‹ La Région Industrielle SarroiseChapitre 51 sur 270 · ES PE PT · texte numérisé non relu

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LE RELIEF hi

ration n’y ont pas encore été faites. Sur d’autres points on connait le lieu de résurgence : au Sud de Sarreguemines, le ruisseau qui en temps ordinaire se jette dans la Sarre sur la rive droite, entre Dieding et Zetting, coupe parfois au plus court sous une crête de Muschelkalk et après un parcours souterrain de 1 kilomètre reparaît en source vauclusienne à l’Oelmühle. Enfin il y a les mardelles.

On appelle mardelles en Lorraine française (Pfühle ou Maare en Lorraine allemande et en Sarre), des trous circulaires, quelquefois ovales, de diamètre variant entre 2 et 20 mètres, d’une profondeur ne dépassant jamais une dizaine de mètres, le plus souvent de 3 à 4 mètres, tout à fait semblables à des marmites d’obus de fort calibre. Elles sont quelquefois isolées au milieu des champs ou des prés (on les devine à leur couronne d’arbres) presque toujours groupées sans ordre. Les unes sont toujours à sec; d’autres sont des mares permanentes; la plupart sont occupées par des bourbiers; en effet, l’accumulation des feuilles mortes tend à boucher les orifices là où il en existe.

Les mardelles sont extrêmement nombreuses en Lorraine où, rien que dans le département de ia Moselle, on en a compté plus de 10.000. Elles se rencontrent aussi bien sur le Lias et le Keuper que sur le Muschelkalk; mais on n’en a guère signalé sur le Grès bigarré (1). Elles existent également en Sarre et dans le Palatinat. Il ne sera question ici que de celles qui apparaissent dans la zone marginale de la dépression sarroise au Nord-Ouest du Saargau, autour de Launstroff (?); entre Sarreguemines et Hambach; enfin dans le Bliesgau entre Sarrebruck et Blieskastel.

La fréquence de ces formes, leur absence de localisation précise les rendent d’une interprétation délicate. Les uns les considèrent. comme des habitations préhistoriques creusées par les hommes de l’âge du bronze (*); d’autres y voient des formes purement naturelles dues à l’érosion souterraine, de petites dolines (‘).

(1) Il existe cependant des mardelles dans la forêt de Saint-Arnual qui est partie sur le Muschelkalk inférieur (gréso-calcaire), partie sur le Grès bigarré, et dans la forêt de la Houve sur le Grès bigarré supérieur (Kaysince et TouBa [77], p. 7).

(2) Elles sont indiquées à la carte topographique au 1/25.000€, mais la notice de: la carte géologique n’en parle pas.

(3) Wezrer, À. F, À. 8., Strasbourg, 1920, et LINCKENHELD (1991.

(4) DerronraINEs et GuyoT, Revue anthropologique, novembre-décembre 1922. C’est également la solution proposée par Hargerre (Geographische Zeitschrift, XXIV, 1928, p. 269). LincrenuezD (Bulletin de l’ Association Philomathique d’Alsace et de Lorraine, VII, 3) soutient l'hypothèse du creusement par l’homme. — On trouvera une bibliographie détaillée dans la brochure de DELAFOSSE et Guyor ; La question des mardelles en Moselle (Extrait du Bulletin de la Société d’Histore. naturelle de la Moselle, 1932).

En faveur de la première explication on invoque des traces d’industrie humaine trouvées au fond des trous, et l’existence, dans le voisinage, de tumuli qui semblent avoir été édifiés avec la terre retirée de la mardelle. Ces arguments n’ont qu’une valeur locale. Jamais, à notre connaissance, on n’a trouvé de trace de foyer ou d’instrument dans les mardelles de la région étudiée et les fouilles exécutées spécialement à cet effet dans les mardelles du Bliesgau n’ont donné aucun résultat. Eût-on trouvé quelque chose, comme à Gondrexange ou à Altrippe, que la preuve du creusement par l’homme n’eût pas été pour cela apportée. Dira-t-on que l’homme a creusé toutes les grottes au fond desquelles on a trouvé des gravures rupestres? Quant aux tumuli, ils existent bien dans la forêt de Flatten, mais au nombre de deux ou trois, tandis qu’il y a une centaine de mardelles dans la même région. Où sont les autres déblais? Inversement on connaît, sur le plateau calcaire, des tumuli sans mardelles (Guerlfangen, Medelsheim) : les deux formes sont donc indépendantes.

