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vie à l'atelier, courbée la plupart du temps sur son ouvrage, peut-elle faire une épouse habile ? Une femme qui ne s’est jamais occupée de son ménage, qui y entre fatiguée avec le seul désir de se reposer, peut-elle être prévoyante ? Et on sait à quels risques est exposée la vertu des ouvrières pour pouvoir y échapper toujours.
L'intérêt public est intéressé aussi à un autre point de vue pour l’exelusion des femmes des travaux industriels. Les grèves sont encore, malheureusement, trop fréquentes. On cherche le moyen, non de les supprimer tout à fait, parce qu’il y en a qui sont justes et qui produisent de bons résultats, mais du moins d’en limiter le nombre, et de les empêcher de dégénérer en émeutes, accompagnées toujours de pires excès. Et un de ces moyens, le plus juste et le plus efficace, c'est de renvoyer la femme à son intérieur domestique.
On est arrivé sous ce rapport à des expériences vraiment concluantes. Deux pays limitrophes, la Belgique et l'Allemagne, avaient deux régimes différents en ce qui concerne le travail des femmes dans l’industrie extractive. En Belgique, où il n’y avait pas de réglementation du tout, les hommes, femmes, enfants, travaillaient ensemble. Et les grèves y étaient fréquentes. Le plus souvent, elles dégénéraient en troubles, et les troubles engendraient de véritables émeutes. Les femmes se mettaient à la tête, soufftant le désordre et la discorde. Plus passionnées que les hommes, et parfois aussi ivres qu'eux, on les à vues, assourdissant de
leurs clameurs et accablant de leurs outrages les agents de l'ordre public. Et, quand ceux-ci, forcés d'intervenir chargeaient les émeutiers, les femmes tombaïent les premières (1).
Après, 1l en restait longtemps au cœur des ouvriers un ressentiment profond ! ressentiment d'autant plus implacable que la femme s’y est associée, et qu'au lieu d’être animée de ces doux sentiments qui marquent son caractère normal, la femme, énervée par le travail, aigrie par la misère, corrompue par l'ignorance, se montrait incessamment en proie à l'irritation et à la vengeance.
En Allemagne, les femmes étaient exclues de l’industrie extractive. Et la première conséquence en fut que les mineurs ne faisaient pas d’émeutes. L'ouvrier y est rangé ; tout en ayant des idées politiques très avancées, il respecte le droit d’autrui et ne se livre pas à des actes de violence. Et cela, parce que l'esprit de famille y règne, la femme au lieu de passer se vie à l'atelier, la consacre à son ménage, dans lequel le mari trouve tout à la fois le contentement moral et le bien-être. Ces ouvriers ont un intérieur et malgré les idées exagérées dont ils sont imbus, ils respectent la tranquillité publique.
Il y à un document très intéressant à ce sujet. M. Vleminckx, président de l’Académie de médecine de
(1) Voir la discussion du travail des femmes dans les mines à l’Académie de médecine de Bruxelles de 1870.
Bruxelles, relate vers 1870, l'opinion d'un Belge qui dirigeait une grande industrie dans les provinces rhénanes. Celui-ci s’exprimait en termes suivants : « Vous vous plaignez de la propagande de communisme qui se fait chez vous ; mais, elle est beaucoup plus forte en Allemagne, et je vais vous en fournir la preuve. On avait à élire dans une partie des provinces rhénanes un député au Parlement. Sans rien dire, sans bruit, sans éclat, nos ouvriers se sont entendus et y ont envoyé le communiste le plus décidé.
« Alors, lui demanda M. Vleminckx, pourquoi pas de grèves chez vous ? — Je vais vous le dire, répondit l'industriel, c’est que, chez nous, nous avons le foyer domestique. Venez chez nous, venez voir nos foyers ; vous constaterez avec quelle satisfaction les ouvriers rentrent chez eux, avec quelle sollicitude les femmes s'occupent de leurs enfants ! Non seulement chez nous les femmes ne se mettraient pas à la tête de l'émeute et des grèves comme chez vous, mais elles arrêteraient leurs maris très certainement ; voilà la différence radicale qui existe entre votre situation et la nôtre. Et notez-le bien, ajouta-t-il, nos ouvriers ne gagnent pas autant que les vôtres. Il gagnent tout au plus 18 gros (fr. 2.925) par jour, et les soins de la femme ont néanmoins disposé les choses de telle sorte qu'il n'est, pour ainsi dire, pas un ouvrier que vous ne voyiez le diman- | che à l’église sansavoir un frac de drap. Ce qu'il faut Le done chez vous, c’est que la femme soit véritablement
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femme de ménage ; c’est qu’on lui apprenne dès bas-âge à devenir l’épouse et bonne mère de famille ».
