‹ La Région Industrielle SarroiseChapitre 196 sur 270 · VE · texte numérisé non relu

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F1G. 31. — HENRIVILLE, VILLAGE DE COLONISATION RÉCENTE (Fragment de la carte d'État-Major au 1/80.000 f. Sarreguemines).

Village fondé en 1608 par le duc de Lorraine. Au centre d’un finage aux limites géométriques (sauf à l’O) le village occupe un rectangle plus petit, découpé en parcelles perpendiculaires à la rue. Fossilisation remarquable des traits au peuple-

ment rural. Le village immédiatement au N, Fareberswiller, donne un bon exemple de village-nébuleuse.

Le village-nébuleuse est actuellement localisé dans les régions boisées et de relief accidenté, mais il a eu jadis une plus grande extension. Sur l’Atlas de Duhamel (1809), les maisons de tous les villages de la Sarre sont représentées espacées les unes des autres et disposées de façon quelconque par rapport à la rue. Aujourd’hui encore le plan incohérent de beaucoup de villages de la Lorraine allemande révèle qu'ils appartenaient aussi à ce type : tous ces villages devaient ressembler à des hameaux. C’est d’ailleurs l'impression qu’on éprouve quand un dessin ou un tableau nous a conservé les traits de l’ancienne agglomération, comme pour le village de Roth (canton de Sarregue-

mines) (1). Le village-nébuleuse apparait ainsi comme la forme d’agglomération la plus ancienne dans un pays pauvre et de cireulation difficile, où la terre n’avait pas beaucoup de valeur, et où la route n'avait pas encore polarisé le peuplement. Peut-être le désordre des maisons est-il un reste de l’époque où la maison suivait le champ dans ses déplacements (°).

Depuis le xviue siècle, le village-nébuleuse est en régression devant le village-route sous une double influence. L'établissement de voies de communications a multiplié les relations avec le dehors; la substitution de la pierre au bois ou au torchis a fait ressortir deux avantages du mode de construction par maisons contiguës : 1l est plus économique et assure une meilleure protection contre le froid. Cependant on ne peut pas négliger le fait que les villages de colonisation récente ont été souvent peuplés par des Lorrains : sur un terroir neuf, plus encore que chez eux, ils devaient éprouver le besoin de se serrer les coudes. Par opposition au village compact, mais sans forme définie, tel qu'il existe sur le plateau du Palatinat occidental, le village allongé apparait comme un type plus spécialement lorrain.

On peut établir une distinction parallèle dans les maisons rurales. La maison du village-route est la maison élémentaire lorraine, maintes fois décrite : habitation, étable et grange réunies SOUS le même toit; étable à côté de l'habitation pour permettre au cultivateur la surveillance des bêtes (3); grange opulente, à large cintre de pierre, habitation ne donnant sur la rue que par un corridor d’où l’on pé-

(1) La même photographie a été publiée par J. TouBA (B. S. A. 5., 1927) et H. ConrTAminE [232], I, p. 112.

(2) Il existait encore vers 1860, dans le Hochwald, de ces maisons volantes, chaumières en bois et en torchis, composées de deux pièces dont on démontait la char-

pente et le colombage; cf. N. Fox [186], p. 59.

(3) On trouve aussi la grange entre l’étable et la maison; cette disposition devient de plus en plus fréquente en avançant vers l'Est sur le plateau.

Dans les fermes isolées, les bâtiments d'exploitation sont généralement distincts de Fhabitation. Voici comment en 1793 le procès-verbal de séquestre de la cense de Forbach (Verrerie Sophie) décrit les bâtiments de ferme : « Un corps de bâtiment situé en ladite commune, détaché des autres maisons, de 39 X 29 pieds. Le rezde-chaussée est composé d’une allée, d’une cuisine, d’un poêle, de quatre chambres, le premier étage d’un corridor et de six chambres, au-dessus sont des greniers. Un autre bâtiment en continuation au précédent, de 82 X 29 pieds, composé d’une écurie des bêtes à cornes sous laquelle est une cave voûtée qui a sa porte d’entrée au dehors, d’une écurie des chevaux avec des greniers à foin au-dessus, un battoir avec ses engrangements, un appentis adossé contre le mur de face du derrière où sont les rangs de porcs; le tout en assez bon état et couvert de tuiles plates. » (Cité par J. TouBA [209], Forbach IT, p. 20.) Ici les deux bâtiments étaient sur la même ligne; on trouvait aussi la disposition en équerre ou sur deux lignes parallèles de façon à limiter une sorte de cour.

