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Comme les vallées calcaires, les vallées gréseuses conservent un faux air de jeunesse, mais leur évolution avancée se lit à leur largeur — favorisée par le peu de résistance de la roche — et au tapis uniforme d’alluvions qui en recouvre le fond. Même avec une pente longitudinale notable, ces vallées en fond de bateau deviennent marécageuses (la stagnation de l’eau y favorisant l'apparition d’une sorte d’alios) et se prêtent à l'établissement d’étangs. Les traits de cette topographie sont portés à Leur perfection dans la vallée du Würzhach. à l'Est de Saint-Ingbert : avec moins de profondeur que dans le cours supérieur des deux Sarre, ce sont les mêmes couloirs étroits et calibrés, les mêmes versants escarpés couverts de résineux, le fond d’étangs où la lumière joue à travers les hêtres; nulle part le Griesland n’apparaît mieux comme un appendice des Vosges.
Les vallées du Warndt sont en outre dissymétriques (voir fig. 4). Le cas le plus net est celui de la Bist, serrée de près sur la rive droite par des escarpements de grès, de sorte que le village de Creutzwald s’allonge en une interminable rue. Le Lauterbach et le Merlenbach montrent une dissymétrie moins accentuée, la pente raide se trouvant pour le premier sur la rive droite, pour la seconde sur la rive gauche. Ceci suffit à écarter toute explication par la structure, par exemple l'hypothèse d’une disposition monoclinale fixée par la couverture de conglomérat qui se serait avancée jusqu’au Lauterbach. Dans les trois cas, le côté abrupt est le côté exposé aux vents pluvieux : d’O-NO et SO; mais cette constatation, qui eût réjoui FABRE, n’est pas non plus bien satisfaisante, car elle justifierait plutôt une dissymétrie de sens inverse. Fera-t-on intervenir, comme l’a proposé FAUCHER, l’action des dépôts éoliens accumulés sur la rive sous le vent? Mais de pareils dépôts, déjà douteux sur le plateau du Gau, n'existent pas dans le Griesland et ne peuvent pas s’être déposés si la région était boisée au moment de leur formation.
Sans prétendre résoudre le problème des vallées dissymétriques par quelques cas Jocalisés dans la région du Grès bigarré, on voudrait signaler l’importance de l’exposition non pas au vent, mais au soleil. La désagrégation mécanique, toujours active dans Jes grès — on entend, les soirs d’été, le pétillement des grains qui se détachent d’une paroi rocheuse surchauffée — a dû être beaucoup plus intense à l’époque glaciaire. Or les changements de température étaient plus prononcés sur les versants exposés à l’Est et au Sud que sur les versants exposés à l'Ouest et au Nord. Même dans les conditions de climat actuel, les sources à l’adret coulent plus tôt, le ruissellement et les glissements sont interrompus moins Jongtemps. Cette différence dans Ja durée de l’érosion, insignifiante quand il s’agit de roches
massives, peut produire une véritable dissymétrie dans une roche capillaire comme le grès (1).
On remarquera aussi que la forêt descend toujours plus bas sur la rive escarpée. C’est une conséquence normale du fait que celle-ci est à l’ubac; mais c’est en même temps une cause qui accentue la dissymétrie, car les versants défrichés ne résistent plus au ruissellement.
b) La topographie du bassin permo-carbonifère. — Ni le Carbonifère, qui apparaît en amande au cœur de la dépression, de Petite- Rosselle à Altenkirchen, ni le Permien qui remplit le synclinal Nahe- Prims ne sont dans l’ensemble beaucoup plus résistants que le Grès vosgien et les changements de facies qui sont fréquents n’y affectent guère la topographie. Toutefois deux horizons s’y distinguent par une dureté particulière. Dans le Carbonifère c’est le conglomérat de Holz qui apparaît au sommet des couches de Sarrebruck : un banc d’une vingtaine de mètres de puissance, formé de galets de quartzites dévoniens, liés par un mortier ferrugineux très dur. Dans le Permien inférieur (couches de Kusel) des bancs calcaires, trop minces pour s’enlever nettement au-dessus des argiles, passent à l'Ouest de Dirmingen à un conglomérat de quartzite aussi dur et plus épais que le conglomérat de Holz; il donne quelque raideur aux versants du Littermont et au Kallenstein se profile en arêtes aiguës : une curiosité, au milieu des campagnes mollement ondulées.
