B. —— LA GRAND’RUE DE LONGEVILLE-LÈS-SAINT- AVOLD
Au printemps, les fumiers font place, devant les maisons, aux tas de bois; à proximité de la forêt de Longeville le village en est abondamment pourvu.
Cliché Alran.
D.— ScÈNE DE VILLAGE C q À Dan LE Plirscav “3 DCIERIE-FERME AU MILIEU DES BOIS s Entre Saint-Avold et Hombourg, un vieux moulin à oudre sert Une paysanne, le mouchoir noué NA ; P os na (ete TE Ne SÉHeNeMeET à la fabrication de fibre de bois. de Simmental attelées au cha- Cliché Atran.
riot rempli de betteraves.
Cliché G. Banon
LES PAYS SARROIS 17
Quels que soient la nature du sol et le mode d'économie rurale, le peuplement est toujours le même.
Au centre du terroir, dans un vallon où se rassemblent les eaux de source, abritée des vents, la population vit groupée autour du clocher (?). Il y a bien quelques fermes isolées, mais jamais plus de deux ou trois par commune. Ce village rural de la Lorraine orientale est, sauf le cas assez rare où le relief vient l’émietter, exactement le même que celui de toute la Lorraine : mêmes files de maisons contiguës, même disposition côte à côte de l'habitation, de l’étable et de la grange (?). Les pièces de l'habitation : « poêle » (Stube) avec fenêtre sur la rue, cuisine éclairée seulement par une flamande et chambre à coucher donnent sur un vestibule central qui communique également avec l’étable. Dans le Sud-Est seulement, entre Bitche et Sarreguemines, un escalier extérieur conduit à un cellier qui s'ouvre, sous un beau cintre de pierre, à côté de la porte. Rien n’est prévu dans la maison pour les aisances. Mais entre la façade et la chaussée se trouve une place élargie appelée « parge », soigneusement pavée, où l’on range le long chariot si encombrant, les instruments aratoires, le bois, et où le fumier trône au premier plan.
Il est vrai qu'ici, dans la Lorraine annexée, l'Administration allemande, en imposant la fosse en ciment et la pompe à purin, l'avait rendu inoffensif. L’Administration française n’a pas eu le même succès. À ce détail près, il n’est rien dans ce tableau qui ne soit commun à toute la Lorraine et la similitude d’aspect ne peut que refléter des genres de vie identiques. Effectivement, toute cette région vit | de l’agriculture : Boulay, Bouzonville sont de paisibles marchés et si Sarreguemines s’est développée, c’est qu’elle participe par la vallée à une vie autrement intense et variée.
Entre les différents aspects de ce paysage, il existe une évidente - harmonie. Les grandes lignes simples du plateau, ses ondulations sans mollesse, son absence totale d'agrément, mais non de charme, font un cadre digne des paysans vigoureux et taciturnes qui l’habitent. Même si cet accord d’impressions n’était que subjectif, les traits physiques et humains conserveraient leur réalité; ils suffisent pour faire entrer le plateau qui s’étend de Remilly à Saint-Avold,
(1) L’habitat isolé est si peu dans les traditions lorraines que beaucoup de fermes sont exploitées par des étrangers, notamment par des Suisses Mennonites que leur religion autant que la situation écartée de leur ferme maintient en dehors de la vie commune. $
(2) La présence de la grange est caractéristique de la maison du laboureur, c’està-dire du paysan aisé qui possède un attelage; la grange disparaît dans la maison du manœuvre.
RÉG. IND. SARROISE 2
de Sierck à Sarralbe, dans ce grand ensemble qui constitue la région lorraine.
Historiquement d’ailleurs, ce plateau a toujours appartenu au duché de Lorraine. Il faisait partie du bailliage d'Allemagne dont la capitale fut d’abord Vaudrevange, puis Sarreguemines. Les possessions des princes allemands, comté de Créhange (sur la haute Nied) et surtout comté de Saarwerden (1) n’ont jamais été que des enclaves, dont aucune ne correspondait à un « pays ».
Dès lors, on comprend que ce plateau de la Lorraine orientale ne porte pas de nom propre ni historique ni géographique. On dit seulement : der Gau (de pagus — le pays). Entendons par là : le bon pays (c’est le même sens que dans la Région Rhénane où le terme s'applique à de riches bassins agricoles comme le Kraichgau, par opposition aux montagnes boisées). Mais le Gau, c’est aussi le pays aux terres fortes où la culture est pénible (?). C’est ce double caractère de terre à labours et de richesse que les habitants associent aujourd'hui encore à ce nom commun.