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F1@. 5. — LA BOUCLE DE LA SARRE EN AMONT DE METTLACH

Échelle : 1/50.000

D'une façon générale, la Sarre coule perpendiculairement à la direction des strates dévoniennes, orientées SO-NE. De Dreisbach à la Cloef, les couches dévoniennes, d’abord redressées presque verticalement, sont ensuite inclinées à 450 vers le Sud-Est ;

plus d’ampleur, tout en affectant un dessin plus irrégulier; trois sur quatre sont d’ailleurs recoupés.

On peut se demander à quoi sont dues ces différences. Si la Sarre en aval de Serrig coule à la limite des terrains dévoniens et de la couverture triasique, il n’est pas douteux que celle-ci se soit étendue plus loin vers l'Est : témoins les blocs de quartzite épars sur la rive droite et dont une partie au moins proviennent du Grès vosgien. Cependant, en aval de Serrig, les alluvions anciennes reposent directement sur le Dévonien. Donc si la Sarre a bien établi son cours sur une couverture de grès, cette couverture était déjà enlevée à l’époque où ont pris forme les méandres actuels.

Ceci admis, peut-on accepter ici l'explication proposée par VACHER pour la formation des méandres encaissés : la rivière passant de la couche tendre au soubassement dur aurait exagéré les sinuosités de son cours par difficulté de creuser en profondeur? Il faudrait pour cela que les méandres soient d’autant plus développés que les contrastes de dureté sont mieux marqués. C’est précisément le contraire que l’on constate. L’élargissement du lit des méandres coïncide avec laffleurement de schistes argileux, encore résistants, mais combien moins que les quartzites. En même temps la zone des terrasses s’élargit au point de devenir deux ou trois fois plus large qu'entre Mettlach et Serrig.

Ainsi le contraste de dureté entre la couverture triasique et le socle dévonien ne suffit pas à expliquer la formation des méandres encaissés ou du moins à les expliquer partout. Ceux de la section amont sont demeurés étriqués dans leur gaine de quartzite; en aval de Serrig on a eu au contraire de bonne heure des méandres divagants qui, par suite d’un déplacement du niveau de base, se sont encaissés, s’épanouissant largement dans une roche dont la schistosité favorisa parfois leur glissement. En somme, il y a eu surimposition locale, antécédence générale.

l’inclinaison s’atténue progressivement et, à la hauteur de la boucle, les couches sont presque horizontales. De la Cloef à Keuchingen, on retrouve les mêmes inclinaisons et probablement les mêmes bancs, dans l’ordre inverse. La Sarre est installée sur le flanc d’un anticlinal dont elle effleure la voûte. Il y a donc indépendance de la rivière et du pli hercynien, sauf sur une courte section de la branche aval qui est à peu près parallèle à la direction des affleurements. .

Plus intéressant, pour l'explication du cours de la rivière, est l’alignement des venues de mélaphyre le long de la branche amont, de Saint-Gangolph au delà de Dreisbach : on soupçonne qu’une ligne de fracture a pu fixer la vallée de la Sarre, Effectivement on a reconnu l’existence d’une pareille fracture (d’ailleurs très étroite : 2 à 3 m.) à l'entrée de la gorge, mais oblique à la direction de celle-ci. Au-dessous de la Cloef, l'observation est rendue impossible par des talus d’éboulis, d’une ampleur et d’une raideur véritablement montagnardes, de sorte qu’on ne peut pas affirmer que la branche amont correspond bien à une ligné de fracture.

La vague d’érosion récente qui a remonté la vallée de la Sarre n’a pas entamé l’intérieur du massif. Les affluents qui dévalent sur les versants ont creusé des entailles profondes, mais courtes. Leur cours supérieur est suspendu au-dessus de la Sarre (fig. 5). Les vallées du plateau sont d’un tout autre type : l'Eselsbach à Greimerath, la Ruwer à Schillingen montrent un profil transversal large et adouci, avec un fond encombré d’alluvions. Toutes deux occupent une position monoclinale, au contact des quartzites et des schistes. Il y a là un commencement d'adaptation à la structure qui remonte à un cycle déjà plus ancien que celui de la Sarre.

