SARRELOUIS
Par contre, les progrès des herbages ont été lents, insignifiants même, dans le cercle de Sarrelouis. C’est que l’économie herbagère vers laquelle s'oriente l’agriculture sarroise est fondée moins sur les prairies naturelles (1) que sur les prairies artificielles.
Jusqu'au milieu du xixe siècle, en effet, la région souffrait du manque de fourrage. Quand Louvois, en 1680, insistait pour faire semer partout des grains de foin, il connaissait bien le point faible de la province. Une communauté du Gau, Merchingen, décrit ainsi la répartition du sol en 1789 : « Le ban contient 1.800 journaux de terres arables, 120 journaux de pâquis servant de pâture, 60 journaux de terres communales, 100 fauchées de prés, 500 arpents de bois dont il y a le quart en réserve » (?). En 1809 encore les prairies n’occupaient dans le département de la Sarre que 7,6 % de la superficie totale; tandis que les terres labourables représentaient 25 %; les terres sauvages, c’est-à-dire soumises au régime de la culture temporaire sur brülis, 16,6 %. DELaAmorrEe souligne l'insuffisance des prairies : « Si on compare l’étendue de celles-ci à celle-des terres arables tant à culture continue qu’à long repos, on verra que la surface des prés ne fait pas le cinquième de celle des champs. Il est en France peu de départements où la proportion soit aussi défavorable à l’agriculture. » Dans le Griesland, les femmes allaient hiver arracher le chiendent pour le donner aux bêtes. Au xvire siècle on commença à semer des vesces dans les jachères. Le trèfle, introduit vers 1820, donna longtemps des résultats médiocres à cause de l’acidité des terres. Ce n’est que peu à peu, sous l'impulsion de l’administration, que les communes entreprirent des travaux de drainage. En 1843, Beck crée dans le cercle de Sarrelouis une école pour la «culture des prairies ». Les marais de la Bist furent desséchés à partir de 1863, ceux de la dépression palatine vingt ans plus tard. Abon- - damment chaulées, drainées et irriguées, nombre de prairies du Griesland donnent aujourd’hui des rendements en foin comparables à ceux du Gau.
La statistique agricole de 1932 fait apparaître toute l’étendue des terres consacrées à l'élevage. Il y a d’abord sur un total de 115.678 hectares utilisés par l’agriculture, 32.112 hectares de prairies (contre 78.236 ha. de terres arables et 5.244 de jardins et vergers). En outre, sur les terres arables, 10.236 hectares sont en prairies artificielles et 5.395 en betteraves fourragères. Si on tient compte du fait que cer-
(1) Il n’existe de parcs en Sarre que dans la vallée de la Blies. (2) Cahiers du Baïlliage de Bouzonville. s }
taines céréales, l’orge parfois et le maïs toujours (1), sont données en vert au bétail et qu’une partie de la récolte de pommes de terre est destinée à l'alimentation des porcs, on voit qu'une bonne moitié du sol utilisable sert, en fait, à l'élevage.
Dans le troupeau sarrois, les pores et les bovins tiennent la première place. Le recensement de 1932 a compté en effet sur l’ensemble du Territoire : 102.574 porcs, 70.141 bêtes à cornes, 58.796 chèvres, 10.579 chevaux, 4.943 moutons (sans parler des lapins et volailles, naturellement très nombreux dans ce pays de propriété ouvrière).
Une comparaison avec les chiffres de 1861 montre que les progrès ont porté surtout sur les porcs et les chèvres (2), tandis qu’une décadence commune à toute l’Europe occidentale, mais ici particulièrement accentuée, frappait le troupeau ovin (à).
CERCLE DE SARREBRUCK (ville et campagne)