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NE TR TERRE

ANNE AREA

LA SIDÉRURGIE 401

Neunkirchen en 1882; trois ans après, le baron Stumm présentait à l'exposition d'Anvers des poutrelles en acier Thomas dont les qualités furent très remarquées. Peu à peu les convertisseurs basiques ou les fours Martin remplacèrent les fours à puddler, quoique avec une certaine lenteur (1), et la production d’acier s'élevait, en 1913, à 2.079.821 tonnes, soit 12,2 % de la production du Reich. La Sarre produisait donc en 1913 beaucoup plus d’acier que de fonte, la différence provenant des usines-sœurs du bassin de Thionville.

A l’heure actuelle nous nous trouvons en présence d’une situation très différente. La production de fonte, quis’était élevée à 2.104.940 tonnes en 1929, est retombée, au plus fort de la crise, à 1.349.493 (1932); pour l'acier, les chiffres respectifs sont 2.208.909 tonnes et 1.463.429 tonnes.

La grande nouveauté c’est que la Sarre produit aujourd’hui presque autant de fonte que d’acier. Ceci est la conséquence directe du retour à la France des usines-sœurs. Aussitôt après 1920, la métallurgie sarroise continua de faire venir de la fonte de Lorraine, du Luxembourg et même de la Ruhr; peu à peu ces importations tombèrent à rien. Le Territoire a reçu, en 1931-1932, 63.145 tonnes de fonte, moins qu’il n’en a exporté. Ce résultat a été obtenu avec un nombre de hauts fourneaux inférieur à celui de 1913 (17 en activité — sur 30 existants — au lieu de 26 en activité — sur 28), mais avec des appareils d’une capacité de production accrue (400 tonnes en moyenne au lieu de 170 tonnes).

Alors que la production de fonte se développait ainsi, celle d’acier marquait le pas. Tandis que pour la fonte le chiffre de 1913 était dépassé dès 1925, il a fallu attendre 1929 pour voir la production d’acier dépasser celle d’avant-guerre, et encore de 3 % seulement. Or, pendant le même temps, la France, dans ses limites d’avant-guerre, augmentait sa production de 43,2 %, l'Allemagne, dans ses limites actuelles, de 35,7 %, la Belgique de 66,7 %, le Luxembourg de 100 %.

Cette stagnation de la Sarre s'explique par plusieurs causes. Tout d’abord, pendant la Guerre et dans les premières années de l’aprèsguerre, la production d’acier avait, dans le Territoire de la Sarre,

Paissé beaucoup plus que dans n'importe quel état belligérant

(le chiffre de 1919 représente seulement 34 % de celui de 1913) (2). Le terrain à regagner était donc considérable. En second lieu il faut

(1) Les derniers fours à puddler ne furent éteints qu’en 1912 à Neunkirchen et en 1913 à Saint-Ingbert, et ils subsistent encore dans l’industrie de transformation.

(2) Rappelons que l’aciérie Thomas de Saint-[ngbert, arrêtée en 1914, produisait 200.000 tonnes d’acier par an.

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tenir compte de la médiocrité de l’outillage. Pendant longtemps l’effort des sociétés sarroises s'était porté sur les filiales lorraines et elles avaient négligé de moderniser les installations des usines-mères. Une forge sarroise en 1920, avec ses machines hétéroclites et ses constructions poussées au hasard, tenait souvent du parc à ferraille plus que de l’usine modèle : «Luna Park », disaient en plaisantant les ingénieurs de Burbach. Pourtant le besoin de moderniser l’outillage se fit sentir moins qu’en France, où beaucoup d'usines avaient été détruites, et moins que dans le Reich où les conflits de salaire sans cesse renaissants et les facilités offertes par l'inflation poussèrent de bonne heure les industriels à rationaliser leurs entreprises. Il a fallu attendre 1926 pour que, les capitaux devenus abondants, les forges sarroises se dotassent de lavoirs à charbons agrandis, de nouveaux trains de laminoirs marchant à l'électricité, de cokeries modernes, d'installations de concassage, etc., et pour que se généralisât l’utilisation des gaz substitués à la vapeur pour l’alimentation des centrales électriques.

Enfin, on verra plus loin les difficultés spéciales rencontrées par la métallurgie sarroise pour s’adapter aux conditions douanières qui lui étaient faites par le Traité de paix.

Cette stagnation relative de la production d’acier constituait une condition défavorable pour adhérer au Cartel international de l'acier. Le pacte signé en 1926 par les représentants des métallurgies allemande, française, belge et luxembourgeoise avait pour but de régulariser la production en l’adaptant aux besoins de la consommation. Il était conclu entre des états qui tous avaient retrouvé leur niveau de production d’avant-guerre : il constituait donc une consolidation des avantages acquis, en même temps qu’un engagement de subordonner désormais les progrès de chacun à la prospérité commune. Seule la sidérurgie sarroise n’avait pas retrouvé son chiffre d’avantguerre au moment où elle adhéra au Cartel. Le pourcentage qu’elle obtint, appliqué au contingent global initial de 27.500.000 tonnes, ne représentait que sa production réelle de 1925 (1). Donc, en acceptant de limiter désormais sa production, ou de payer des amendes lorsqu'elle dépasserait son contingent, la Sarre s’interdisait l'espoir de regagner le terrain perdu par rapport à ses voisins. Sans doute la Sarre ne pouvait guère rester à l’écart d’une entente franco-allemande; du moins est-il permis de trouver que la situation faite aux Sarrois ne réservait pas suffisamment l’avenir. Car s’il leur fut aisé de se plier à la discipline du Cartel tant que les contingents furent

(1) Le contingent mensuel de la sidérurgie sarroise fut fixé à l’origine à 132.870 tonnes alors que la production mensuelle de 1913 était de 173.319 tonnes.

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accrus, ils devaient fatalement éprouver une gêne plus grande que leurs voisins quand il fallut, au début de l’automne 1929, réduire une production qui dépassait à peine le chiffre de 1913.

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