‹ La Région Industrielle SarroiseChapitre 235 sur 270 · SARREGUEMINES · texte numérisé non relu

SARREGUEMINES

SARRALBE

Henis ee

l'introduction de la race hollandaise fut poursuivie avec persévérance, de sorte qu’on a aujourd’hui un troupeau à peu près homo-

gène. La Hollandaise s’est bien acclimatée et, quoique son rendement en lait soit inférieur à celui qu’on obtient dans le pays d’origine, elle l'emporte nettement sur les Simmentaler au point de vue de la quantité. En 1927 et 1928 le rendement moyen par vache hollandaise, dans les exploitations visitées par la commission de contrôle laitier et beurrier de la Moselle, était de 3.379 kilogs de lait; pendant la même période le rendement d’une vache de Simmental fut de 3.007 kilogs de lait; la différence en faveur de la première est de 114 %.

A première vue, on pourrait croire que le domaine des deux races est déterminé par les caractères agronomiques du sol. On élève la Simmentaler sur les sols pierreux du Muschelkalk, la Hollandaise sur les argiles et les marnes du Keuper et du Lias. En fait, la relation n’est pas directe et le facteur qui détermine le cultivateur à élever l’une ou l’autre race est moins le sol que le régime de la propriété. Sur les grandes propriétés, qui dominent à l'Ouest de Gros-Tenquin — Benestroff, ainsi que sur les « grosses terres » du Keuper, le cultivateur laboure avec des chevaux; il peut donc réserver les vaches pour la production du lait. Au contraire, dans les petites propriétés du Gau, le cultivateur attelle à la charrue des vaches : il préfère alors élever des Simmentaler qui s’engraissent facilement lorsqu’elles cessent d’être employées aux champs. Cette relation entre le régime de la propriété et la nature de l’élevage bovin est si étroite qu'entre Sarreguemines et Saint-Avold, par exemple à Hambach, à Puttelange, on constate que les fermes isolées élèvent toujours des troupeaux de Hollandaises, en plein pays de Simmentaler. La limite entre les deux troupeaux ne peut donc être exactement une ligne; dans la région de Bouzonville, en particulier, l’interpénétration est complète; néanmoins, si on trace la ligne séparant approximativement les deux domaines (fig. 36), on constate qu’elle correspond assez exactement à la limite orientale de la zone qui expédie du lait en Sarre,

Cette spécialisation de l’agriculture et même de l’élevage a entrainé toute une organisation du commerce laitier. Celui-ci est pratiqué par quatre catégories de personnes :

10 Les paysans producteurs et fournisseurs directs des centres urbains; |

20 Les petits ramasseurs, qui opèrent à proximité des villes. Cest ainsi qu’il existe à Spicheren une dizaine de petits laitiers qui apportent en Sarre chaque jour 10.000 litres au total;

30 Les grands laitiers, qui sont en réalité des industriels pasteurisateurs. On en compte en Moselle une quinzaine, qui expédient en Sarre les 4/5 du lait;

40 Les Coopératives. Aussitôt après la Guerre, il s’était créé en Moselle une grande Coopérative laitière qui possédait trois usines de pasteurisation à Metz, Benestroff et Bouzonville avec annexes fromagerie, caséinerie, porcherie. Après avoir connu un remarquable essor et groupé jusqu’à 1.200 adhérents, elle s’est trouvée en difiicultés financières et a dû céder ses installations à une Compagnie laitière comprenant les gros laitiers de la Moselle et de Nancy (1). Mais il y a encore dans la région de Sarrebourg une trentaine de petites coopératives qui marchent bien.

En 1929, la Lorraine fournissait à la Sarre, d’après les calculs de KappsTEIN (2), 125.000 litres de lait par jour, soit 45.625.000 litres par an. La Chambre d'Agriculture de la Moselle a donné, au moment des négociations engagées en 1929 pour une rétrocession anticipée de la Sarre, un chiffre différent qui paraît bien fort, même pour cette époque

Coopérative laitière de la Moselle. . . . . . . 10 millions de litres Industrielsépasteurisateurs . N.,29 — Petits laitiers (lait non pasteurisé) . . . . ... 5 — Producteurs vendant directement . . . . . . 11 —

Total 108 Sa 055 millions de litres

Les producteurs de lait mosellans ont ainsi connu jusqu’en 1930, grâce à la Sarre, une enviable prospérité.

Là-dessus la crise est venue. Crise de surproduction d’abord : la production s’était accrue plus vite que la population du Territoire; déjà en 1929 la Coopérative laitière de Benestroff, faute de débouchés suffisants dans la région industrielle, se retournait vers l'Ouest et envoyait du lait dans la Meuse et jusque dans l'Yonne. D’autre part les agriculteurs sarrois avaient intensifié leur production, organisé des coopératives laitières. Puis crise de sous-consommation. Les ouvriers sarrois se restreignaient, les chômeurs élevaient des chèvres. Les organisations compétentes évaluent à 20-25 % environ la diminution des ventes résultant de la sous-consommation. Le lait, qui se payait à la production 1 franc le litre pendant l’hiver de 1926, ne valait plus que 0 fr. 60 pendant l'hiver 1933-1934.

