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LA SIDÉRURGIE 371

a) Dislocation du groupement sidérurgique sarro-lorrain. — Pendant la Guerre, plus heureuses que les usines françaises, les forges sarroises avaient peu souffert des bombardements et échappé complètement aux destructions systématiques; mais le retour de l’Alsace-Lorraine à la France allait ébranler la sidérurgie sarroise dans ses fondements. Les usines-sœurs furent, après 1918, placées sous séquestre et, à partir de 1921, vendues à des consortiums français. Les concessions dé minerai du bassin de Thionville suivirent le sort des forges lorraines ou bien furent attribuées à de nouvelles sociétés françaises. La Sarre perdait à la fois la fonte et le minerai. Mais elle ne devait pas rester longtemps aussi complètement isolée. Les sociétés françaises qui avaient racheté les usines lorraines ne pouvaient demeurer indifférentes à la situation de la Sarre. L’une avait intérêt à conserver un débouché pour ses demi-produits, l’autre, à contrôler une fabrication rivale de la sienne. De son côté, le gouvernement français, pour des raisons politiques, ne pouvait qu’encourager cette tendance de la métallurgie lorraine.

De là, en 1920, un vaste mouvement de capitaux qui fit passer la majorité des actions de quatre grandes forges sarroises entre des mains françaises. La Société des forges de Dillingen où, déjà avant la Guerre, 42 %, du capital était français, passa sous le contrôle d’un groupe français (1) qui avait constitué la Société des Mines et Usines de Redange-Dilling. Neunkirchen, qui appartenait à la famille Stumm, devint une société anonyme où 60 % des actions passèrent (jusqu’en 1926) au groupement français des Forges et Aciéries du Nord et Lorraine (?) qui était devenu propriétaire des biens possédés autrefois par les Stumm en Lorraine (Uckange). Le Halberg, autre possession des Stumm, passa sous le contrôle de Pont-à-Mousson qui, comme l'usine sarroise, fabrique des tuyaux de fonte. Saint-Ingbert, qui. appartenait à la Deutsch-Luxemburgische, suivit le sort des usines luxembourgeoises de ce groupe et passa entre les mains de la Hadir ($), société luxembourgeoise à capital en majorité français. Burbach demeura la propriété de l'Arbed (*), société luxembourgeoise où 30 %, des actions appartiennent à des Français (Schneider). Seules les deux sociétés de Vülklingen demeurèrent exclusivement allemandes.

(1) Marine-Homécourt, Micheville, Pont-à-Mousson, Aciéries de France, Alais. (2) Aciéries du Nord et de l’Est, Pont-à-Mousson, Louvroil, Bessoneau et Tréfileries d'Angers, etc. Depuis 1926, la participation française a été réduite à 15 % environ; à l’heure actuelle 40 % des actions appartiennent à la famille Stumm, le reste à un groupe international dont le principal membre est l'industriel rhénan O. Wolff. (3} Hauts fourneaux et Aciéries de Differdange, Saint-Ingbert et Rummelange. Le président du Conseil d'administration est le même que celui de Redange-Dilling. (4) Aciéries réunies de Burbach — Esch — Dudelange.

L'industrie de transformation suivit le mouvement. La part des Mannesmann dans les usines de tuyaux de Bous tomba à 40 %, le reste étant racheté par des usines à tubes françaises. De même la tôlerie de Dillingen, l’émaillerie de Fraulautern, la fonderie Dingler et Karcher, les ateliers Ehrhardt et Sehmer, pour ne citer que les principales firmes, passèrent ainsi sous le contrôle de sociétés françaises fabriquant des produits analogues ou complémentaires. Ce ne furent plus seulement les puissants trusts lorrains, mais des groupes du Nord, de l'Alsace et de la région parisienne qui -participèrent à ce mouvement. Ainsi Louvroil et Recquignies s’intéressèrent aux tubes, la Société alsacienne de Mulhouse aux constructions mécaniques, la Société de Dietrich (Niederbronn) aux aciers moulés, les Émailleries de Creil, à lusine de Fraulautern. Mouvement financier de grande envergure qui, complétant celui de la métallurgie lourde, aurait pu conduire à une prompte intégration de la Sarre dans Péconomie française.