Sans remonter aussi loin dans un passé propice aux imaginations des préhistoriens, on aurait pu trouver des modes plus vraisemblables de creusement par l’homme. Il est frappant par exemple que le plus grand nombre des mardelles (au moins 90 %) se rencontrent en forêt. Les plus petits de ces trous ne pourraient-ils pas provenir de l’enlèvement des souches? Mais le désouchage est rarement pratiqué et si on y procède, le trou est immédiatement bouché. On pouvait également songer à d'anciennes carrières ou minières; mais on ne va pas chercher de pierres en forêt et les exploitations de fer fort en surface, qui furent si fréquentes sur le plateau bajocien, n’ont jamais existé ici. Concluons que si les mardelles se rencontrent plus souvent dans les forêts c’est qu'ailleurs elles ont été effacées par les labours comme les trous d’obus le sont aujourd’hui dans la zone remise en culture. Dans l’histoire de nos mardelles, l’homme n’est intervenu que pour les faire disparaître.

DEFFONTAINES et GUyYor ont indiqué les premiers comment des entonnoirs superficiels pouvaient prendre naissance par dissolution de lentilles de gypse contenues dans le Keuper moyen ou dans le Muschelkalk moyen (1). Dans le premier cas les infiltrations se font par les fissures de retrait de l’argile; dans le second cas par les diaclases agrandies en trous comme au Boltsloch; et ces eaux infiltrées

(1) La galerie d’exhaure du puits de Folschviler a traversé dans le Muschelkalk une lentille de Na C1 presque pur présentant sur une longueur de 200 mètres une puissance maxima de 5 mètres. On verra plus loin les déboires qui en sont résultés pour l’exploitation de cette mine.

dans le Muschelkalk doivent se retrouver plus à l'Ouest conformément à la pente des couches. Ces auteurs se fondaient uniquement sur la plus grande fréquence des mardelles au-dessus des terrains gYPS0calcaires. Diverses observations faites depuis lors permettent de confirmer leur explication.

1° Les mardelles apparaissent dans les régions où l’on observe des cas d'enfouissement des eaux et de circulation souterraine : le gouffre de Boltsloch déjà cité est accompagné d’une nébuleuse de mardelles. Dans la même région, un ruisseau de la forêt de Flatten a été tronçgonné par les mardelles en deux sections, d’où les eaux s’échappent par une issue souterraine : on a là un cas, exceptionnel à vrai dire, de vallée karstifiée.

20 Les mardelles que nous avons sous les yeux n’ont pas des contours ou une profondeur immuables. Il arrive que deux mardelles circulaires peuvent se souder et donner naissance à une grande excavation ovale après disparition de la paroi qui les séparait. Il y a donc des formes embryonnaires et des formes de maturité : les premières, petites, aux contours un peu irréguliers, aux bords nettement tranchés; les secondes élargies et approfondies, aux contours réguliers, aux pentes adoucies par la nivation et la solifluction. Les transformations sont relativement rapides; il s’en produit au cours de la vie d’un arbre — les hêtres sont alors anormalement penchés sur le bord des mardelles — parfois au cours de la vie d’un homme. Des témoins dignes de foi affirment avoir vu des mardelles apparaître dans les dix dernières années (1).

30 On n’a pas attaché assez d'importance à la situation topographique des mardelles. Très rares sont celles qui apparaissent dans le fond des thalwegs. Pour ma part je ne connais que les cas de la forêt de Flatten : encore s’agit-il d’un vallon très peu enfoncé dans une crête qui forme ligne de partage entre les affluents de la Sarre et ceux de la Moselle. Les mardelles de Scheuerwald criblent une haute surface qui domine de 200 à 250 mètres les grandes vallées. Presque toujours les mardelles sont sur les crêtes, au-dessus du niveau des sources. Cette situation est absurde si on veut y voir des abreuvoirs creusés par l’homme; elle s'explique au contraire fort bien si les mardelles sont dues à des phénomènes d'infiltration et de dissolution. Il existe au-dessous des crêtes une circulation souterraine dirigée vers les sources, tandis que les bas versants et les fonds de vallées sont drainés superficiellement. Ce stade du défoncement

(1) Excavation de Ritzing apparue au cours d’un labour; mardelle le long du chemin de Biesingen à Blickweiler (1926).

des crêtes qui, dans un véritable karst, marque l’achèvement de la karstification, en est ici à la fois le début et la fin.