Ces vallées mûres, avec leurs prairies et leurs champs de pommes de terre, sont des lieux plus humanisés que le reste du plateau; mais elles n’interrompent qu’à peine sa continuité. Mieux individualisées sont les crêtes qui dominent le plateau d’une centaine de mètres. Elles correspondent toujours à des affleurements de quartzite mis en relief par l'érosion. Ces affleurements ne sont pas continus : ils forment des massifs allongés en fuseaux, alignés SO-NE sur deux ou trois files (Schwarzwalder Hochwald, Errwald, Osburger Wald) qui culminent à la même altitude : Teufelskopf 695 m. ; Rôüsterkopf 708. En partant de la Sarre ils forment d’abord l'extrémité méridionale du plateau et dominent le bassin de Losheim d’une haute muraille; puis grâce à leur disposition en coulisses, ils sont relayés par les grès entre Wadrill et Nonnweiler; au delà de Nonnweiler les crêtes reprennent, plus hautes et plus continues. L’effacement des quartzites a facilité la circulation et tandis que la vieille route de Trèves abordait de front le plateau par Zerf, la voie ferrée se faufile par Nonnweiïler et Hermeskeil. La vallée de la Prims était inutilisable : en amont de Nonnweiler elle se réduit à un ravin sauvage entaillé tour à tour dans les phyllades et les quartzites. Ici pas de trace d'adaptation à la structure, la rivière est surimposée par-dessus le Permien conservé à 500 mètres sur le flanc du plateau.

Ainsi le Hochwald montre quatre groupes de formes :

19 le plateau, pénéplaine inégalement conservée, intacte dans la région d’Hermeskeil; son âge et ses déformations seront étudiées dans le chapitre suivant ;

20 les crêtes de quartzite, monadnocks de la surface précédente, ou plus exactement, comme le prouve leur identité d'altitude, témoins d’une pénéplaine plus ancienne, impossible à reconstituer parce qu’elle a été presque complètement détruite;

3° des vallées mûres (Eselsbach, Ruwer supérieure) dont la disposition longitudinale témoigne d’une adaptation partielle du réseau hydrographique à la structure.

L'ensemble de ces trois formes constitue un relief appalachien typique;

49 des vallées jeunes (Sarre, Prims) avec leurs « trouées » et leurs méandres encaissés.

b) Les contacts avec la dépression sarroïise et le Plateau Lorrain, — Le plateau du Hochwald ne dépasse la dépression sarroise que de 200 mètres en moyenne; mais comme les sommets sont sur le rebord méridional, au voisinage de bassins gréseux particulièrement déprimés, la dénivellation est souvent beaucoup plus forte. Entre la crête du Schwarzwald (695 m.) et Wadern (300 m.) il y a moins de 10 kilomètres.

Le contact entre les deux régions se fait par une surface en pente forte (de 5° à 100), constituée tantôt par les quartzites seuls, tantôt par les phyllades et les grès micacés émergeant d’une couverture de Permien.

La première impression est celle d’un gradin de faille. Le relief est rectiligne; les ruisseaux conséquents qui en descendent ne l’ont pas festonné : à son pied court une grande faille de bordure, ou plutôt un système de failles se relayant suivant une direction SO-NE.

Cependant cette explication ne peut se soutenir. Permien et Grès bigarré viennent s'appuyer tranquillement contre le massif ancien. Ii n'existe qu’un point, à Wadrill, où sur une longueur de 200 mètres la faille ait mis en contact anormal le Dévonien et les terrains de couverture. Or ce point n’est marqué par aucune dénivellation spéciale; il n’y a pas trace de facettes. Partout aïlleurs le Dévonien disparaît 2 kilomètres en deçà de la faille.