Il faut noter cependant que cette francisation partielle de la sidérurgie sarroise n’a pas rétabli l’état de choses antérieur à la Guerre. D'un côté en effet, si une partie des forges sarroises qui ont conservé, directement ou par sociétés interposées, des concessions minières dans le bassin de Thionville, reçoivent le minerai au meilleur prix, les forges de Vülklingen, et, depuis 1926, celles de Neunkirchen, supportent les frais du bénéfice de la société minière, bénéfice qu’on évaluait du côté allemand à 15 francs par tonne en 1927 (1). D'autre. part, sans même envisager cette espèce de tutelle que constitue le contrôle financier de certaines entreprises par un groupe de capitalistes intéressés ailleurs à la même fabrication, il est évident que les forges sarroises n’ont plus leurs coudées franches vis-à-vis de la sidérurgie du bassin de Thionville. Les anciennes « sœurs » d'Uckange, de Thionville (?) et d’Esch devenues aujourd’hui des rivales pour la production de la fonte, le seront peut-être demain pour l'acier et les produits finis. En bref, avant la Guerre, la sidérurgie du bassin de Thionville et celle de la Sarre étaient solidaires; aujourd’hui elles ont des intérêts différents, parfois opposés.

b) Transformations dans l’approvisionnement de la sidérurgie sarroise, — La première conséquence du nouvel état de choses a été la diminution progressive des expéditions de fonte lorraine én Sarre;

(1) Carrezzrert [6], p. 243. L’estimation paraît forcée, même pour 1927, et. elle ne correspond plus du tout à la réalité depuis 1929.

(2) Arrêtée en 1933,

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les importations de minerai de fer ont eu une marche inverse, au moins jusqu'à la crise.

Importations de Lorraine en Sarre (en tonnes) (1).

Fonte brute Minerai DORE En = 140.967 2.680.539 TOATELISP ESS Er 53,661 3-095.308

La Sarre a importé, en 1932, 2.806.000 tonnes de minerai de fer et de manganèse, dont 2.413.000 tonnes (86 %) venant de Lorraine : quantités très inférieures à celles de 1913. Mais on ne saurait prendre comme base les chiffres d’une année où la sidérurgie mondiale a été si durement éprouvée; ou du moins faut-il placer en face de ces chiffres les tonnages records atteints en 1929. Sur une importation totale de 5.610.000 tonnes, la part de la Lorraine avait été alors de 4.868.000 tonnes et celle de la France entière de 5.120.000 tonnes, la différence entre les deux derniers chiffres étant représentée par du minerai normand que les forges sarroises ont commencé d’acheter depuis la Guerre en petites quantités. L'augmentation a été générale . et certaines forges, Dillingen et Brebach, n’emploient plus que du minerai lorrain.

Les expéditions des différents bassins lorrains se répartissaient

ainsi (1931) (?) :

Passinde Nancy. D ETE 146.000 t. re DONNE rte 169.000 M er TA 110-000 3.317.000 &.

le Thionville mme: +0 1892, 000

Depuis la Guerre les ventes de la Meurthe-et-Moselle ont procressé plus que celles de la Moselle. La part des mines de la Moselle dans l’approvisionnement de la Sarre, qui était de 71,7% en 1913, n’est plus que de 96,5 o, en 1931. Ceci encore est un effet de la rupture des liens entre les forges mosellanes et la Sarre. Celles des sociétés sarroises qui ont conservé leurs concessions en Moselle continuent de s'y approvisionner. Ainsi Dillingen tire son minerai siliceux de Redange (Moselle) et de la mine Oberkorn

(1) Statistique des Douanes pour 4922 et des Chemins de fer sarrois pour

(2) Statistique de l'Administration française des Mines (B. C. F. n° 4208).

