‹ La Région Industrielle SarroiseChapitre 167 sur 270 · LORRAINE · texte numérisé non relu

LORRAINE

Merlebach Engelfangen | Wérschweiler

(1590-16 ..). (?-début xvrre siècle).| (début xvire siècle) Vieille-Verrerie Ludweiler Oberwürzbach

(1618-1750) et Wilhemsbronn (fin du xvrre siècle).

Creutzwald | (1616-1620?). Rohrbach (1705-1805 Clarenthal (?-vers 1752).

et 1817-1820). (1660-1723). Mariannenthal

Nouvelle-Verrerie Werbeln (1784-1918).

(1718-1770 (1687-1705). (Schnappach (1810-?)

et 1828-1886). Lauterbach Neu-Forweiler (1707-1773).

(Bourg-Dauphin) Carlshbrunn(St-Nicolas) | (vers 1710, apr. 1800). (1717-1791).

Schôüneck Fischbach (1787-1882). (1721-1747).

Merchweiler | (vers 1700-vers 1890)

Quierschied (1779-1914).

Gersweiler (1760-1850).

Cela fait un total d’une trentaine de verreries présentes ou passées. Si nombreuses qu’aient été les anciennes forges, elles n’ont jamais pullulé de la sorte : pas un village du Warndt qui n’aït eu sa verrerie, Beaucoup n’ont eu qu’une existence éphémère : elles mériteraient, autant que les forges, le nom d’usines « volantes ». D’autres ont res-

suscité : telle la Nouvelle-Verrerie fondée en 1718 par le seigneur de Forbach, arrêtée en 1770 et remplacée par une tuilerie. En 1828, un particulier y rallume les feux et installe une fabrique de verre qui, ne pouvant supporter la concurrence des verreries sarroises, disparut en 1886 (1).

Si on examine la répartition de ces établissements, on remarque que les verreries disparues étaient situées toutes sans exception en bordure ou au cœur de la région forestière Warndt—Kôllertaler Wald, tandis que les verreries actuelles — et par actuelles nous entendons celles qui étaient en activité en 1920 — sont installées sur le bassin houiller, à l'endroit où le charbon affleure et où il a été le plus anciennement exploité. Cette localisation différente met en évidence l’importance primordiale qu’a eue le combustible pour la fixation des industries.

Les anciennes verreries du Warndt étaient chauffées au bois. Propriétaire ou fermier, le verrier obtenait du souverain en même temps que la concession de l’usine, le droit de procéder à des coupes dans les forêts voisines (2). Ces coupes n'étant généralement pas limitées, les dégâts furent considérables (3); le prix des bois s’éleva et des difficultés commerciales apparurent, qui se traduisirent par de fréquentes interruptions d’exploitation.

Les premières verreries fondées par le comte de Nassau-Sarrebruck marchèrent également au bois. Dès le début du xvirie siècle, on se préoccupa de limiter les affouages. Comme la mesure était insuffisante, le souverain chercha à substituer le charbon au bois pour le chauffage des fours. La première verrerie au charbon fut celle de Friedrichstal, demeurée jusqu’en 1914 le centre de l’industrie verrière en Sarre. À l’imitation de ce qui s’était passé pour le bois, le souverain accordait au propriétaire le droit d’extraire la houille à proximité de l’usine. C’est l’origine de ce « privilège charbonnier » qui devait fixer définitivement l’industrie verrière dans la contrée.

Dès le début, en effet, l'emploi du charbon se révéla plus économique que celui du bois : tandis que les verreries au charbon allumaient de nouveaux feux, les verreries au bois, généralement situées loin des routes, périclitaient et disparaissaient l’une après l’autre. Les dates

(1) Jahrburch d. Ges. {. loth. Geschichte, Band X XIII, p. 213.

(2) Lauer à publié de nombreuses Bestandsbriefe (lettres d’amodiation) du xvrre et xvirre siècle. Voici à titre d’exemple la disposition relative à la verrerie de Clarenthal (1714) : « Zu der Glashütten wollen wir Sie das Holz in unserer Waldung bey der Glasshütte hauen lassen, doch dass Sie solches oberhalb der Glashütten und nicht unterhalb gegen der Saar zu hauen. »

(3) Rapport de l’administrateur des forêts du comté de Nassau-Sarrebruck en 1725. (A. Coblence, Abt.22 N 2, 3487 B1.2.)

Le

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de disparition sont significatives. Elles suivent, à vingt-cinq ans d’intervalle, les fondations de verreries au charbon dans les vallées de la Sarre et du Sulzbach. Inversement, la seule verrerie lorraine qui ait survécu à la Révolution et à l’Empire fut celle de Schôüneck, située à proximité de la mine de Gersweiler. Quelquefois ce sont les mêmes verriers qui ont abandonné leur usine du Warndt pour aller en fonder une autre sur le charbon : tels ces Dern qui, après avoir repris en 1809 l'exploitation de la verrerie de Saint-Nicolas, arrêtée pendant la Révolution, constatant la difficulté de s’approvisionner en combustible, demandèrent l'autorisation de transférer leur industrie dans la vallée et fondèrent, en 1812, l'usine de Fenne, une des deux plus importantes verreries actuelles (1). Ainsi la migration des usines s’est accompagnée d’une migration d'hommes et de capitaux; ce Drang nach Osten est un fait qui compte dans l'explication du peuplement.