Alors que le Grès bigarré, discordant sur les couches plus anciennes, est au centre de la dépression à peu près horizontal, les couches permocarbonifères plongent vers le Nord-Ouest à partir de la grande faille qui, de Sarrebruck à Neunkirchen, tient lieu de clé de voûte dans Panticlinal houiller. On pourrait s'attendre à ce que l’altitude s’abaissât dans la même direction. Il n’en est rien. Le long de la crête qui forme la séparation entre le bassin de la Sarre et celui de son affluent la Blies, et que la voie ferrée franchit en tunnel à Bildstock et à Merchweiler, on relève d’Est en Ouest les cotes suivantes : 400 (à Bildstock), 397, 444, 400, 403, 415 (au Hoxberg, au confluent du Theel et de la Prims) : une surface d’érosion s’est étendue sur cette crête, nivelant le Carbonifère, le Permien inférieur et même le Grès bigarré qui apparaît aux deux extrémités. C’est donc une surface plus récente
(1) L’explication est valable pour le Lauterbach, la Bist et le ruisseau de Werbeln; elle ne s’applique pas au Merlenbach où la dissymétrie est inverse; mais dans ce cas interviennent la courbure de la rivière et la présence de conglomérats sur le versant qui devrait être abaissé.
que la surface posthercynienne, dont nous trouverons bientôt les traces.
Malgré cet effacement des influences structurales, il existe une ligne de hauteurs qui conserve la direction du plissement : c’est la crête Güttelborner Hôhen (444)—Schooksberg : véritable côte, soulignée par la vallée monoclinale du Fischbach, mais tronquée par une surface d’érosion. On reconnaît là un rudiment de relief appalachien. Comme dans le cas classique des Brdy en Bohême, tout décrochement se traduit par une interruption et un décalage de la crête : tel le Wackenhübel (428 m.) rejeté 600 mètres au Sud-Est de la ligne des Güttelborner Hühen. Si ce type de relief ne s’est pas développé davantage, c’est d’abord parce qu’il n’existait dans le Carbonifère qu’un seul horizon résistant; puis parce que des failles, au rejet parfois considérable, avaient d'avance tronçonné le relief en puissance dans le conglomérat de Holz.
c) Les captures. — Ainsi le réseau subséquent demeure embryonnaire; là où il s’était développé d’une façon plus continue, sur les bords de la boutonnière, il a été désorganisé par des captures. Celles-ci ont été fréquentes dans la masse incohérente du Grès vosgien.
On a vu plus haut l’histoire de la Rosselle, détournée de son cours direct vers Sarrebruck par un affluent du Lauterbach. Plus au Nord, la Bist a été victime d’une capture qui lui a fait dessiner un coude symétrique de celui de la Rosselle. Il existe à l'Ouest de Picard un col où l’altitude n’est que de 210 mètres et qui est séparé de la Sarre par une large crête couverte de terrasses (240 m.). Cette dépression, qui se suit jusqu'à Vaudrevange, est une ancienne vallée de la Bist, dont le confluent était rejeté vers l’aval par les digues alluviales construites par la Sarre. À un moment, la Sarre continuant de relever le niveau de base de son affluent, celui-ci s’échappa par une brèche à l’amont et, profitant de l’affleurement des schistes carbonifères à Wadgasse, élargit rapidement sa nouvelle vailée. Mais l’écoulement demeurait indécis au coude de Bisten, peutêtre même interrompu temporairement par de nouvelles levées de la Sarre (basse terrasse d’Hostenbach, 200-220 m.). En amont de Differten la vallée fut envahie par la tourbe.
Van WERWEKE et VON AMMON pensent que cette dépression marécageuse de Bisten ne peut pas s'expliquer seulement par l'érosion fluviale; mais ils n’ont pas apporté la preuve des affaissements qu’ils invoquent : le point le plus bas des marais de Bisten est à 199 mètres, 16 mètres au-dessus du niveau de la Sarre qui coule sur des alluvions. Il faut se rappeler que les vallées dans le grès sont
toutes plus ou moins marécageuses par suite de leur profil transversal en fond de bateau. On notera enfin que ces marais de Bisten se trouvent dans un compartiment de faille et que les zones de broyage qui les bordent sont certainement des zones de suintements.