(Luxembourg); Burbach exploite activement sa concession d’Algrange (Moselle) et fait venir un supplément de Redange. Brebach tire son minerai de la mine du Halberg (Luxembourg) et de plus en plus d’Auboué (Bassin de Briey). Mais les forges qui n’ont plus de concessions ont dû passer des contrats avec les mines et dans ce cas elles s'adressent aux bassins de Longwy et de Briey où la teneur est plus élevée que dans le bassin de Thionville. Vôlklingen est demeurée fidèle à la mine de Knutange (Moselle), mais, pour remplacer sa concession de Valleroy, elle demande du minerai à Tucquegnieux (bassin de Briey); Neunkirchen s’approvisionne à Hussigny-Godbrange (bassin de Longwy); enfin Dillingen, qui autrefois tirait son minerai calcaire de Fontoy (Moselle), a dû, après l'épuisement de sa concession, s'adresser aux mines d'Homécourt et Anderny (bassin de Briey).

Les transports se font pour 95 % environ par voie ferrée : via Audun-le-Tiche— Thionville Hargarten ou Bettembourg—Thionville; seules les expéditions du bassin de Nancy empruntent la voie d’eau. Le transfert des achats de Moselle en Meurthe-et-Moselle entraine, là où il s’est produit, un supplément de parcours; mais c’est un sort commun aux forges de la vallée de la Moselle qui, établies sur les affleurements, voient le minerai s’éloigner d’elles à mesure que le centre de l'extraction se déplace vers l'Ouest.

La faible teneur en métal du minerai lorrain, même quand il s’agit des meilleures mines du bassin de Briey qui contiennent au maximum 35 % de métal pur, nécessite l’adjonction dans le haut fourneau d’une proportion de ferraille allant jusqu’à 10 % de la charge; et ce qui est une précaution utile à l’aciérie Thomas devient le principe même de la fabrication de l’acier Martin. L’importation de minerai doit donc être complétée par des achats de ferraille. En effet, la production locale est assez faible. Les chutes de laminoirs et les déchets des forges représentent en moyenne 10 % de la production totale d’acier, soit 200.000 tonnes au maximum. Les mines et les chemins de fer de la Sarre fournissent 15.000 tonnes par an, peu de chose pour des besoins qui atteignent de 400.000 à 500.000 tonnes (1).

La Sarre doit donc importer de grosses quantités de ferraille qui viennent pour la plupart de France. Leur exportation hors du Territoire douanier français étant interdite, le ravitaillement des usines sarroises se trouve assuré, théoriquement du moins, car certains

(1) Ce chifire représente la production moyenne du Territoire en acier Martin.

On admet en effet que la quantité de ferraille consommée par un four Martin est égale à sa production d’acier. En réalité le rendement d’acier du four Martin ne représente que 90 % en moyenne de la charge; mais celle-ci ne comprend de la ferraille que pour 90 %, le reste étant fourni par du minerai ou de la fonte.

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pays, notamment l'Italie, en faveur de qui jouent des dérogations (1), disputent à la Sarre les vieux fers du Nord et de l'Est, et les prix sont généralement très fermes.

La Sarre importe en outre des scories riches en fer, spécialement des scories de fours à puddler. Un centre sidérurgique secondaire comme les Ardennes peut ainsi contribuer à l'approvisionnement d’un grand bassin métallurgique.

C’est encore la France qui fournit la castine, qu’on ajoute en proportion variable au minerai pour le rendre plus fusible. Les carrières ne manquent pas sur le plateau de Muschelkalk (Kerprich-Hemmersdorf pour Dillingen, Bübingen pour Burbach, Wittring pour Vôülklingen; seule cette dernière forge utilise la voie d’eau pour ces transports).

Après la France, c’est le Luxembourg qui est le principal fournisseur de minerai. Ses expéditions en Sarre, après avoir atteint en 1926 un chiffre plus que double de celui de 1915, sont depuis lors en régression (?).

