SUITE
D'une facon générale, jusqu'à la création des usines, Phabitat industriel s’opposait à l'habitat rural par sa dispersion. On a fait figurer les écarts industriels sur le tableau de lhabitat en 1843 (voir plus haut p. 492) : leur nombre, dans chaque cercle, dépassait alors celui des fermes et des hameaux réunis. Innombrables étaient les moulins : moulins à grains — la seule commune de Forbach en possédait 5 vers 1840, — moulins à huile — le même moulin servant quelquefois pour l'huile et pour le grain, — moulins à tan —/lexportation du tan pour la France fut longtemps une ressource du Hochwald, — moulins à tabac, moulins à papier, moulins à poudre; les scieries, les tuileries et les fours à chaux complètent la liste de ces écarts. A l'exception de ces derniers, ils étaient tous établis dans des vallons encaissés où ils utilisaient de petites chutes faciles à aménager.
Une fois installée en un lieu, l’industrie ne l’a pas quitté. Les moulins sont presque aussi anciens que les fermes monastiques. Il y avait déjà, en 1335, un moulin à Steinbach, faubourg de Sarreguemines, où se trouve actuellement une importante minoterie. La papeterie de Schwarzenacker, qui fabrique aujourd’hui le papier pour les usines Adt, remonte au x1ve siècle. Plus fréquemment encore il est arrivé que des industries différentes se succédassent à la même place. Quand les hauts fourneaux de Creutzwald eurent été éteints, on les remplaça d’abord par une petite fonderie. Lorsque Geislautern fut définitivement arrêté, le canal d’amenée des eaux servit pendant quelque temps à actionner un laminoir. Le vieux moulin à poudre situé à mi-chemin entre Saint-Avold et Hombourg (planche VIII, C) était arrêté en 1913; depuis la Guerre, on y a installé une petite scierie qui, avec du bois des environs, fabrique, pour les usines Adt de Forbach, de la fibre de bois pour l’emballage.
Cet attachement ne peut pas s'expliquer par la qualité particulière d’un emplacement : il n’est pas un ruisseau qui n’offre des conditions analogues de pente; d’autre part la main-d'œuvre étant réduite au minimum et n'étant pas spécialisée ne peut, dans ce cas, retenir industrie. Il est possible que l'existence d’un canal ou d’un jeu de roues à peu près intact ait parfois tenté les amateurs; ailleurs ce fut la route ou la clairière, le travail tout fait. On ne peut retenir une seule explication; toutes ces causes ont dû jouer à la fois. On admire la ténacité avec laquelle nos paysans lorrains ont reconstruit leurs maisons sur l’emplacement de l’ancien village dévasté; l’enracinement de l’industrie est un fait du même genre. L’homme est un magicien qui confère au lieu qu’il a une fois habité la vertu de durer.
Ces petits écarts industriels n’ont jamais beaucoup compté dans l'effectif total de la population — bien souvent le propriétaire et sa
famille constituaient toute la main-d'œuvre; — ils n’en ont pas moins exercé une action décisive sur le peuplement en constituant des points de cristallisation, autour desquels la population s’est, plus tard, rassemblée : tels, dans un silex, ces microscopiques débris autour desquels la silice s’est déposée.