L'analyse des mardelles nous ramène donc à cette constatation fondamentale : par suite de la faible épaisseur de la couche purement calcaire le domaine de l’érosion souterraine se réduit à quelques crêtes; le plateau de Muschelkalk sarro-lorrain représente les conditions limites de la karstification.

c) Les lehms. — A la place des grandes surfaces de roches nues, où s’accroche une végétation buissonnante, comme les plateaux cal- caires de la Lorraine occidentale, Haye ou Barrois, en montrent si souvent, le plateau de Muschelkalk porte une couverture de lehm d'épaisseur variable (de 4 m. au Nord-Est de Sarreguemines, puissance d’ailleurs exceptionnelle, à quelques centimètres) et fréquemment interrompue.

Le terme de lehm, qui en Alsace s'applique à une formation pétrographiquement et stratigraphiquement bien définie, le lœss décalcifié, a été étendu par les géologues allemands à des choses très différentes qui n’ont qu’un trait commun, ce sont des sols argilo-sableux collants. Suivant que l’un ou l’autre élément domine on a des terres aux aptitudes agronomiques différentes : le Starkgrund et le Wyzgrund (1).

Il y a d’abord parmi eux, en assez grand nombre, des alluvions. Dans ce cas le lehm est intimement mélangé à du sable et à des cailloux roulés en lits réguliers : tels sont les dépôts qui tapissent l’amphithéâtre au fond duquel est bâti Sarreguemines. Ils attestent d'anciennes migrations de méandres dont la topographie porte encore les traces. Sur la rive gauche de la Sarre, un kilomètre au Sud de Welferding, à la cote 257, une tranchée donne une coupe de ce lehm : sur une épaisseur de plus de 1 mètre, c’est un sable blond, très fin, mélangé parfois à une argile rouge qui, au-dessus des marnes grises du Keuper, est certainement un apport étranger. Il est très fréquent que les dépôts de lehm reposent sur des lits de graviers qui vers le haut s’appauvrissent peu à peu en cailloux : indice d’une décrue progressive de la rivière qui les a déposés. Tous ces lehms de vallée sont donc des débris de terrasses, dont ia forme topographique n’a pu se maintenir.

Des lehms se rencontrent aussi, loin de toute vallée, qui ne présentent aucune trace de stratification. C’est le’ Jühenlehm des géo-

(1) Le Starkgrund (terre collante) est cultivé en blé, le Wyzerund (terre blanche, argilo-calcaire) en pommes de terre ou en betteraves fourragères.

logues allemands, l’équivalent de notre limon des plateaux. Quelle peut en être l’origine? Pas plus que dans la France septentrionale où l’on a été amené à distinguer différents types de limons (1), il semble qu’on ne puisse se contenter d’une seule réponse.

Il existe encore sur le plateau de Caicaire coquillier, même aux plus hautes altitudes, des limons alluviaux, appauvris seulement en éléments meubles : tels sont les lehms qui, à l'Est de Sierck, masquent les contacts entre le Muschelkalk et les quartzites, ou encore les lehms à éléments volcaniques (feldspath et amphibole) décrits par VAN WERWEKE près de Waldwisse (2). Ces lehms sont bien des résidus d'anciens fonds de vallée; mais ils ne correspondent en général à aucun cycle déterminé.

Le plus grand nombre de lehms de plateau proviennent de la désagrégation de la roche sous-jacente, calcaire ou dolomie, suivie d’une décomposition chimique et d’une lévigation des éléments meubles. L'origine éluviale est démontrée, dans bien des cas, par l’analogie de couleur et de composition entre le lehm et le sous-sol (?) : lehms bruns ou roux sur le Muschelkalk supérieur, plus sombres sur les marnes du Keuper moyen. Une différence de couleur n’indique pas nécessairement un apport étranger. Sur les marnes grises ou blanches du Keuper inférieur, certains lehms noirâtres (Ouest de Welferding) peuvent être d’anciens sols forestiers.

En apparence il existe des couches à lehms : ainsi dans le Bliesgau, on observe, sur la carte géologique bavaroïise au 1/200.000€, une solution de continuité entre les dépôts qui recouvrent le Muschelkalk inférieur et ceux du Muschelkalk supérieur. Les limites d’afileurement des lehms et du calcaire se correspondent si exactement qu’on est d’abord tenté d’établir un lien entre eux. Mais nous savons qu’en amont de Sarreguemines le Muschelkalk moyen est par excellence la couche qui porte les lehms ({). Donc si le lehm n'existe pas sur l'étage moyen dans le Bliesgau c’est qu’il ne subsiste que sur les parties horizontales, sur les plates-formes structurales tandis qu’il est enlevé des talus par le ruissellement. Loin de provenir, pour l’essentiel, de la couche qui le porte, le lehm doit être le résidu d’une couche disparue.