AO ER Rien nee 240,000 tonnes RONA RTE ES PT OMS 1OSAGIUERE TÉPREE PRRNNREEPEITERTe PAT MODS LS INR RE 543.883 — HOTTE NE à DRE BAS OU — TOP ER De 299.000 — CNT TE NS FO RTE EE 295.000 — 103088 ere. péri dne ira 20-000 POSTER PS EE ce 193.540 — LOS D Ed re se 180 MR

Plus éloigné que la Lorraine, le Luxembourg n’a maintenu ses ventes que par suite des liens qui unissent les mines de l’Arbed à Burbach. Mais ces longs transports de minerai ne tarderont pas à prendre fin puisque les réserves exploitables du Luxembourg seront, suivant toutes probabilités, épuisées dans vingt ans.

Jusqu'en 1928, la Sarre a continué d’acheter dans le bassin allemand de la Lahn-Dill des tonnages sensiblement égaux à ceux d’avant-guerre : 152.000 tonnes en 1928 contre 178.000 tonnes en 1913. La moitié environ était destinée à Neunkirchen, la plus septentrionale de toutes les forges sarroises. À la place des minerais suédois

(1) Une autre exception est faite pour l'Allemagne, qui reçoit des ferrailles de la

Sarre. 7 (2) 5. W..5., Heft 6, p. 30. Les chiffres donnés par la statistique de la Chambre

de Commerce de Luxembourg diffèrent assez sensiblement.

et espagnols que la Sarre n’emploie pas, le minerai allemand, assez riche (39 % de fer) et contenant un peu de manganèse, joue dans les lits de fusion le rôle de minerai « noble » destiné à améliorer la qualité des fontes spéciales. Depuis la crise, ces ventes sont tombées à presque rien (14.374 tonnes en 1932). L’épuisement des mines (?), où l'exploitation ne se maintient que grâce aux secours du gouvernement, et l'élévation des frais de transport justifient cet abandon

c) Solidarité durable. — La prépondérance de la France est donc écrasante. Elle fournit à elle seule 91,3 %, (1982) des importations de la métallurgie sarroise en minerai, alors que la part de l'Allemagne est tombée au-dessous de 1 %, et celle de tous les pays étrangers réunis, en dehors de la France et du Luxembourg, à 2,2 % seulement. Il suffirait d’une grève en Lorraine pour arrêter les dix-sept hauts fourneaux actuellement en activité. C’est vraiment une dépendance totale. Le fait mérite considération. Qu'un centre sidérurgique soit dans la nécessité de faire venir la totalité de son minerai de mines situées: à 100 kilomètres et plus, cela ne constitue plus aujourd’hui une anomalie. Que ces importations proviennent pour les neuf dixièmes d’un seul fournisseur, c’est déjà plus rare. La Rubhr, qui d’ailleurs ne demande à l’étranger que les trois quarts de sa consommation, dispose de la production suédoise, française ou espagnole, de sorte qu’elle peut, suivant les circonstances, se couvrir d’un côté ou de l’autre.

Le cas de la Belgique se rapproche déjà davantage de celui de la Sarre puisque la première doit importer 98 % de sa consommation en minerai de fer; mais elle ne demande à la France que les deux tiers de ses importations, le Luxembourg fournit le reste; le bassin sarrois seul est dans la dépendance exclusive de la France. Or, l'union douanière n’est assurée que jusqu’en 1935. Peut-on concevoir le maintien de ces relations si la frontière est reportée entre la France et la Sarre ? |

On notera d’abord que le cas est fréquent d'industries qui travaillent une matière première provenant en totalité de l'étranger. Toutefois, dans ce cas, elles n’ont jamais la sécurité dans leurs approvisionnements. À l’époque où les filatures européennes recevaient tout leur coton des États-Unis, il a suffi d’une réduction de l'exportation

(1) La production du bassin de la Lahn-Dill et de la Haute-Hesse est tcmbée à 583.415 tonnes de minerai en 1930.

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américaine pour provoquer une crise en Europe. Certes, il n'est pas probable que la France élève, dans un avenir rapproché, de nouveaux hauts fourneaux. Mais il n’est pas invraisemblable de supposer qu’elle puisse être amenée à restreindre les exportations de minerai.

