LA PRAIRIE
Là où le sol se prêtait à une exploitation agricole permanente, la forêt disparue a fait place à des prairies. Il faut en étudier les associations caractéristiques non dans les champs, dont la flore spontanée se réduit à quelques espèces rudérales banales, ni dans les terris, talus et autres remblais qui sont envahis par les plantes exotiques (Verbascum Thapsus, Œnothera biennis, etc.), mais dans les prairies fauchées et les pâtis qui, ensemble, couvrent 15,5 % du Territoire (?).
SENS CE REC CE 27.691 hectares BORDESADATUTES Merle ee bei sn oiUe 774 — Mauvaises pALUrES es. 0.5 Le Mae: 1100 —
Il existe une différence frappante entre la flore du plateau calcaire et celle de la dépression gréseuse.
Le premier, aussi bien dans le Saargau que dans le Bliesgau, présente une grande variété d'espèces. Aux plantes communes du Bassin Parisien s'ajoutent des espèces un peu plus localisées. Le groupement de cinq Papillonacées : Lotus corniculatus, Melilotus arvensis, Ononis repens, Lathyrus tuberosus, Coronilla varia, paraît caractéristique, dans notre région, de ce que nous pouvons appeler la prairie sèche. C’est dans le même milieu édaphique qu’on rencontre les espèces reliques d’une flore steppique, dont il a été question plus haut. Toutes ces plantes, bien que groupées sur le plateau de Calcaire coquillier, sont plutôt xérophiles (ou thermophiles) que réellement calcicoles (2). Le seul cas où le sol, par sa nature chimique, exerce sur le groupement des espèces une influence distincte de celle exercée par ses propriétés physiques, est celui du petit plateau au Sud-Est de Merzig, où affleure le gypse. Là apparaissent des plantes qu’on peut considérer comme spécialement adaptées à une forte concentration de sulfate de chaux : Vincetoxicum officinale, Teucrium chamædrys, Epilobium hirsutum, Campanula cervicaria, Anemone pulsatilla.
Une excursion botanique dans les prairies qui couvrent les grès permo-triasiques donne une récolte bien différente. La flore s’appauvrit en Papillonacées et en Labiées odorantes; on note l’abondance des Campanules, des Epilobes, des Polygonées et des Chénopodiées; très peu d’espèces caractéristiques : la Colchique, sans être aussi abondante sur le plateau que dans les fonds humides, n’y fait pas défaut, non plus que ses compagnes ordinaires : Cardamine pratensis, Polygala vulgaris, Anthyllis vulneraria, Ajuga reptans, etc.
L'existence sur les sols siliceux d’espèces qui existent aussi sur le plateau calcaire (Thymus serpyllum, Echium vulgare, Linaria vulgaris, Ononis repens, Galeopsis tetranit, Euphorbia cyparissias) montre qu’on ne saurait envisager une influence de la nature chimique du sous-s01.
= L'action du sol est d’une autre nature : les grès du Permien sont imperméables parce qu’ils sont intimement mêlés à de l'argile; ceux du Trias sont perméables, mais ils présentent à plusieurs reprises de minces bancs d’argile interstratifiés dans la masse sablonneuse. C’est l'existence à faible profondeur d’une couche perpétuellement imbibée d’eau qui détermine la localisation des espèces. Les plantes les plus
(1) Les sommets éruptifs du Nord du Territoire, là où ils sont déboisés, sont occupés par une prairie sèche comprenant les mêmes espèces de légumineuses et, en plus, Arnica montana, Stachys alpina, etc. (W. Krewr, U. S., 1933, 3, p. 480).
communes de cette prairie : Saponaire, Menthe, Stachys palustris, Scrofulaire, sont des espèces du bord des eaux.
Dès que l'écoulement des eaux devient difficile, le caractère hygrophile de la flore de la prairie s’accentue. Des deux côtés de la Bist s'étendent des prairies difficilement drainées où l'herbe vient drue, mais donne un foin médiocre. Une association à base de Cirsium oleraceum et d’'Angelica silvestris, et comprenant Scutellaria galericulata, Myosotis palustris, Lotus uliginosus, Alisma Plantago, Lychnis finscuculi, Lysimachia vulgaris, Lythrum Salicaria, envahit alors la prairie; des roseaux sont tapis sous les herbes; un pas de plus, et la prairie non drainée passe au marais.