Par conséquent l'intérêt supérieur du pays demande à ce que la femme soit exclue des travaux industriels. En ce qui concerne spécialement les mines, minières et carrières la conclusion devrait-elle être différente ? Certainement que non. Le législateur français s’est même occupé en premier lieu de réglementer le travail des femmes dans les galeries souterraines. La loi du 19 mai 1874 qui ne contenait de prescriptions que pour l'emploi des enfants, interdisait l'admission des femmes aux travaux souterrains (art. 7, S2). Pourqnoi le législateur de 1874 qui ne voulait pas réglementer le travail des personnes adultes, intervenait-il si décisivement dans ce cas spécial. Il est regrettable que le rapport de M. Tallon soit si laconique sous ce rapport. Il croit l'exclusion des femmes des travaux souterrains si naturelle qu’il se dispense d’être long à ce sujet. Voilà comment il s'exprime :
« A la suite de la question du travail de nuit se présente naturellement à l'esprit l'examen des conditions du travail dans les mines, minières et galeries souterraines. Les questions d'hygiène, résultant d’une part de la privation d'air et de lumière ou des émanations nuisibles à la santé des enfants ; la question de morale, de l’autre, se présente ici avec un caractère analogue à celui du travail de nuit et sollicitent de solutions de
même nature ».
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Les raisons invoquées par le rapporteur, sont non seulement trop laconiques, mais aussi tout à fait insuffisantes. La première partie ne répond même pas à la réalité. Les questions d'hygiène ne sont pas si péremptoires. Le système de ventilation perfectionné, qui existait en 1874, procure une quantité suffisante d’air pur dans les fosses. Et les émanations ne sont pas si nuisibles à la santé pour déterminer l'expulsion de la femme. La question de morale existe, il est vrai, mais il est contestable que les travaux souterrains sous ce rapport présentent un caractère analogue avec le travail de nuit. C’est une assertion qu'il fallait prouver.
On peut être surpris de ce que l’Assemblée Constituante qui s’est montrée très circonspecte en matière de réglementation, s'était laissée convaincre si facilement pour exclure les femmes des travaux souterrains. La raison se trouve probablement dans le nombre restreint de femmes qui y étaient employées. L’oppositiou n’était pas soulevée parce que les intérêts engagés n'étaient pas très grands, et on n'avait pas à craindre une perturbation quelconque dans l’industrie extractive.
La question du travail des femmes dans les mines était présentée, d’une manière assez approfondie, dans le rapport de M. Burat, publié en 1868 dans le Bulletin de la société de protection. L'auteur de ce rapport reconnait tout de suite que cette question présente peu d'intérêt en France, car les femmes sont admises dans
très peu de mines. Mais elle a pour l’auteur un intérêt
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théorique assez grand et surtout «il s’agit d’un droit tellement respectable que nous devons le défendre » (1).
M. Burat envisage d’abord l'emploi des femmes dans les mines au point de vue de la moralité. Il arrive à la conclusion tout à fait opposée à celle que M. Tallon soutenait quelques années plus tard. Pour M. Burat c’est un travail au moins aussi convenable que n'importe quel autre. Pour lui les femmes ne travaillaient pas seules dans les mines, elles se trouvaient toujours en compagnie de leurs pères ou leurs frères. Elles poussent des chariots, trient les pierres, font des manœuvres de gare ou d'accrochage toujours réunies par groupes et dans des places saines et bien aérées. Et il conclue que les femmes gagnent dans les mines leur vie aussi honorablement que partout ailleurs.
En ce qui concerne la moralité proprement dite, le sus-dit rapport se prononce très décisivement, « La femme est plus respectée, plus protégée dans les mines que dans tout autre atelier. Tout acte repréhensible est plus facilement constaté et réprimé que partout ailleurs, et il n'est presque pas d'exemple des attaques et des violences qui se produisent si souvent au jour dans les campagnes ».
M. Burat examine ensuite l’emploi des femmes dans les mines au point de vue hygiénique. Il se demande si ces travaux sont nuisibles au développement de la femme et de sa santé. Et il y répond négativement en
1. Rapport Burat, Bulletin de la société de protection, 1868.
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indiquant les conditions extrêmement favorables, selon lui, du travail des femmes. Dans les endroits où elles sont employées d'habitude, c’est-à dire dans les galeries de roulage et aux accrochages, l'aérage est toujours bon, la température uniforme, et l’on n’y est pas exposé aux refroidissements et aux affections de poitrine qui frappent si souvent les ouvrières employées aux travaux agricoles (1).
M. Burat, toujours dans l'intention de donner des preuves favorables au travail des femmes, avance une constatation très contestable. Il dit que les efforts de traction que les femmes sont appelées à déployer, sont peu considérables et intermittents. Les trajets ne dépassent pas 200 mètres. C’est aller trop loin. Les rapports des inspecteurs de travail institués par la loi du 19 mai 1874, prouvent abondamment combien souvent ces efforts de traction sont épuisants, et cela vingt ans plus tard, au moment où les moyens de circulation étaient devenus beaucoup meilleurs. Et le rapport constate que les ouvrières se relayaient successivement « et, dans les galeries où le roulage est actif, on n'entend en
général que le rire et des chants » (2) = Nous ne possédons pas beaucoup de matériaux pour exposer exactement le degré de moralité des femmes occupées dans les mines françaises. Mais on sait positivement que l'habitude d'employer des femmes est venue