Dans ces conditions les expéditions de la Moselle en Sarre ont subi une diminution considérable. A l'heure actuelle la Moselle ne fournit plus tout à fait le quart de ce que consomme le Territoire. De 125.000

(1) C’est ainsi que la Meurthe-et-Moselle peut, en cas de presse, apporter sa contribution aux expéditions de la Compagnie laitière, (2) Kappsrein [214].

litres par jour en moyenne, en 1929, ses ventes sont tombées, au printemps 1934, à 90.000 litres en moyenne, se répartissant ainsi :

CTANTS OUI EE RU 772000 vitres PTOUUCICURSRUITECES CR EME RE RE TIX. 9.000 — Commercemirontaliert MUR RER TEE, 4.000 —

Les plus gros fournisseurs sont actuellement un laitier de Vatimont avec 15.000 litres (il en a expédié jusqu’à 20.000 litres) et la Laiterie messine de Freistroff.

Les deux tiers du lait mosellan (60.000 L par jour) vont aux Milchhôfe de Sarrebruck, Neunkirchen, Vülklingen et Sarrelouis qui revendent aux détaillants: les deux tiers du reste vont aux grands commerçants. Le commerce du lait est donc, aussi bien en Sarre qu’en Moselle, fortement concentré.

Si importante que soit la réduction des ventes lorraines, les quantités expédiées n’en demeurent pas moins considérables puisqu'elles représentent plus de 30 millions de litres par an. Pour les transporter on se sert de moins en moins du chemin de fer. À l’époque où Kapp- STEIN faisait son enquête, en 1929, les quantités transportées par fer et celles transportées par automobiles étaient à peu près égales; aujourd'hui celles-ci l’'emportent de beaucoup. D’après les renseignements qui nous ont été communiqués par la Compagnie des Chemins de fer d'Alsace et de Lorraine pour la journée du 10 juillet 1933, les transports par fer ne représentaient que 18.848 litres, le cinquième environ du total. Trois gares seulement : Kédange, Condé-Northern et Faulquemont expédient en Sarre plus de 2.000 litres par jour; six : Hampont, Haboudange, Conthil, Teting, Courcelles-Chaussy, Boulay, entre 1.000 et 2.000 litres. Les gros laitiers n’expédient plus rien par voie ferrée; ils ont leur parc de camions-citernes qui contiennent de 5.000 à 10.000 litres et les autos-tanks argentées sont devenues - aussi familières à la population sarroise que les camions tapageurs des garages et des brasseries.

Une partie du lait est, en outre, expédiée sous forme de beurre, de fromage ou de crème. La Chambre d'Agriculture évaluait ainsi, en 1929, les expéditions en Sarre des produits dérivés du lait :

Fromage blanc . . . . . . . . 4.100 quintaux Fromage fermenté. . . . . . . 3.900 — IBEURRE RER EN ES 200 —= COR RE 7. 5 out 2000 — Caine reed 250 —

Ces chiffres —— qui ne sont plus atteints aujourd’hui — apparaissent relativement faibles par rapport à l’énorme quantité de lait

et par comparaison avec les exportations allemandes (11.521 quintaux de fromage en 1928, 15.382 en 1931). C’est qu’il ne s’agit plus ici de produits consommés à l’état naturel et que des questions de goût et de fabrication interviennent. Le Lorrain, vaillant comme pas un à la charrue ou à la bêche, n’a pas su pendant longtemps traiter le lait. Ne consommant guère lui-même que du fromage blanc, il était mal venu à fabriquer des fromages à pâte : seules s’y livraient, avant la Guerre, les régions les plus éloignées des centres de consommation. Il en était de l’économie laitière comme de l’industrie métallurgique : production massive et faible degré de transformation ; défaut de jeu- - nesse, que le temps corrige déjà. Devant la surproduction laitière, on s’est mis à la fabrication des imitations : fromages genre Brie, genre Camembert, voire genre Parmesan, et ceci pourrait bien entraîner une transformation, au moins partielle, du troupeau bovin.