Les réserves du bassin de fer lorrain ne sont pas ce qu’on imaginait dans l'enthousiasme des premières prospections : immenses, quasi illimitées comme celles du bassin houiller de la Rubr. En tenant compte de toutes les couches exploitables dans les conditions actuelles, on les avait évaluées au Congrès de Stockholm à 5 milliards de tonnes; une estimation plus soigneuse faite en 1929 les a ramenées à 4,155 milliards. Si le chiffre d'extraction atteint en 1929 (47,9 millions de tonnes) s’était maintenu, le bassin aurait dû être épuisé dans quatrevingt-six ans. La crise, en abaïissant l’extraction à un chiffre inférieur de moitié à celui de 1929, a prolongé d'autant l'existence du bassin minier. Mais ce n’est qu’un sursis. On a beau ménager le minerai, exploiter les couches pauvres, reprendre le toit partout où cela est possible, récupérer jusqu'aux poussières de hauts fourneaux, les réserves s’épuisent rapidement. On fonde grand espoir sur l’enrichissement des minerais pauvres; mais les expériences en cours n’ont pas encore donné de résultats décisifs.

D’autre part, l'exploitation devient de plus en plus difficile à cause de l'abondance des venues d’eau. Celles-ci augmentent en raison directe de la surface exploitée. Sous les coups répétés du dépilage, c’est tout un karst artificiel qui prend naissance, avec sa formidable circulation souterraine, ses dolines, ses sources vauclusiennes. Le volume d’eau exhauré en 1930 a été de près de 170 millions de mètres eubes, soit un peu plus de # m° 5 par tonne de minerai; ce qui représente une charge supplémentaire atteignant pour certaines mines 6 francs par tonne. L’exhaure risque ainsi de provoquer l'abandon de certains quartiers, ce qui réduirait encore l'estimation citée plus haut.

Dans ces conditions, il est tout à fait normal que le gouvernement français se préoccupe de réserver le minerai à l'industrie nationale. Une commission réunie à cet effet en mai 1929 avait proposé différentes mesures de sauvegarde, entre autres la suppression des avantages de transport dont bénéficient actuellement les exportations de minerai; on avait même envisagé l'institution d’une taxe de sortie ou d'un contingentement des exportations. La crise seule a différé leur mise en application.

Certes on aurait tort de croire, du côté français, que le maintien des exportations de minette soit une question de vie ou de mort pour la sidérurgie sarroise. Faute de minerai, celle-ci peut renoncer à la

production de la fonte et se consacrer à la fabrication d’aciers spéciaux (1). Ce que tente actuellement notre métallurgie du Centre, la Sarre peut le réaliser quand elle le voudra, et dans de bien meilleures conditions, puisqu'elle dispose du coke en abondance. D’autre part, le contingentement des exportations est une arme à deux tranchants. Il risque de frapper durement des mines qui sont outillées pour une exploitation à grand rendement, et indirectement les sociétés métallurgiques intéressées à ces mines.

Mais il est des circonstances où les intérêts particuliers doivent s’effacer devant l'intérêt général. Il n’est pas absurde de supposer que le gouvernement français puisse un jour contingenter l’exportation du minerai, comme il l’a fait: pour les ferrailles, et placer ainsi la sidérurgie sarroise dans des conditions très difficiles, car on ne transforme pas en un jour un outillage destiné, pour les trois quarts, à la production et à la transformation de la fonte Thomas. Les métallurgistes sarrois sont donc prévenus : il dépend d’eux de continuer à être assimilés aux industriels français.

Mais si le contingentement des exportations de minerai de fer est dans l’ordre des choses possibles, s’il constitue une menace grave pour la Sarre, il ne saurait modifier la situation géographique. Or celle-ci est telle que le débouché sarrois est aussi utile aux mines lorraines que la minette aux forges sarroises. Contingents et prohibitions n’ont qu’un temps; une solidarité permanente unit les forges sarroises au bassin minier lorrain.

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