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LES FABRICATIONS DE BASE :/FONTE ET ACIER

Le développement de la sidérurgie sarroise est marqué depuis plus d’un siècle par un accroissement continu de la production de fonte, obtenu en augmentant le nombre de hauts fourneaux et leur capacité de production.

En 1810, il existait, dans les limites du Territoire actuel, 6 hauts fourneaux d’une capacité de production moyenne de 1 tonne par 24 heures; mais par suite du chômage saisonnier, la production totale n’atteignait pas 2.000 tonnes. On manque de documents d'ensemble pour suivre les progrès pendant les quarante années suivantes. À des périodes de grande activité succédaient des périodes de dépression; l’une de ces périodes de prospérité fut le début du Second Empire : de 1854 à 1864 le nombre des hauts fourneaux passa de 8 à 13, la capacité de production journalière de 15 à 30 tonnes; en 1864, la production de fonte du Bassin de la Sarre atteignait 64.000 tonnes.

Ce chiffre permet de faire le point, avant qu’intervienne la grande crise qui devait ébranler la sidérurgie allemande. A partir de 1862,

(1) Une minorité cependant luttait pour défendre ses syndicats, notamment le Syndicat chrétien (catholique) brimé par le patronat pour des raisons confessionnelles. Cf. GaBez [162].

la Prusse adopta une série de dispositions libre-échangistes, qui aboutirent en 1873 à la suppression de tout droit d'entrée sur la fonte et le fer. La crise, retardée par la victoire de 1870-1874 et par l'impulsion nouvelle donnée aux entreprises industrielles, éclata en 1874 quand le marché allemand, déjà envahi par les fontes anglaises, vit refluer sur lui les produits de l’industrie lorraine. L'Allemagne du Sud-Ouest fut particulièrement éprouvée. Les hauts fourneaux du Warndt (Styring et Creutzwald) furent alors définitivement éteints. En Sarre même, 4 hauts fourneaux sur 15 furent arrêtés; la production baissa de moitié; la nouvelle usine de Vülklingen ferma momentanément ses portes. La commission d'enquête instituée en 1878 et dans laquelle le maître de forges de Neunkirchen, Charles-Ferdinand Stumm, joua un rôle prépondérant, se prononça pour le retour au protectionnisme. Dès 1879 le rétablissement d’un droit sur les fontes et les fers devait amener une amélioration; deux ans plus tard, l’invention du procédé Thomas allait donner définitivement à la Sarre la base minière indispensable à une grande industrie. Le nombre des hauts fourneaux s’éleva de 15 à 25; leur capacité, de 50 tonnes en 11880 à 105 tonnes en 1900, 170 tonnes en 1913. Parallèlement, la production de fonte ne cessait de s’accroître, passant de 239.847 tonnes ‘en 1883 à 436.073 tonnes en 1893, 735.968 tonnes en 1903, à 1.370.980 tonnes en 1913. Bien que le progrès eût été plus rapide dans les dix dernières années d’avant-guerre, par suite de la mise en activité de plusieurs hauts fourneaux, l’accroissement de la production de fonte avait été inférieur à celui du reste de l'Allemagne et du Luxembourg, et la production des cinq grandes usines sidérurgiques sarroises, après avoir représenté 9 % de la production totale du Reich en 1909, n’en représentait plus que 8,1 % en 1913.

La production d’acier s’était accrue beaucoup plus vite. Jusque vers 1860, la Sarre avait surtout livré du fer puddlé et corroyé et elle trouvait dans la fabrication des rails et des traverses pour les chemins de fer naïssants un débouché rémunérateur. La fabrication de ces produits se poursuivit même après l'invention du procédé Bessemer, parce que ce dernier demandait d’autres minerais que la minette (1). En 1860 la production d’acier de coulée atteignait tout juste 14 tonnes, dix fois moins que la production d’acier de cémentation! Mais aussitôt après l’invention du convertisseur Thomas la Sarre se tourna vers l’acier de coulée. La première aciérie Thomas est ouverte à

(1) Pour ne pas perdre la clientèle des Chemins de fer qui, depuis 1880, demandaient des rails en acier, Saint-Ingbert dut un moment faire venir de l’acier Bessemer d’une petite aciérie de Kaïserslautern (W. KrÂMERr [170], p.136.)

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