Les coupes révèlent la vraie nature de cet escarpement : là où la surface de base du Permien est connue par quelque témoin conservé plus haut que la masse principale, elles montrent que cette surface se confond avec le gradin. Nous avons affaire à la surface fossile posthercynienne, fortement inclinée par le plissement qui s’est produit au Permien, et par les gauchissements ultérieurs.

Précisons tout de suite qu’en un point, au Nord de Losheiïm, il est possible d’y distinguer deux éléments, l’un portant le Permien, l’autre portant le grès (coupe 10). Les deux surfaces se recoupent sulvant un angle de 15° environ. Nous avons là un exemple du développement de surfaces à facettes en bordure d’un massif ancien soulevé à plusieurs reprises, tel que H. BauziG l’a exposé pour la Haute-

Belgique (1).

(1) H. Bauzrc [27].

La moins inclinée des deux surfaces l’est encore trop pour se confondre avec la surface du plateau, laquelle, horizontale ou en pente très faible, la recoupe bien nettement. La part de la topographie fossile dans le relief actuel se réduit donc à une bande de quelques kilomètres de large.

Il est important, pour notre étude, de préciser les rapports de cette surface du plateau avec les formes qui apparaissent en bordure de la dépression permienne. Cinq coupes NO-SE entre la Sarre et la Prims, menées sur une distance de 30 kilomètres (coupes 6, 10, 11, 12, 13), révèlent deux types de contact (1).

La descente régulière du versant oriental du Hochwald est interrompue par un palier qui se trouve du Sud-Ouest au Nord-Est aux altitudes suivantes : 480, 450, 540, 500, 500 mètres. Au-dessous de ce palier il en existe un second aux altitudes de 400, 420, 410, 440 mètres.

Négligeons pour l'instant ce dernier. Le niveau supérieur est limité du côté du massif ancien par un talus en pente forte (150 à 200) haut d’une cinquantaine de mètres. À première vue on est tenté d’y voir une falaise permienne usée et exhumée de sa couverture sédimentaire. Cette interprétation semble confirmée par l'existence de témoins permiens à moins d’un kilomètre à l’Est de l’abrupt. Maïs on verra plus loin que le Permien, dans la Sarre, est une formation continentale dont les lacs et les lagunes n’ont pu exercer d’abrasion, faute de profondeur (2). De plus, si on prolonge les coupes au delà de la crête du Schwarzwald, on trouve de l’autre côté un aplanissement à la même altitude : cette observation suffit à faire écarter l’hypothèse d’une falaise permienne.

Elle permet d’écarter en même temps l'hypothèse d’un escarpement de faille rafraîchi. D’ailleurs la carte géologique ne porte aucune indication d’accident tectonique et les variations irrégulières d’altitude du palier principal ne sont pas favorables à cette explication.

Le palier en question ne saurait donc être qu’un niveau d’érosion fluviale. Largement développé sur le versant Nord du Schwarzwald où affleurent schistes et phyllades, il est réduit sur le versant Sud à un aplanissement de 1 à 2 kilomètres au plus qui nulle part ne mord profondément sur les quartzites; il accentue ainsi le caractère de monadnock structural de ces crêtes. Le palier est l'équivalent, face à la dépression sarroise, de la surface du Hochwald. Au-dessus de ce palier, la crête est formée soit par les monadnocks de quartzite (Schwarzwald), soit par la surface prétriasique portant ou non sa

(1) Feuilles Losheim, Wadern, Schillingen, Hermeskeil. (2) Dans un cas la rupture de pente est dans le Permien, non au-dessus.

couverture de Grès (forêt de Zerf). Entre les sommets et le palier, il y a l'indication d’un niveau secondaire vers 560 mètres (coupe 11). Quant au second aplanissement (420-440), il appartient de toute évidence à une surface plus récente dont il marque la terminaison. Nous allons retrouver cette surface au cœur de la dépression sarroise.

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