‹ La Région Industrielle SarroiseChapitre 50 sur 270 · LE PLarTeau ET LA CÔTE pu MUSCHELKALK · texte numérisé non relu

LE PLarTeau ET LA CÔTE pu MUSCHELKALK

La dépression sarroise est enveloppée à l’Ouest, au Sud et à l'Est par un plateau qui se termine par une côte. Celle-ci est liée au sort de la dépression, tandis que le plateau évolue en fonction des niveaux de base plus éloignés, sauf aux endroits où il est atteint par les affluents de la Rosselle et de la Bist. Mais cette zone marginale, annexe de la dépression sarroise, est peu étendue, et il est peu probable que des captures l’élargissent, car la Nied a atteint un niveau (190 m. à Bouzonville) inférieur à celui de toutes les vallées du Warndt. La région étudiée se bornera donc au Bliesgau et à une bande de plateau d’une dizaine de kilomètres de large en arrière de la côte.

a) Formes structurales et formes d’érosion. — Le plateau est formé par les assises du Muschelkalk supérieur : un banc de calcaire compact (Trochitenkalk) et plusieurs bancs de calcaire en dalles (Ceratttenkalk) : tous les deux réunis ont une puissance d’environ 60 mètres.

Dans l’ensemble la pente du plateau est celle de ces bancs résistants. L’altitude s’abaisse d’Est en Ouest, de 412 mètres à Boucheporn

(1) Cependant, à en juger par le tracé zigzaguant de l’Erbach, qui après avoir coulé d’abord dans la direction du Glan, tourne vers l’Ouest à Jägersburg et, après quatre changements de direction, prend à Homburg le chemin de l'Ouest, la Blies a été capable de reprendre au Glan une petite partie du terrain conquis et de détourner l’extrémité occidentale du faisceau d’affluents dont la pente générale est vers l'Est : revanche purement locale, due à l’étouffement de la dépression par la tourbe, |

à 327 mètres au-dessus de la vallée de la Nied, de 341 mètres à Spicheren à 287 mètres au-dessus de Puttelange-lès-Sarralbe.

De même, du Nord au Sud, le plateau présente deux relèvements, l’un à la frontière franco-allemande, au Nord de Launstroff (Kewelsberg, 442 m.), l’autre à l'Ouest de Saint-Avold (Mottenberg, 412 m.) séparés par une large dépression occupée par la vallée de la Nied. Ces ondulations de la topographie correspondent en gros à des ondulations tectoniques : l’anticlinal de Sierck et l’anticlinal de Boucheporn, séparés par le synclinal de Boulay. La structure jurassienne transparaît donc dans la topographie.

Cette surface structurale ne saurait pourtant passer pour la surface primitive. Des formations plus récentes, le Keuper et le Lias inférieur, se sont étendues jusque-là, mais ces couches marneuses tendres et mouvantes ont fait place nette au calcaire. Aïnsi s’explique que, sur certaines sections de leur cours, la Sarre entre Zetting et Sarreguemines, la Nied vers Faulquemont, coulent à la limite du Muschelkalk et du Keuper.

Dans cette sorte d’épluchage des formes structurales, on peut faire une place à part aux noues, ces vallons où l’eau ne s’écoule qu'après les pluies et qui sont, le reste du temps, particulièrement au printemps quand le sol dégèle, le lieu d’une ablation lente par glissements — mais seulement pour ne pas leur accorder davantage. SCHMITTHENNER a manifestement exagéré en faisant de ces Dellen les agents principaux d’érosion sur les plateaux lorrains (1). De deux choses l’une : ou bien elles se trouvent sur des surfaces nivelées, là où il en existe, à pente plus faible que la pente des thalwegs actuels — et ce sont des formes normales de vallée, maïs d’un autre cycle —ou bien, prolongeant le bassin de réception, elles se raccordent sans rupture de pente avec les thalwegs actuels — et ce sont bien alors des formes récentes; mais on ne voit pas comment elles pourraient faire autre chose que mettre en valeur des différences de dureté au lieu de les effacer, détruire une surface au lieu de la créer.

Le réseau hydrographique lui-même semble d’abord, hormis la Sarre dont on a déjà souligné l’inadaptation flagrante à la structure, bien en harmonie avec la disposition des couches. La Blies a son cours inférieur conforme au pendage et, approximativement, à la direction du synclinal de Sarreguemines. La Nied décrit entre Faulquemont et Bouzonville une grande boucle, qui enveloppe exacte-

(1) ScHmiTTHENNER [52]. — On trouvera une discussion plus détaillée de ce livre dans le compte rendu qui a paru dans la Bibliographie Lorraine, vol. IX, 1926-

ment la boutonnière sarroise et qui est probablement en rapport avec un emplacement plus oriental d’une côte liasique ou jurassique. En aval de Bouzonville, la grande faille Metz—Beckingen substitue son influence directrice à celle de la côte disparue : en affaissant le compartiment au Sud-Est de la rivière la faille a provoqué l'avancée vers l’Est du Keuper et créé une disposition monoclinale dont la rivière a profité. Tout semble donc s’expliquer assez bien par la structure.

