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EXTENSION PRIMITIVE DE LA FORÊT

Ces forêts sont les témoins d’une couverture qui primitivement a dû être continue. On ne voit pas en effet quels sols auraient pu leur échapper dans les conditions climatiques actuelles qui leur sont éminemment favorables (1). Le Calcaire coquillier lui-même n’en

(1) L'indice d’aridité de Von der Heydt, calculé suivant la méthode de Emm. de Martonne, est précisément 40, chiffre optimum pour la végétation forestière.

est pas dépourvu. Les arbres s’accommodent également bien des placages de limons. Partout la régénération spontanée s'opère dans de bonnes conditions. Il n’y a de doute possible qu’en ce qui concerne les marais.

Les fonds de vallée humides ont dû avoir primitivement leurs forêts; un nom comme celui de Roden (faubourg de Sarrelouis) montre que dans la vallée même de la Sarre, à un endroit où elle est particulièrement marécageuse, l’homme a rencontré l'obstacle de l'arbre et on sait que le grand marais de Lisdorf était une forêt avant les défrichements de l’abbaye de Wadgassen (1). Mais dès que l’écoulement cesse, la forêt prend mauvais aspect : arbres tors, fourrés d’épines, sol feutré de mousses. La dépression de Landstuhl avant les travaux de drainage n’était qu’une longue tourbière reléguant les arbres sur les tertres. Il est possible d’ailleurs que ces marais ne soient pas tous des formations naturelles, Quelques-uns ont dû apparaître sur l'emplacement d’anciens essarts abandonnés par la culture et où la forêt n’a pas pu se réinstaller parce que les conditions d’écoulement, naturellement précaires, étaient devenues tout à fait mauvaises par suite du déboisement (2).

Mais à cette extension continue de la forêt on ne peut fixer une date historique précise. Si le Paléolithique est à peu près inconnu dans la région, les restes du Néolithique sont assez nombreux dans la vallée de la Sarre (Güdingen, Auersmacher, Saint-Arnual, etc.) et d'importantes trouvailles remontant aux âges du bronze et de Hallstatt attestent une occupation ancienne de régions dont aujourd’hui l’arbre n’est pas absent, notamment de l’extrémité orientale du plateau calcaire. Est-ce à dire que les néolithiques avaient défriché les forêts? Hypothèse peu vraisemblable, car ces hommes n'étaient pas armés pour en venir à bout, le feu demeurant souvent inefficace contre la forêt de nos climats humides. Il est bien plus naturel d'admettre que, à la fin de l’époque néolithique, la forêt avait momentanément disparu, au moins du plateau calcaire, par suite d’un climat plus sec. C’est alors que s’installèrent des colonies de plantes xérophiles, dont quelques-unes ont subsisté sur le plateau de Calcaire coquillier, comme des témoins de l’ancienne flore steppique (?). Les néolithiques n’ont fait qu’'élargir les clairières naturelles d’une sorte de forêt-pare.

(1) Trirz [249], p. 469.

(2) En 1808, le contrôleur des marais de Merzig écrit que le marais dit « Holzhauch » (12 hectares) « considéré comme indesséchable », était autrefois une petite forêt (A. C., 276, F. 11 a 6).

(3) Les botanistes mentionnent sur le plateau au Sud de Sarrebruck : Ysopus

Un climat plus humide remit la forêt en possession de toute la région. Elle ne devait plus désormais disparaître, sauf à marquer au cours des siècles des variations d’étendue sous l’action de l’homme.

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