A partir de 1880 se produisit une nouvelle transformation : au chauffage des fours directement à la houille, on substitua le chauffage au gaz produit dans des gazogènes. Ce système ne modifia pas la localisation des usines, tant que celles-ci produisirent elles-mêmes leur gaz. Mais du jour où les forges se mirent à vendre le gaz de cokerie qu’elles ne pouvaient pas consommer, se dessina un regroupement des verreries. À l’heure actuelle seule la verrerie de Fenne emploie pour une partie de ses fabrications le gaz de cokerie (8 millions de mètres cubes en 1932); Saint-Ingbert, qui est relié à la cokerie d’Altenwald, ne tardera pas à adopter ce procédé, si ce n’est déjà fait. Or ces deux usines sont précisément les deux seules qui n’ont pas arrêté leur fabrication pendant la crise : on peut penser que leur situation géographique n’y a pas été étrangère. i

Cependant le chauffage au gaz de cokerie n’entraîne pas forcément une nouvelle concentration dans l’industrie verrière, bien au contraire. Le transport du gaz à longue distance supprime ou réduit à peu de choses les frais de transport de combustible et, à condition de ne pas s’éloigner du grand tronc gazier, les verreries pourront désormais abandonner le terrain houiller. Comme l'emploi de la force électrique dans les Alpes, la diffusion du gaz doit entraîner d’abord une poussée de dispersion industrielle. Mais cette indépendance acquise par la verrerie est sans intérêt pratique, quand d’autres facteurs, matières premières ou main-d'œuvre, la retiennent à la même place.

Le sable est, depuis l’origine, la matière première essentielle. Aussi les pays de grès ont-ils été toujours des pays de verreries. En Lorraine, Baccarat, Cirey, Saint-Quirin, Saint-Louis, Vallerystal, Goetzen-

. (4) Rapport de l’ingénieur Duhamel (mai 1811), A. N. F 1075.

bruck, Meisenthal sont établis sur la bande de Grès bigarré ou à sa limite; les anciennes verreries du Warndt jalonnent le même affleurement géologique. Au saillant que dessine le Buntsandstein vers l'Est jusqu’à Landstuhl, correspond une avancée des verreries dans le Palatinat : Wôrschweiler, Oberwürzhach, Rohrbach, Schnappach, usines aujourd’hui disparues, mais qui jadis eurent sur place leur sablière. La potasse était également produite dans le Pays aux Bois et les cendres provenant de la combustion du bois étaient recherchées par des équipes de ramasseurs au service des verreries; l’exportation de cette marchandise précieuse était interdite avant la Révolution, aussi bien en Lorraine que dans le comté de Sarrebruck. Enfin la chaux provenait de la côte du Muschelkalk. Ainsi, à ce point de vue encore, les anciennes verreries sarroïses se trouvaient favorisées.

Au xixe siècle, l’industrie a pris l'habitude, pour obtenir des pro duits plus fins, d'employer des matières premières que la contrée ne fournissait pas. Le sable du Grès vosgien a été abandonné à cause de ses impuretés et remplacé par du sable blanc de Fontainebleau; depuis deux ans, par des sables du bassin de Cologne qui, bien que transportés par fer, reviennent meilleur marché que le sable français transporté par eau. La potasse de cendres n’est plus employée; on utilise soit la potasse de Stassfurt ou de Dessau, soit, comme ce sel est trop cher, la soude de Sarralbe qui donne des verres à peine moins clairs et moins sonores. Il n’est pas jusqu’au fondant calcaire qu’on ne fasse venir soit de la région de Vaucouleurs, soit de Champagne. Sans doute l’industrie sarroise peut recevoir par canal la plupart de ces produits; mais, si elle n’est pas précisément mal placée à ce point de vue, elle ne l’est pas mieux que ses concurrents français ou belges.

Elle conserve du moins l’avantage de la main-d'œuvre. La verrerie est, avec la céramique, une des industries où l’habileté manuelle de ouvrier demeure le plus nécessaire. Cependant il faut distinguer entre les différentes branches de la fabrication. Les objets en verre pressé, verres à bière, cendriers, compotiers, ete., sont fabriqués à la machine et en série. Il en est de même des verres de table pour lesquels on emploie à Saint-Ingbert des machines Fourcault. On verra que l’introduction de ces machines est précisément à l’origine de la crise qui a éprouvé la Sarre après la Guerre.

Mais toute une partie de la fabrication échappe encore à la machine : c’est celle des bouteilles et des verres creux. On a bien essayé d'introduire des machines soufflantes, mais elles livrent des articles incomparablement moins fins et même moins réguliers, de sorte qu’il n’est pas question pour le moment de généraliser leur emploi. L’habileté professionnelle de l’ouvrier demeure un des facteurs essentiels

de cette industrie. L’apprenti — on dit en Sarre : Je gamin — doit entrer jeune à l'atelier s’il veut avoir l'honneur de souffler dans la canne du verrier : sinon il reste un manœuvre. On est verrier de père en fils, et LAUER cite une usine employant 500 ouvriers où l’on en comptait 30 du même nom. Il arrivait autrefois que ces ouvriers, par leur intelligence et leur habileté, s’élevassent jusqu’au rang de chef d'entreprises : devenus patrons, ils vivaient au milieu de leurs ouvriers, attentifs à leur travail plus encore qu’à leurs besoins. La transformation des plus grosses affaires en sociétés anonymes n’a pas encore complètement fait disparaître ce trait archaïque et on continue de désigner une usine plutôt par le nom de son directeur que par le lieu de son emplacement.

Un pareil milieu ne s’improvise pas et on ne concoit pas la migration d’une verrerie sans l’essaimage d’une partie de son personnel. Lorsque la verrerie de Sulzbach a fermé ses portes en 1929, les pères de famille ont été embauchés à Saint-Ingbert, les célibataires envoyés en Saxe, à Torgau : comme les colonies antiques, une verrerie emporte avec elle sa flamme et ses jeunes gens.

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