(1) G. Dugois, Les principaux types de limons en France septentrionale (Revue Scientifique, 1931, p. 386-393).

(2) Erläuterung zu Blatt Merzig, p. 17. Nous ne tenons pas compte des nodules de limonite qui proviennent d’une concentration de fer dans les alluvions. Ils sont fréquents, sans jamais atteindre une épaisseur exploitable.

(3) Scauamacuer, E. zu Blait Rohrbach, p. 35.

(4) HEMMmER [37], p. 14. |

RÉG. IND. SARROISE 6

Dans le cas particulier du Bliesgau, les lehms doivent provenir soit du Muschelkalk moyen, dont le recul a amené le dégagement de la plate-forme inférieure (coupe 16), soit du Keuper inférieur qui a certainement recouvert la plate-forme supérieure. Ces deux étages, tous deux formés surtout de marnes et de dolomies, ont laissé comme témoin de leur ancienne extension des sols argilo-sableux. Ceci est certain; ce qui est seulement vraisemblable, c’est que des couches plus récentes, des grès tertiaires parexemple,se soient étendues jusque dans notre région. Si ce fait, qui semble prouvé par l’existence de grès quartzitifiés en deux ou trois points sur lesquels nous reviendrons, pouvait être démontré, il serait établi que le lehm des hauteurs est pour l’essentiel un résidu de sédiments tertiaires, comme A. DE LAPPARENT l'avait suggéré dès 1885 pour les limons du Bassin Parisien.

N’existe-t-il pas en outre, parmi les lehms, des dépôts éoliens, de même origine que le lœss, sinon de même composition? La question doit être posée au moins pour les lehms du Bliesgau et du plateau au Sud de Deux-Ponts qui sont des dépôts formés d’un sable fin, presque d’une farine beaucoup moins collante que les limons de Lorraine, et ne présentant aucune trace de stratification. On peut être tenté de leur appliquer l’explication de SCHUMACHER qui voyait dans tous les lehms du Plateau Lorrain des dépôts analogues au læœss rhénan (1).

Pour justifier cette théorie, on peut se fonder sur la localisation du lehm ou sur sa composition. L'origine éolienne serait démontrée si les dépôts étaient systématiquement plus étendus sur le versant occidental des plateaux, ce versant étant, dans un régime de vents du Nord-Est, le versant sous le vent. Or, on n’observe rien de tel dans la région sarroise. D'autre part la composition des lehms n’est pas telle qu’on puisse les considérer comme étrangers à leur soubassement. Sans doute, les géologues allemands distinguent les lehms du Palatinat occidental de ceux de Lorraine par la présence de petits grains de calcédoïne et de quartz; mais la calcédoïne existe dans les calcaires, le quartz dans les grès du Muschelsandstein. De pareils lehms peuvent fort bien être des résidus. Qu'il s’y soit mêlé, dans cette période de climat steppique dont la dépression de Landstuhl a conservé des traces, des sables provenant de la désagrégation du Grès vosgien ou du remaniement d’alluvions, c’est possible : mais nulle

(1) Scaumacner [55], p. 340. R, GrADmann (Mit. der Ges. jf. Erdkunde zu Leipzig, 1930-1931, p. 5-25) attribue au læss tous les dépôts superficiels du Bliesgau et du Saargau (Cité d’après l’article de V. Mazycuerr : Le læss dans le Bassin du Rhin, Revue de Géog. phys. et de Géol. dynam., 1933, VI, 2).

A AT e à LPS OR LA

part on n’observe une superposition de dépôts d’origine différente. Ainsi, en l’état actuel de nos connaissances, on ne peut distinguer sur le plateau que des lehms alluviaux et des lehms éluviaux.

d) La Côte. — Le plateau du Gau se termine au-dessus de la dépression sarroise par une double côte constituée par les couches dures du Muschelkalk et du Grès bigarré. Les deux escarpements superposés et parfois confondus sur toute la rive gauche de la Sarre (coupe 15), s’écartent l’un de l’autre dans le Bliesgau et, à l'Est de la Blies, chacun reprend son indépendance.