b) Metz, marché de viande de la Sarre. — Les ventes de bétail sur pied avaient pris, aussitôt après la Guerre, une grande ampleur et atteint 100.000 têtes d'animaux en 1928-1929. La Lorraine orientale se spécialisant dans la production du lait, les bouchers font venir les bêtes de plus loin : bœufs de la Meuse, de la Normandie, de la Bretagne et de la Vendée, porcs du Berry ou du Limousin, mais le marché demeure à Metz. En 1928, sur 1.500 têtes de gros bétail arrivant chaque semaine au marché de cette ville, 350 partaient en Sarre (1). Metz était ainsi devenu pour la viande le troisième marché français. On a vu que la baisse des prix allemands avait entraîné depuis lors le refoulement du bétail français, dont les importations étaient tombées à 26.305 têtes en 1931-1932. Elles ont repris depuis lors, surtout pour les bovins, grâce au contingentement et à la baisse des prix français (?). Les bouchers sarroïs sont revenus s’approvisionner à Metz où la quantité moyenne des bêtes expédiées en Sarre était, en 1933, de 140 par semaine pour les bovins adultes, de 120 pour les veaux. Le Territoire de la Sarre absorbe ainsi à lui seul 17,3% des bovins adultes et 31,4% des veaux amenés en 1933 aux abattoirs de Metz.

c) Fruits et légumes messins. — L'agriculture lorraine s’est mieux défendue en ce qui concerne les légumes et les fruits qui ont été de tout temps une spécialité du Pays Messin. En 1800, CoLcHEN

(1) A. SômmE [280], p. 211.

(2) Expéditions françaises en Sarre en 1933 (d’après la Statistique des FR de fer) : 141 chevaux, 8.499 bœufs, 6.318 vaches, 2.819 veaux, 51 moutons, 2,761 porcs, 6.010 cochons de lait. En outre il entre une certaine more de cochons de lait par la route.

signalait déjà qu’une partie des légumes consommés en Sarre provenait des environs de Metz (1). Avant la Guerre c’étaient des Allemands, et le plus souvent des Sarrois, qui venaient en Lorraine acheter aux adjudications, pour les fabriques de marmelade, les fruits des pommiers ou poiriers plantés en bordure des routes.

En 1928, la Chambre d'Agriculture de la Moselle donnait les chiffres suivants pour les ventes effectuées en Sarre par ses adhérents :

LÉSUMES RER = 30 000 tonnes PRIS RE 5000 — ND D'UOUrhectolitres

Les ventes ne se sont pas maintenues à ce chiffre et la statistique douanière révèle, là encore, une reprise des expéditions allemandes. Par contre, c’est par wagons entiers que les pois, les haricots verts, les mirabelles ou les fraises partent de Nancy ou de Metz pour Sarrebruck (?). La clientèle sarroise est d'autant plus précieuse pour le producteur lorrain que l'Allemagne se ferme et qu’il y a, au moins pour les fraises, surproduction. On estime que la Sarre, à elle seule, absorbe plus de la moitié de la production mosellane en fruits et légumes.

L'Alsace pourrait être un autre grenier à fruits de la région industrielle. En fait, elle compte moins que la Lorraine, d’abord à cause de la distance — le trajet Sarrebruck—Strasbourg est une fois et demie le trajet Sarrebruck—Metz — et aussi parce qu’elle a son débouché propre dans le pays même et en Allemagne. Elle ne fournit guère en quantité notable à la Sarre que des pommes de terre (#),

(1) Cozcuen [87], p. 124.

(2) Expéditions de fraises en Sarre (en wagons) (Communication de V. Daum) :

Gares de départ : WOIPPY MOULINS ARS NOVÉANT AUGNY HSPÉ NEEREREre 33 » » » »

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Avant 1923, les expéditions étaient insignifiantes. Cf. V. DAum : Une révolution de l'économie rurale dans le vignoble messin (Mélanges géographiques offerts à Raoul Brancuarp, Grenoble, 1932), p. 165.

(3) Les exportations françaises sont en diminution :

300.653 quintaux en 1923 (chiffre des Douanes); 67.980 quintaux en 1931-1932 (chiffre des Chemins de fer). — Il est vrai qu’il entre des quantités importantes par la route. Les quatre cinquièmes proviennent d’Alsace-Lorraine.

notamment une variété précoce appréciée pour la semence, un peu de vin et surtout des céréales et des farines. En effet, la Sarre ne se ravitaille guère p'us dans le voisinage immédiat (sauf à Sarreguemines) mais aux grands moulins de Nancy et de Strasbourg, qui livrent autant de farines exotiques que de farines indigènes. Peu à peu un très vaste hinterland s’est trouvé ainsi amené dans la zone de ravitaillement de la Sarre. Le Nord expédie du sucre; le Midi des pâtes alimentaires, des huiles et des graisses végétales; la Bourgogne et le Bordelais ont une clientèle fidèle dans les hôtels de Sarrebruck, mais ce sont surtout les maraîchers de la vallée du Rhône qui ont noué avec la Sarre des relations fructueuses.

Les pays étrangers ne jouent qu’un rôle accessoire dans le ravitaillement de la région industrielle, sauf en ce qui concerne le bétail; le tableau suivant fera ressortir la place prise par chacun d’eux pour les expéditions de bétail sur pied.

Contingents spéciaux accordés à la Sarre pendant l’année 1933 et importations effectives, d’après les relevés communiqués par les Douanes. (En quintaux.)

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