries du Nord et de l'Est — est le symbole de la soudure réalisée dans l’après-guerre entre nos deux grands bassins industriels. Il en résulte que les forges lorraines, de plus en plus, achètent leur coke aux mines associées du Nord et expédient leurs demi-produits vers les usines de transformation du même bassin. Le Nord a pris ainsi la place de la Ruhr et de la Sarre.

Du moins, en ce qui concerne, non plus le coke, mais les fines à coke, la Sarre ne trouve-t-elle que des concurrents étrangers, car les bassins français — Moselle à part — expédient peu de charbon métallurgique dans l'Est. Mais ces charbons étrangers que la Lorraine importe ne sont souvent étrangers que par la statistique : ils proviennent de ces mines de la Campine ou du Limbourg, que les industriels français ont contribué à prospecter, dans lesquelles ils sont intéressés et auxquelles ils s’adressent de préférence.

Aïnsi l’obstacle qui met trop souvent la Sarre hors circuit dans ses rapports avec l’industrie française n’est pas tant la frontière, dont les intérêts privés se jouent si aisément, que le statut juridique : mines d’État, elles sont pour le capitalisme français à l'instar de Fe De LL APS a ha

(1) Il n’y a pas aujourd’hui, à proprement parler, de navette puisque É même train

qui a amené le minerai ne ramène pas le charbon; mais il y a des trains réguliers dans les deux sens.

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