LE PASSÉ
L'emploi du coke dans la métallurgie ne remontant guère, en Sarre, à plus d’un siècle,on pourrait croire que l’industrie chimique est d’introduction récente. Il n’en est rien. Au milieu du xvirte siècle de petits industriels brûlaient du charbon pour fabriquer du noir de fumée ou bien le distillaient en vase clos pour obtenir des goudrons et des huiles bitumineuses qui servaient à l'éclairage dans les mines et parfois à l'éclairage des rues (1). Le coke n’était alors qu'un sous-produit, utilisé dans certaines fonderies de plomb ou d’argent, mais impropre au haut fourneau.
On s’arrêtera un instant à cette curieuse industrie du noir de fumée, à laquelle un faubourg de Sarrebruck, Russhütte, doit son nom. En 1809 on comptait dans l'arrondissement de Sarrebruck trois fabriques (Illingen, Malstatt, Saint-Ingbert) et la production atteignait 131.000 kilogs. Elle était en presque totalité exportée en Allemagne, où le noir de fumée servait à la fabrication du goudron et de lencre d'imprimerie. Ces usines disparurent dans la première moitié du x1x® siècle, quand les gouvernements prussien et bavarois retirèrent aux industriels la concession des petites mines qui leur fournissaient la matière première.
D’autres industries chimiques se maintinrent plus longtemps. Il existait depuis la fin du xvune siècle deux fabriques d’alun, l’une à Dudweiler, fondée en 1720, l’autre à Saint-Ingbert, qui toutes deux travaillaient les schistes alunifères (2). A la seconde était annexée
(1) Fersen [128].
(2) L'exploitation de Dudweiler aurait eu comme origine la concentration naturelle de l’alun au pied de la « Montagne brûlante», une colline d’où sortent quelques vapeurs malidentifiées. Cf. HaBeL [180 bus].
une fabrique de sel amer. En outre un Francfortois, Vopelius, avait fondé à Sulzhbach une fabrique de bleu de Prusse et de sel ammoniacal qui eut une grande renommée pendant la période française. La production relativement considérable (17.000 kilos de bleu de Prusse et 12.000 kilos de sel ammoniacal d’après l'Annuaire de 1809) était exportéeen Suisse, en Allemagne et en Hollande. L'usine a disparu après 1870, mais elle explique la présence à Sulzhbach d’une petite fabrique de colorants.