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APPARENCES RÉVOLUTIONNAIRES ET TRADITIONNALISME PROFOND

En décrivant par le menu le genre de vie des ouvriers métallurgistes, on retrouverait d’autres ressemblances avec les mineurs. Il est plus instructif de noter les différences.

La première vient de l’inégale sécurité de l'emploi. On a vu que les Mines, administration d’État, traitaient leur personnel avec des ménagements inconnus dans l’industrie privée. En période de crise, les premières multiplient les journées de chômage, les forges licencient brutalement tout ce qui n’est pas d’un bon rendement.

Les attaches rurales sont bien moins marquées dans la métallurgie que dans les mines. La proportion des ouvriers mariés, et par suite celle des propriétaires, est beaucoup moins forte que dans les mines (1). Duhamel, directeur de la forge de Geislautern, notait déjà en 1806 : « Il n’y a point de forgeron à qui le maître d’usine ne fournisse un jardin, un petit champ pour y récolter des pommes de terre, quelquefois une portion de pré pour nourrir ses bestiaux. Si un maître de forges voulait s'affranchir de cet usage, il serait bientôt abandonné de ses ouvriers. » La transformation des forgerons en prolétaires était donc chose faite, puisqu'ils demandaient un lopin de terre en se faisant embaucher.

Ces forgerons habitent principalement à la ville née de la forge (dans des dortoirs ou dans des logements fournis à bas prix par l’usine). Ainsi la moitié du personnel des usines Rôchling réside à Vôlklingen même, sous la coupe des patrons et à la disposition des ingénieurs, en cas d'accident. Depuis la Guerre, on note une tendance à la dispersion, qui est encouragée par les usines. Les dortoirs restent vides; les ouvriers habitent de plus en plus loin, parfois en dehors du Territoire. La ligne de la Prims permet aux ouvriers du cercle de Wadern de venir chaque jour travailler aux forges de Vülklingen. Mais la proportion de ces errants est encore bien inférieure à celle

(1) La proportion des célibataires, qui est de 30 % dans les mines, varie entre 40 et 50 % dans la métallurgie lourde.

qu’on observe dans les mines; d’habitat-comme de goûts, l’ouvrier de forge, en Sarre, est un urbain.

Enfin, on peut relever entre les mineurs et les métallurgistes des différences de salaire, bien qu’il soit délicat de généraliser à cause de la multiplicité des catégories et de variations qui ne sont pas toujours simultanées. L’ouvrier métallurgiste est une entité. S'il peut passer pour un manœuvre quand il travaille à la cokerie ou au haut fourneau, il monte d’un rang quand il arrive à l’aciérie, de deux quand il est employé aux laminoirs. Quant aux ouvriers de l’industrie de transformation, ce sont tous des ouvriers qualifiés, parfois des ouvriers d’art pour lesquels le salaire à la tâche compte plus que le tarif.

Chose curieuse, la situation de ces métallurgistes en face des mineurs a changé à plusieurs reprises depuis un siècle. Pendant longtemps les mineurs ont été, à catégorie égale, moins bien payés que les ouvriers de forge. Ainsi en 1861, d’après le Landrat du cercle de Sarrebruck, un mineur recevait de 160 à 180 thaler par an, un maître forgeron 1 thaler par jour, un simple ouvrier 20 groschen. Peu à peu, à mesure que le travail du mineur au fond des puits se faisait plus pénible et que les besoins de charbon augmentaient, la situation du mineur se releva. À la veille dela Guerre, un mineur gagnaït probablement quelques pfennigs de plus que l’ouvrier de forge (1); mais plus que cette faible différence de salaires importait le niveau social nettement supérieur.

Dans l’après-guerre cette différence s’est atténuée. Les Mines ne peuvent pas accorder à leurs ouvriers du jour des salaires inférieurs à ceux que donne l’industrie privée; elles ne peuvent pas non plus régler comme elles l’entendraient le salaire des ouvriers du fond, parce que les syndicats s’opposent à ce qu’il y ait trop de différence entre les diverses catégories. Le résultat est une tendance au nivellement général des salaires.

Si les mineurs ne constituent plus aussi nettement qu'avant la Guerre une sorte de classe privilégiée au sein du prolétariat, du moins conservent-ils l’ascendant moral de leur profession. L'esprit corporatif est moins profondément enraciné chez les métallurgistes. Ici plus d’uniforme ou de fête patronale, mais l'habitude des meetings, le goût du journal politique, l’audace des démonstrations dans la rue. D'autre part, à la ville l'emprise sociale est moins forte que dans les villages de mineurs et les métallurgistes, échappant souvent à la

(1) Toute comparaison est rendue impossible par le fait que la statistique des forges (GARTELLIERI [6], pp. 259), comprend les allocations familiales dans le salaire, alors qu’elles en sont exclues dans la statistique des Mines.

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tutelle des syndicats, déclanchent volontiers des grèves « sauvages », c’est-à-dire sans préavis. C’est parmi eux que le parti communiste recrute le plus d’adhérents.

Mais tout ceci est nuance peu prononcée. Agités et bruyants par comparaison avec les mineurs, les ouvriers métallurgistes appartiennent bien à la même espèce de prolétariat, plus soucieuse de bienêtre que de libertés politiques. Il n’y a pas si longtemps que, les Stumm régnant en « Sarrabie », les ouvriers votaient docilement pour leur seigneur et maître (1).

La révolution de 1918 et le départ des Stumm les ont émancipés : mais ils n’ont pas beaucoup changé. Plus qu'aux Spartacistes de la Rubr, ils ressemblent à ces ouvriers lorrains qui, logés, nourris, assurés et instruits, quelquefois enterrés par la firme qui les emploie, n’ont plus guère de liberté et n’en sont pas moins contents.

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