D'une tout autre portée fut l’événement qui au Nord-Est de la dépression détourna de la Blies son principal affluent. Entre Kaïiserslautern et Homburg existe une dépression très large (4 km. à la hauteur de Landstuhl), à fond plat, à pente longitudinale à peine prononcée, l’altitude se maintenant entre 240 et 250 mètres. Cette dépression n’est actuellement suivie par aucune rivière, sauf sur deux courtes sections, entre Eischelscheid et Mühlbach par le Glan, à l'Est de Kaiïserslautern par la Lauter (Waldlauter). L’hypothèse d’un fossé tectonique doit être immédiatement écartée parce qu’il y a continuité entre les affleurements du Grès vosgien au Sud, où il forme côte grâce à une armature de conglomérats, et au Nord où apparaissent des couches plus anciennes et plus tendres (coupe 17). La dissymétrie des deux versants est tellement frappante que LEPPLA et Reis ont reconnu depuis longtemps dans cette dépression une vallée monoclinale, en relation avec le plongement des couches vers le S-SO. D'ailleurs, il existe tout le long de la dépression une traînée continue d’alluvions, sables et cailloux de quartz, trop abondantes pour provenir d’un remaniement sur place du Grès vosgien.
Dans quelle direction se faisait l’écoulement des eaux? Il semble qu’on n’ait pas le choix. A l'Est de Kaiserslautern, la dépression finit en impasse. Au Sud-Ouest, c’est moins net et les auteurs de la notice de la feuille géologique Deux-Ponts pensent que la rivière de Landstuhl se jetait primitivement dans la Sarre vers Sarrebruck : toujours l’obsession du front de côte suivi sur toute sa longueur par une vallée! Du simple point de vue géologique cette hypothèse paraît hasardée puisque les nappes d’alluvions ne dépassent pas, à l'Ouest, l’'Eschweilerhof. Elle devient insoutenable, si on considère la forme du terrain. Entre Kirkel et Rohrbach (1/25.0008, f. Blieskastel) la large dépression se réduit à un défilé dont le fond se relève à 280 mètres à l’Ouest du Geistkircher Hof (?). Il n’y a pas de trace à l’amont jusqu’à Kaiïserslautern d’un niveau aussi élevé. Donc, à l’époque du niveau de 245 mètres à Landstuhl, les eaux n’ont pu trouver d’issue qu’en rejoignant la Blies en aval de Homburg, à l’endroit où ceile-ci va effectuer sa percée conséquente.
(1) La cote 255 sur laquelle s’appuyait von Ammon est celle d’un fond de vallon, non du col.
LE RELIEF Ml
On ne manquera pas, il est vrai, de s’étonner de la différence de calibre entre la vallée affluente et la vallée principale. Remarquons d’abord que ces changements de largeur se retrouvent partout lorsqu’un cours d’eau quitte le Grès bigarré pour s'engager dans le Muschelkalk. Qu'on compare seulement la largeur de la zone alluviale à Sarrelouis et à Merzig, et la disproportion entre la vallée de Landstuhl et celle de la Blies apparaîtra moins choquante. Plus singulier est l'élargissement de la vallée à son origine même, à Kaiserslautern. Autant que le simple examen de la carte (1/100.000€, f. Kaiserslautern) permet d’en juger, il paraît y avoir eu sur ce point renversement complet du drainage, la Lauter primitive coulant vers le Sud en direction de PAschbach, avant d’être annexée au réseau de la Blies, puis à celui de la Nahe.
D’une façon plus générale, la faible résistance du Buntsandstein inférieur n’explique pas tout. Devant cette dépression modelée si largement, on a l’impression que le creusement a commencé avant le cycle actuel, avant même le creusement de la vallée de la Blies supérieure, plus resserrée et en pente plus forte dans des roches qui ne sont guère plus résistantes. Quand elle coulait vers le Sud-Ouest pour rejoindre la Blies vers Limbach, la rivière de Landstuhl était l’héritière d’une forme qu’elle n’avait pas créée.