Dans toute sa partie sarro-lorraine la côte présente le même profil : un entablement de calcaires en dalles (Calcaire à Ceratites nodosus) supporté par le banc massif des calcaires à encrines formant corniche; au-dessous les différents horizons du Muschelkalk moyen, d’ailleurs peu épais, forment des pentes adoucies; le grès coquillier donne un replat très net qui porte les prairies et les cultures, parfois les villages : c’est l’étage humain par excellence. Un second abrupt, rarement en corniche, commence, au-dessous des bancs de grès à Volizia, avec le conglomérat principal ou les couches intermédiaires qui en tiennent lieu (1). Le grès vosgien, de résistance variable, mais en général rendu incohérent par l'absence de ciment argileux, n’apparaît qu’au bas de la côte (?). Il existe deux niveaux de sources, le premier à la base des calcaires à encrines (quelquefois marqué par des dépôts de tuf), le second au-dessous des grès à Voltzia.

Suivant que les couches sont plus ou moins inclinées, il y a résorption du palier intermédiaire ou au contraire dégagement d’une plateforme structurale. Le premier cas est réalisé près de Forbach, le second dans le Blies au qui offre ainsi des horizons de Beauce, une Beauce plus vallonnée et moins nue; mais le replat, sauf le cas de faille, ne fait jamais défaut. De là cette sensation de relief atténué qui contraste avec l’impressionnant abrupt des Hauts de Meuse.

Ce profil en escalier se modifie à l'Est de la Blies. La côte du Muschelkalk supérieur tourne à angle droit vers le Sud et domine la

(1) E. pe Beaumonr a décrit une coupe de ces Zwischenschichten le long de la vieille route de Forbach à Sarreguemines, au versant Sud du Kreuzberg.

(2) Les auteurs allemands parlent quelquefois de la côte de Grès vosgien. Cette désignation ne vaut que pour le Palatinat où le Grès vosgien est renforcé par des conglomérats; elle est inexacte à l'Ouest de la Sarre où le Grès vosgien n’apparaît qu’à la base de l’escarpement constitué par les couches intermédiaires et le conglomérat principal, là où il existe. Le Kastell Berg (f. Longeville) et les buttes-témoins des environs de Forbach donnent des coupes caractéristiques.

vallée monoclinale de la Bicke Alb d’un talus régulièrement festonné par les vallons affluents. Aussi régulier, mais moins festonné à cause de sa perméabilité, l’escarpement inférieur continue vers le Nord, par Homburg et Landstubhl. Il est gréseux sur toute sa hauteur : Grès à Voltzia au sommet, Grès vosgien à la base, ce dernier lardé ici de conglomérats; entre les deux un petit banc de cargneules (Carneolconglomérat) donne un niveau de sources, mais pas de replat (voir coupe 17).

Ces sources ne semblent pas jouer le rôle morphologique essentiel que leur attribue SCHMITTHENNER dans le dégagement des côtes (1). La théorie de SCHMITTHENNER soulève une objection préalable toute émergence de la nappe phréatique, même en source d’affleurement, suppose une dénivellation; elle peut l’accentuer, elle.ne la crée pas. En tout état de cause, le sapement qui se produit autour de la source doit se borner à faire reculer l’abrupt. Peut-on même distinguer l’action de la source de celle du ruisseau auquel elle donne naïissance? Les sources de l’étage supérieur apparaissent à mi-versant, sans échancrer la côte le moins du monde, sans tas d'éboulis qui indiqueraient un recul de la falaise par effondrement du plafond de niches calcaires. Il est possible que les choses se passent, dans d’autres côtes, de la façon décrite par SCHMITTHENNER; ici il n’y a pas trace de ce processus. Quant aux sources inférieures, ce sont des suintements mal caractérisés qui ont encore moins de force. Donc, en l’état actuel des choses, la source n’est rien, le ruisseau et le ruissellement font tout. Il n’y a pas de raison pour que, dans d’autres conditions climatiques, les rôles aient été renversés. Les sources de front de côte n’ont Jamais été que des sources de débordement (Ueberfallsquellen) tandis que les sources de revers de côte sont à la fois plus abondantes et plus durables.

On a déjà souligné l’allure sinueuse de la côte, en rapport avec les ondulations NO-SE : les avancées vers l'Est correspondent à des synclinaux, les rentrants à des anticlinaux. Le même dessin se retrouve dans les côtes occidentales; mais le desserrement des plis s’y traduit par des sinuosités moins accentuées.