nètre dans la « Stube », la salle où l’on se tient, jadis recevant sa chaleur de la cuisine voisine par la taque d’âtre, aujourd’hui chauffée directement par un poêle. Les autres pièces sont disposées en enfilade derrière la « Stube » et éclairées, soit par une flamande, soit par une lucarne donnant sur le corridor. C’est d’abord la cuisine chauffée par l’âtre, avec un escalier conduisant à la cave, puis la chambre à coucher, parfois le cellier et le four. Il n’y a généralement pas de chambre à l'étage, mais un simple grenier éclairé par des lucarnes ouvrant au-dessus des fenêtres. La toiture, souvent plus allongée du côté jardin et peu inclinée, porte des tuiles rondes. C’est donc une maison basse et en profondeur.

Déjà à l'extrémité orientale du Plateau Lorrain, dans le Gau, le type présente des signes d’altération. La maison se développe à la fois en hauteur et en longueur. Au premier étage (Ovenuf), une ou deux chambres s'ajoutent au grenier. Au rez-de-chaussée, on observe un dédoublement des pièces d'habitation. Sur le corridor, de latéral devenu central, s’ouvrent d’un côté la cuisine et une chambre à coucher, de l’autre la « Stube » et une autre pièce, où l’on installait jadis le métier à tisser, transformée aujourd’hui en chambre à coucher. Il n’y a plus de « pièce borgne », les chambres prenant jour par des fenêtres sur le jardin. La transformation s’annonce dans les fermes isolées — un bel exemple est fourni par le Sermlinger Hof, à l'Ouest de Kerlingen — puis elle s'étend aux maisons rurales de villages (fig. 32).

Dans la dépression sarroise on ne rencontre plus que ce type de maison en longueur. La maison élémentaire demeure la règle, exception faite du Bliesgau, où quelques fermes à cour centrale (Webenheim, Mimbach) sont les premiers représentants d’un type courant dans l’Allemagne occidentale et en Alsace (1); mais elle est de proportions plus amples. Plus de ces maisons étriquées, où la place de Phomme semble mesurée par un arpenteur avare. Jadis les forêts fournissaient en abondance les trones pour la longue poutre maîtresse et le colombage (?). La maison de pierre a conservé la même disposition. Le toit plus haut, toujours symétrique, porte des tuiles plates, les seules que permette la forte inclinaison. Les fenêtres se multiplient : dans les nouvelles maisons, on en fait même sous le pignon, ce qui est rare dans les vieilles maisons à colombage.

(1) H. Keuru [193]. D’après cet auteur la limite entre la maison ruralè de type lorrain. et la maison de type franconien passerait à peu près par Neunkirchen, Kirkel et Reinheim. Il y aurait eu, au xvzre siècle, pénétration de la seconde dans le domaine de la première qui n’en demeure pas moins le type dominant. :

(2) « La facilité qu’on avait de se procurer le bois de chêne (en Ardenne) explique en partie les amples proportions des vieilles maisons. » BouTry, La forêt d’ Ardenne (Ann. Géo., 1920, p. 264).

Praxcae XXVII

A. MAISON DE GULTIVATEUR À HANWEILER (2 km. au N.-O. de Sarreguemines).

Maison élémentaire : habitation (à un étage), grange (avec cintre lorrain), étable. Construction entièrement en pierre. Toit fortement incliné couvert de tuiles plates. La disposition en équerre des petites maisons de manœuvre (au fond) et le mur qui masque le fumier annon-

cent la cour centrale qu’on trouve déjà dans le Bliesgau. Ctiché R. C.-R.

(7 km. à l'O. de Saint-Wendel).

Maison élémentaire, avec dispositif en longueur : habitation (à un étage), grange (sans cintre), étable. Construction en pierre et à colombage, avec façade blanchie à la chaux. Toit (récent) fortement incliné, couvert de tuiles mécaniques. de

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