La rivière disparue avait une pente très faible parce que le creusement de la Blies en aval de Wôrschweiler était retardé par les assises résistantes du plateau, tandis qu’en amont le déblaiement de la vallée monoclinale s’effectuait rapidement. Un affluent de la Nahe, le Glan qui, sur toute sa longueur, coule dans le Permien, prit l’avantage, probablement à la suite d’un affaissement dans la région de Bingen (le confluent avec la Nahe est à 131 mètres, 100 mètres plus bas que le niveau de la dépression à Homburg) et il vida la dépression de Landstuhl en deux temps : d’abord par la Lauter, puis en renversant le drainage de toute la partie située au Sud- Ouest de Mühlbach. Du pont de Schanzermühle, au Nord de ce village on a une bonne vue sur le coude de capture. L’écoulement rapide des eaux vers le Nord contraste avec leur stagnation, plus à l'Est, dans les fossés de drainage. La vallée s’encaisse brusquement à l'aval et le creusement a remonté depuis la capture puisque la basse terrasse à Mühlbach est à 240-245 mètres tandis que le lit actuel est à 226 mètres; le rajeunissement s’est fait sentir jusqu’en amont de Waldmohr.
Une bonne partie de la dépression, autour de Landstuhl, se trouvait désormais sans drainage. Elle fut envahie par la tourbe et les tourbières s’étendirent même le long des parties drainées par
le Glan et ses affluents, installés dans une vallée trop large pour eux (1).
La tourbe se trouve au niveau des alluvions récentes (al) et au-dessous de la plus basse terrasse de cailloux roulés (g1). Ceci permet de préciser que l’envahissement de la dépression par la tourbe, s’il a été la conséquence de la capture, ne l’a pas suivie immédiatement. Entre les deux il y a eu d’abord reprise du creusement (au moulin de Vogelbach la terrasse est à 238 mètres, la surface de la tourbière à 229 mètres et l’épaisseur de tourbe atteint 2 à 3 mètres); puis changement de climat. Pendant une période de climat steppique les alluvions anciennes furent remaniées par le vent qui acheva d’ « étouffer » sous les dunes le faible drainage subsistant (ainsi que cela s’est passé dans les vallées primitives de l’Allemagne du Nord) tandis que les matériaux plus grossiers étaient transformés en cailloux à facettes. La trouvaille, à Ramstein, de haches néolithiques enfouies sous la tourbe a permis de placer la formation de celle-ci dix mille ans à peu près avant notre ère.
En résumé, la succession des faits a dû être la suivante : 10 creusement d’une dépression monoclinale par les affluents des rivières conséquentes ; 20 constitution d’une grande vallée subséquente qui a atteint l’extrême sénilité; 3° capture de cette rivière par un affluent de la Nahe; 40 courte reprise de creusement; 5° changement de climat et envahissement de la vallée par la tourbe.
Privée de son affluent, ou, pour mieux dire, du tronc principal, la Blies prit, dans son cours inférieur, une allure qui rappelle celle de la Meuse. Alors qu’à un cycle précédent elle recoupait vigoureusement ses méandres encaissés (Bliesebersingen), elle décrit aujourd’hui, sur un fond d’alluvions, une infinité de méandres divagants. Sur d’autres points de son bassin, elle a subi d’autres pertes. Dans le Palatinat, la Lauter (Wieslauter) a détourné vers la plaine rhénane le cours supérieur de l’Erbach, la rivière de Deux-Ponts. En Sarre même, la Prims a détaché de la Blies le cours supérieur de PI] qui primitivement s’écoulait vers le Sud-Est par le col de Wemmets-
(1) On ne comprend pas comment HABERLE peut écrire ([5] p. 43), à la fin d’une analyse de la dépression conforme à celle qui vient d’être faite, à cela près qu’il ne parle pas de capture : « On ne peut pas dire d’abord (zunächst) si cette dépression est plus ancienne ou plus récente que les vallées du Glan et de la Lauter. » Si elle était plus récente, qui donc l’aurait creusée? Il nous semble évident que la dépression est une vieille forme dans laquelle le Glan a pénétré à une époque relativement récente : il n’y a qu’une vingtaine de mètres de dénivellation entre le point le plus élevé de la dépression, entre Landstuhl et Kaiserslautern et le niveau du Glan au coude de Mühlbach. — On trouvera un résumé de la discussion et une bibliographie dans R. GrADMANN [4], II, p. 130 sq.
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A" LE PLATEAU DU BLIESCAU A ASSWEILER
Vue prise de la route de Blieskastel, face au N.-E. — Surface structurale du Muschelkalk inférieur ; parcs et plantations d’arbres fruitiers. A l’horizon la forêt et les carrières (S. de Biesingen) jalonnent la côte du Muschelkalk supérieur.
Cliché R. C.-R.