Cependant certains indices montrent que ce plateau n’est pas une surface structurale simple. D'abord toutes les failles ont été nivelées, même celles qui correspondent aujourd’hui à une ligne de relief. Un cas très net est celui de la faille de Berus, visible de la route où elle a mis le Muschelkalk inférieur au niveau du Grès vosgien. L’escarpement de la côte suit exactement la ligne de faille, mais la dépression de la Sarre occupe le compartiment tectoniquement surélevé : il y a eu d’abord nivellement, puis inversion de relief. Le cas de la faille de Felsberg est identique.

Même dans la vallée inférieure de la Nied la concordance avec les lignes tectoniques n’est qu'approximative. En aval de Bouzonville la Nied sort d’un petit fossé pour grimper sur l’anticlinal de Filsdorf : les deux accidents tectoniques étaient donc effacés quand la rivière s’est fixée à son emplacement actuel et c’est seulement la direction générale SO-NE qui peut être considérée comme déterminée par la faille.

Le cas de l’anticlinal de Filsdorf n’est pas isolé. On observe ailleurs un début de ravalement des anticlinaux. Il s’agit à vrai dire de discordances peu sensibles dont on ne se doute pas sur le terrain et que seules les coupes faites d’après la carte géologique au 1/25.000€ peuvent révéler. Dans l’axe de l’anticlinal de Morhange, le toit du Muschelkalk supérieur est à 360 mètres, au village de Kadenbronn; le plateau culmine à 371 mètres. Dans l’axe du synclinal voisin, à Neunkirchen (près de Sarreguemines), le même horizon est à 240 mètres, le sommet du plateau à 274 mètres. Donc entre deux points situés l’un sur l’anticlinal, l’autre sur le synclinal, la dénivellation tectonique est de 120 mètres, la dénivellation topographique de 97 mètres. La coupe 14 montre le contraste entre deux sections du plateau, l’une continue et inclinée, correspondant exactement à l’assise supérieure du Muschelkalk; l’autre, discontinue et horizontale, tronquant au moins deux horizons du même étage, les couches à Ceratites et les couches à encrines.

Plus généralement il existe, au-dessus de la côte, une zone étroite où cesse le parallélisme entre la pente des couches et celle de la sur-

face du sol. L'importance de ces discordances ne pourra être appréciée que si on peut les prolonger et les rattacher à une surface continue. Dès maintenant il apparaît bien que sur ce plateau du Gau, où l'œil n’aperçoit qu’une descente lente vers l'Ouest et des ondulations confuses, des éléments différents, les uns structuraux, d’autres substructuraux, d’autres enfin nettement discordants, sont rapprochés et fondus.

b) Pauvreté en formes karstiques. — Cette topographie molle, cette absence d’arêtes sont fort peu caractéristiques d’une région calcaire. Celle-ci présente au minimum les signes de l'érosion karstique. Le sol est pierreux, mais il ne fait jamais défaut : nulle part la roche n’apparaît à nu sur quelque étendue. Les vallées sèches ne sont que périodiquement sèches; cela se marque assez dans leur profil : elles n’ont pas les bords tranchés et les contrepentes des «fonds » qui sillonnent le Bajocien de la Haye. A plus forte raison les formes des vrais karsts, abîmes, grottes ou galeries souterraines, sont-elles ici complètement inconnues.

Cette pauvreté en formes karstiques s'explique fort bien. Des trois sous-étages du Muschelkalk, seul, ici, le supérieur est nettement calcaire, Le Muschelkalk moyen comprend bien du gypse, mais en lentilles irrégulièrement dispersées. Dans le Muschelkalk supérieur lui-même, les dalles de calcaires à Ceratites nodosus présentent entre elles de fréquentes intercalations d’argile. Seul le banc de calcaire à encrines est entièrement calcaire, mais il n’a que 8 mètres d’épaisseur en moyenne. Cela suffit pour provoquer des infiltrations, mais qui ne vont jamais loin.

À cette cause évidente il faut ajouter, probablement, l'existence des résidus du Keuper qui s’étendait primitivement plus à l'Est : de lui dérivent au moins en partie ces lehms, qui aveuglent toutes les fissures du Muschelkalk.

Pourtant les formes dues à l'érosion chimique ne font pas tout à fait défaut. Il existe d’assez nombreux « trous » qui sont des diaclases agrandies (1). La photographie (pl. X A) montre un des plus typiques, le Boltsloch (près du hameau de Scheuerwald, à la frontière franco-allemande) qui s’ouvre à l'extrémité d’un petit vallon. Après des pluies très abondantes on a vu l’eau le remplir sur une profondeur de 10 mètres; quelques heures après, le gouffre était vide. Des expériences de colo-

(1) C’est dans un puits de ce genre au Sud de Spicheren, mais bouché par le lehm, que Forrer a trouvé des os de Rhinocéros de Merck, des dents d’Éléphants antiques avec un outillage qu’il considère comme paléolithique (Cahier d’ Archéologie et d’Histoire d'Alsace, 1927, et 1928-1929).

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