‹ La Région Industrielle SarroiseChapitre 9 sur 270 · DÉLIMITATION DE LA RÉGION ÉTUDIÉE · texte numérisé non relu

DÉLIMITATION DE LA RÉGION ÉTUDIÉE

Il est vrai que cette région de forte concentration ne correspond pas exactement à l’unité politique définie par le Traité de paix. Ses limites tantôt restent en deçà, tantôt vont au delà des frontières du Territoire.

Une partie des cercles de Homburg, de Saint-Wendel et de Merzig est surtout agricole; mais il y a dans toutes les communes des habitants qui viennent chaque jour travailler aux mines; d’autre part, ce sont le plus souvent les populations de ces villages qui ont ellesmêmes manifesté leur désir d’être incorporées au Territoire, témoignant ainsi de relations avec la région industrielle qui préexistaient à l’état de choses actuel et qui n’ont pu qu'être renforcées par lui. On comprendra donc dans cette étude toutes les communes du Territoire, sans exception.

D'autre part, les cartes montrent que la zone de forte densité se prolonge à l’Est jusqu’à Deux-Ponts, au Sud jusque vers Saint-Avold. Les fortes densités du cercle de Deux-Ponts et de l’arrondissement de Forbach s'expliquent par une extension de l’industrie à l'Est et au Sud-Ouest; l’un et l’autre de ces centres doivent donc logiquement être réunis à notre étude. D’ailleurs, la construction mécanique de Deux-Ponts travaille pour les forges de la Sarre. De son côté, le bassin houiller lorrain, continuation du bassin houiller sarrois, emploie un assez fort contingent de Sarrois ou d’Allemands, une partie du charbon lorrain s’expédie au port de Malstatt, enfin la grande ville de Sarrebruck recrute son personnel bilingue d'employés dans les localités lorraines de la frontière. Enfin, bien que la région de Sarreguemines soit surtout agricole et entretienne moins de rapports avec le Territoire que les précédentes, on n’a pas cru pouvoir négliger ce petit centre dont l’industrie céramique s'apparente au groupe similaire de la Sarre et reçoit autant de charbon de la Sarre que de la Lorraine. On étudiera donc comme un tout la région industrielle qui s’étend de Saint-Avold à la frontière Nord du Territoire, de Sar-

reguemines et de Deux-Ponts jusqu’à Mettlach. Par contre, on laissera de côté Kaïiserslautern et Pirmasens, deux centres qui ont leur autonomie industrielle, celui-là avec ses filatures, celui-ci avec ses fabriques de chaussures, et qui sont, le premier surtout, séparés de la Sarre par une longue zone faiblement peuplée.

La « Région industrielle de la Sarre » étant ainsi définie, cette étude pouvait ne pas comporter un examen détaillé du milieu naturel. Le développement économique a été déterminé essentiellement par l’affleurement du Carbonifère le long d’un anticlinal que la Sarre traverse de Sarrebruck à Sarrelouis; quelques pages pouvaient suffire à l’expliquer.

Il nous a paru préférable de donner une analyse complète de la région, et ceci pour trois raisons :

19 Avant de devenir à la fin du xvrr1e siècle une région industrielle, la Sarre a vécu de ses champs et de sa pâture. Elle était donc jusqu’alors dans une dépendance étroite à l’égard des facteurs naturels. Or cette vie rurale n’a pas disparu. Non seulement elle subsiste dans les communes les plus éloignées du bassin houiller, mais au cœur même de celui-ci, elle s'associe de façon tout à fait originale à la vie industrielle. On ne saurait, sans la trahir, présenter cette dernière en dehors du cadre où elle a pris naissance.

20 De même que beaucoup d’ouvriers sarrois combinent l’occupation agricole et l'occupation industrielle, de même dans le paysage les formations végétales naturelles s’associent aux apports de l’homme. La mine et l’usine n’ont pas exclu la forêt : bien mieux, le bloc forestier qui s'étend de Saint-Avold à Neunkirchen — le massif boisé le plus continu entre les forêts du pays de Bitche et celles du Hochwald — correspond en gros à la zone de la plus grande activité minière et industrielle. Or la forêt est l’expression concrète de conditions climatiques qui, même à l’intérieur d’une région aussi peu étendue, sont différenciées par le relief. ;

30 Si la localisation des industries est due avant tout (quoique pas exclusivement) à la présence de la houille, leur prospérité est liée à différents facteurs géographiques, notamment aux facilités de circulation. L’insuffisante navigabilité de la Sarre, la difficulté d’établir des voies ferrées à grand rendement suivant certaines directions, ou au contraire l’existence de larges trouées naturelles sont des faits qui ont pesé et qui pèsent plus que jamais sur les relations commer-

ciales. Or chacun d’eux résulte d’une évolution du relief que l’analyse morphologique permet de retracer.

Aïnsi, tout en soulignant dès le début le fait que le développement économique a été, dans une large mesure, indépendant des conditions naturelles, et qu’il en a éprouvé les effets de façon différente au cours des temps, on a pensé que celles-ci méritaient d’être étudiées pour elles-mêmes. Relief, climat et végétation apparaîtront ainsi dans cette étude à leur place ordinaire.

En résumé, ce travail se propose un triple objet : rechercher les éléments naturels qui s’intègrent dans la Région sarroise; analyser la concentration industrielle et la concentration humaine qui font son unité; indiquer quels problèmes particuliers se posent dans le Territoire de la Sarre du fait de sa situation politique.

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