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L’ORIENTATION NOUVELLE

Si, du point de vue français, le jugement à porter sur ces accords de 1926-1928 peut sembler douteux, il est incontestable qu’ils ont eu sur la sidérurgie sarroise les effets les plus bienfaisants, Ils ont délivré les producteurs de l’obsession du moratoire douanier et leur ont permis de reconquérir, en partie du moins, leurs anciens marchés. Ils ont placé la métallurgie sarroise dans une situation exceptionnellement favorable, puisqu'ils établissaient en fait le libre échange entre la Sarre et les deux groupements voisins. Dès lors, l'influence du protectionnisme douanier étant éliminée, on pouvait s’attendre à voir les courants de vente s'établir conformément aux conditions géographiques. I1 s’en faut que ce facteur se montre aussi prépondérant. Les traditions commerciales antérieures, les attaches financières des sociétés métallurgiques avec d’autres groupes, enfin l’inégale activité des marchés, expliquent que les ventes n’aient pas pris toujours la direction que le géographe trouverait la plus normale.

a) Le Territoire de la Sarre. — Dans ses limites actuelles, le Territoire de la Sarre absorbe en moyenne deux fois et demi plus de produits sidérurgiques que le district ferroviaire de la Sarre n’en retenait avant-guerre.

Une partie de cette augmentation revient au bâtiment qui, de 1925 à 1929, a fait preuve d’une prodigieuse activité. Des milliers de maisons individuelles, une centaine de blocs de maisons à plusieurs étages ont surgi, taches claires sur le fond sombre des forêts ou la

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grisaille immuable des villes : les poutrelles et les barres ont trouvé là leur principal débouché.

Mais c’est surtout l’industrie métallurgique de transformation qui, à l’intérieur du Territoire, a absorbé des quantités croissantes d’acier, et rien ne montre mieux quel parti elle a su tirer du nouvel état de choses. On a vu plus haut qu'aussitôt après la Guerre un certain nombre de sociétés de la petite métallurgie avaient essaimé des filiales dans le Reich. D'autre part, en 1925-1926, à la faveur de difficultés financières, certaines sociétés ont pu éliminer le capital français ainsi les forges de Homburg, repassées sous le contrôle des Stumm; ou encore la firme Ehrhardt et Sehmer, dans laquelle l’Alsacienne de Constructions mécaniques a perdu sa place prépondérante. L’industrie de transformation a pu ainsi conserver sa clientèle du Reich et, par l'intermédiaire de celui-ci, recevoir sa part des commandes russes. .

En même temps elle acquérait en France un nouveau débouché. Les fonderies d’acier, par exemple, se sont, dès le début, orientées vers POuest. Déjà en 1924, l'usine Dingler et Karcher écoulait en France les deux tiers de sa fabrication; soit directement, soit par l’intermédiaire des usines alsaciennes de Reichshoffen et de Graffenstaden, elle comptait dans sa clientèle les réseaux de l'Est et d’Alsace-Lorraine ainsi que les grandes usines d'automobiles (engrenages Citroën). Les sociétés de construction métallique Seibert et Heckel ont vendu des quantités considérables de charpentes, de ponts, appareils de chargement et de déchargement en France et dans les colonies, notamment en Indochine. Les émailleries de Fraulautern font mieux : elles ne vendent qu’en France et dans les colonies. Mais le principal bénéficiaire ‘de l’union douanière avec la France fut l’industrie électrotechnique, nouvelle venue en Sarre, qui devait s’enter solidement sur le vieux tronc de la métallurgie. Dès 1925, la société Brown-Boveri, de Mannheim, fondait une filiale à Sarrebruck. D’anciennes firmes sarroises, comme la maison Adt, se sont transformées pour satisfaire à la demande du Territoire et de l’Alsace-Lorraine. Certains établissements sarrois ont même été jusqu'à fonder des filiales en France — à Forbach, par exemple — pour parer à toute éventualité : mouvement de sens inverse de celui de la construction mécanique, mais de même nature.

Cette faculté de déménagement ou de bouturage est un privilège de la petite industrie. La métallurgie lourde, attachée moins à ses matières premières qu'à ses installations, pour suivre la clientèle dans les mouvements que commandent les droits de douane ou les tarifs de chemin de fer, n’a d'autre ressource que de créer dans le

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