Une autre originalité de cette côte est de présenter des contrastes singuliers : certaines sections sont extrêmement disséquées; le fond de la boucle qui enveloppe le Warndt, par exemple, envoie au loin une multitude de minces promontoires prolongés eux-mêmes par des buttes-témoins. Sur d’autres points la côte est rectiligne; les buttes ne s’en détachent presque pas. Le château de Ham s’avance au mi-

(1) H. ScHMITTHENNER [52].

lieu de la plaine; la tour de Forbach reste au bord du plateau. Enfin, au Nord-Est de Hombourg, la côte de Grès bigarré dessine un arc d'une régularité parfaite : pas une échancrure un peu profonde et la petite ville de Landstuhl a toutes les peines du monde à se loger au pied des Sickinger Hôhen: de même, sur un rivage, les sections découpées alternent avec les sections régularisées.

On peut se demander si ces différences ne sont pas dues à des déformations tectoniques. Dans le cas de la côte de Landstuhl, la régularisation est évidemment l’œuvre de l’ancienne rivière subséquente, la courbure de la côte étant due au relèvement vers le Nord- Est du synclinal du Westrich. Mais pour la section de Saint-Avold à Forbach, il semblerait que le doute fût permis.

H'existe en effet entre Saint-Avold et Hombourg. en bordure du plateau, une faille importante qui a affaissé le Muschelkalk. Certains géologues n’ont pas hésité à la raccorder à la grande faille du Sud qui sur la rive droite de la Sarre marque la limite méridionale du bassin houiller. L’allure rectiligne de la côte serait en relation directe ou indirecte avec la faille.

Rappelons d’abord que toutes les failles ont été nivelées et qu’en tout état de cause l’abrupt en question ne saurait être un escarpement de faille, mais un escarpement de ligne de faille. 11 est même douteux qu’il en soit ainsi en dehors d’un ou deux points limités. L'hypothèse d’un prolongement de la grande faille au Sud de la Sarre, rejetée déjà par la plupart des géologues allemands, semble définitivement écartée par les recherches faites après la Guerre à Petite- Rosselle. Il est vrai que les sondages opérés plus à l'Est (Forbach, Morsbach, Cocheren) ont rencontré le charbon à des niveaux très inférieurs; mais ceci peut s'expliquer soit par la faille transversale de la Rosselle, celle-ci non douteuse, soit par la retombée des couches sur le flanc Sud-Est de l’anticlinal houiller. A l’Ouest de Saint-Avold l’escarpement s’infléchit en boucle, non parce que la faille s’arrête, mais parce que le pli (anticlinal de Flétrange) s’abaisse vers l’Ouest. Bref la faille, là où elle existe, ne fait que confondre ses effets avec ceux du plissement. La régularisation de toute une section de la côte est l’œuvre de la rivière subséquente, et d’elle seule.

On voudrait pouvoir assigner un âge à cette côte. Mais il n’existe pas d’élément permettant de le faire, au moins directement. L’Oligocène du Bassin de Mayence n’atteint nulle part la côte de Landstuhl. Les dépôts éoliens que porte celle-ci et qui remontent tout au plus au quaternaire ancien n’apprennent rien de nouveau : on se doute bien qu’une forme aussi parfaitement adaptée à la structure ne date pas d'hier.

SCHMITTHENNER (1) indique une autre méthode pour dater la côte. Il se fonde sur ce fait que dans le Palatinat oriental le plateau et la côte de Grès bigarré sont tranchés net par les failles rhénanes; et il en conclut que les côtes dans le Westrich et dans la Lorraine sont antérieures à la formation du fossé rhénan.

En réalité cette conclusion ne vaut strictement que pour la région où les reliefs d’érosion sont effectivement interrompus par les failles; elle ne peut pas être étendue à tout le plateau de Grès bigarré ni à la côte de Muschelkalk qui nulle part n’apparaît dans le champ de fractures rhénanes. |

Dans la région étudiée ici, on se trouve en présence de deux faits. Le dessin de la côte est manifestement en rapport avec les plis, anticlinal de Fletring et synclinal de Sarreguemines, pour ne citer que les principaux. On ne connaît pas exactement l’âge de ces plis, faute de sédiments plus récents que le Trias. Les géologues admettent qu’ils sont crétacés, mais ils ont pu rejouer depuis.

D'autre part le dégagement de la côte n’a pu commencer avant la mise en place du réseau de la Sarre, lequel manifestement sans rapport avec la direction générale des plis, est en relation avec le soulèvement du massif vosgien, qui débute à l’Oligocène.

Quel rapport y a-t-il entre ces deux faits? L’étude des surfaces d’érosion, sion peut en retrouver des traces au sommet de la côte, permettra seule de le dire et de fixer en même temps la limite extrême jusqu’à laquelle la formation de la côte peut être reculée.

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