B. — UNE ROUTE A SURVEILLER
Entre Rossbruck et Merlebach, sur 1.400 mètres, la route de Saint-Avold à Forbach forme frontière entre la Sarre et la France. A droite, en territoire français, pas une maison; à gauche, une annonce effrontément qu’on
en territoire sarrois, les constructions neuyes se pressent. Chac peut s’y ravitailler en tabac, liqueurs et, depuis le 1°r février 1934, en essence d’automobile. Cliché R. C.-R.
En somme le problème capital qui se posait aux maçons: assurer un éclairage suffisant en réduisant au minimum les pertes de chaleur, a reçu deux solutions différentes. La Lorraine a adopté très anciennement la plus économique : on a construit une pièce centrale sans fené-
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Flan du Rez-de-Charssée
Fic. 32. — MAISON DE CULTIVATEUR A BETTSTADT (Cercle de Sarrelouis)
(Maison datant de plus de 100 ans, rebâtie en 1924 sur le même plan).
tre, mais éclairée d’en haut par un vitrage, et on y a installé l’âtre qui, par l'intermédiaire de la taque, constitue une sorte de chauffage central primitif. Ailleurs on a percé une fenêtre dans chaque pièce et chauffé directement celle-ci par un poêle. C’est la solution qui a prévalu en Sarre, d’ailleurs assez tardivement, les premiers poêles
n’apparaissant guère qu’au xvirie siècle. Il est permis de penser que l'emploi de la houille dans les foyers domestiques, emploi qui se généralise précisément à cette époque, n’y a pas été étranger (1).
Dans ces maisons en longueur un souci de coquetterie apparaît, inconnu dans les prosaïques maisons du Gau : la façade est couverte d’un badigeon de couleur claire, les dessus de porte et les appuis de fenêtre montrent une décoration de style rustique. Ce qui se traduit de la sorte, c’est moins une transformation dans la mentalité paysanne qu’un changement dans la nature des matériaux : le grès poreux et humide nécessite un enduit pour combattre l'humidité; d'autre part, il se prête mieux que le calcaire coquillier au ciseau des artisans villageois; peut-être aussi, dans ce pays de forêts, la maison conserve-t-elle, à l’âge de la construction en pierre, les traditions ornementales de l’âge du bois.
La maison en longueur a un domaine plus étendu vers l'Ouest que le village-nébuleuse. Mais sa limite n’a rien à voir avec la limite des langues. On rencontre cette disposition des pièces déjà dans le Pays Messin; inversement, on retrouve les toits plats à tuiles rondes jusque près de Sarrelouis et même au delà de la Sarre. De ce côté, il semble. bien que la maison en profondeur soit associée au plateau calcaire et cesse avec lui (2).
Bien qu’il n’y ait pas correspondance exacte entre le domaine du village allongé et de la maïson en profondeur, du village-nébuleuse et de la maison en longueur, on a affaire en somme à deux types d’habitat qui ont leur autonomie. Le premier correspond à un genre de vie agricole très ancien et très pur, mais il n’a pris sa forme, au moins dans la Lorraine orientale et en Sarre, que peu de temps avant la guerre de Trente Ans. Le second paraît au contraire la forme primitive du peuplement, mais un peuplement de dates diverses, parfois très récent; dans tous les cas, il était associé à des genres de vie beaucoup plus variés où toutes les ressources, culture, élevage ou industrie, dérivaient de la forêt. Le Bliesgau offre un type à part. On y trouve dans une région très anciennement occupée à la fois le pisse compact et la maison en longueur, parfois la ferme à cour cenjtrale : pour cette région, et pour elle seule, on retiendra l’explication ethnique, la possibilité du maintien d’une population alamanique (#).
(1) Ce serait une confirmation de cette vue ingénieuse de P. DEFFONTAINES [254] d’après laquelle le combustible a commandé non seulement le dispositif de chauffage, mais toute l’économie de la maison.
(2) W. ZimmeërMANN ([2101, p. 28) donne une petite carte des toits à tuiles rondes dont la limite orientale reproduit la boucle du Muschelkalk, à la hauteur de Merzig.
(3) On a déjà signalé l’îlot de noms en « heim » que constitue cette région.