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est très grande, puisque dans les mines de l’ensemble de la France, les enfants ne forment que 7 pour 100 de l'effectif total des ouvriers. De plus, la plus grande partie de ces enfants sont employés au fond, c’est qui n'est pas le cas dans le reste de la France.
Les adolescents de 16 à 18 ans représentent 9 17/2 pour 100 du total, et les jeunes hommes de 18 à 20 sont dans la proportion de 15 pour 100. Par conséquent, dans le bassin houiller le plus important de la France, où les difficultés d'extraction sont plus grandes qu’ailleurs, il y a plus de 30 p. 100 d'ouvriers âgés de moins de 20 ans (1).
Il en résulte que nous ne croyons pas admissible l'exclusion complète des enfants que dans les industries et pour les travaux particulièrement dangereux. Partout ailleurs, 1l est préférable de permettre l'emploi des enfants au-dessus d’un âge déterminé et pour une durée limitée. Cette conclusion s'impose surtout dans l'intérêt des enfants. L'industrie extractive doit pouvoir s’en servir dans ces conditions, parce qu'elle n’est pas plus dangereuse pour les enfants que les autres.
Les femmes dans les mines.
Nous nous sommes déjà exprimés sur le droit de l'Etat de réglementer même le travail des adultes,
4. V. le discours Pernolet. Journ. Officiel, séance du 18 juin
hommes ou femmes. Il est étonnant de voir cette résistance acharnée que soulève toute proposition qui a pour but de faire disparaître les abus les plus criants de l'organisation actuelle du travail. On ne permet pas qu'on touche à la liberté individuelle, à la liberté des contrats, ces choses sacrées dont on s’enthousiasme tant et qu'on viole le plus. Il y a un principe supérieur, généralement admis en ce moment, c’est le droit pour l'Etat d’intervenir quand l'intérêt public l'exige, et même de limiter la liberté individuelle pour sauvegarder les droits et les intérêts de la société tout entière. Il y a plusieurs professions réglementées en vertu de ce principe. La loi impose certaines conditions à ceux qui veulent exercer la profession de médecin ou d'avocat, pour ne
citer que celles-là, et cela dans l'intérêt public. Il est facile de démontrer que l'intérêt public existe aussi bien quand il s’agit du travail des adultes que de celui des enfants. Les hommes doivent être protégés aussi bien que les femmes, mais ces dernières, à cause de leur rôle social et de leur faiblesse naturelle ont des droits particuliers à la protection.
Le Sénat français a refusé à plusieurs reprises, lors de la discussion de la loi du 2 novembre 1892,
‘étendre aux femmes la protection admise pour les enfants. Cependant a-t-on pensé que plusieurs autres lois entravent la liberté individuelle. Il y a, par exemple Ja loi militaire qui ordonne au soldat d'abandonner sa famille, de délaisser le travail qui le fait libre, de quitter
la ferme ou l'atelier où il travaille de son propre gré; pour l'égalité dans la subordination que personnifie la caserne, quil sacrifie sa liberté individuelle, qu'il devienne l’esclave de la discipline. Et on n’admet pas que la loi intervienne pour interdire à l'industrie de dévorer les forces de la femme, au nom de cette même liberté. En théorie, les adversaires de la réglementation ont assez beau rôle. Ils ont l'air de défendre un principe, en lui sacrifiant tout. « Périssent les colonies, plutôt qu'un principe », pourraient-ils dire, mais, cette fois, c'est la métropole elle-même qui est en danger. L'industrie moderne se met en opposition avec la nature ; elle arrache la femme au foyer domestique pour la confiner dans l'atelier, où sa place n’est pas, Et cela, parce qu’on considère l’industrie comme un but, tandis qu'elle n’est qu'un moyen. On dit qu'interdire ou même limiter le travail de la femme, c’est jeter la perturbation dans l'industrie. On sacrifie l’homme à cette dernière. Mais, on oublie que l’industrie n’est rien, elle est nuisible, si elle n’a un but en dehors d’elle-même. Elle doit avoir un autre but supérieur à elle, et plus noble qu’elle. Ce but, c’est l’homme; c’est le progrès de la société, de la civilisation. Le but de la société n’est pas de faire de l’industrie, il est d'assurer à l’homme la plus grande part possible de bien-être, en travaillant à son perfectionnement physique, moral et intellectuel. Aussi longtemps que l’industrie tend à atteindre ce but, elle est louable, elle doit être approuvée et appuyée. Lors-
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qu'elle s’en éloigne ou veut nous faire dévier, elle est inhumaine. En sacrifiant la femme à l’industrie, on ruine la famille des ouvriers, et par là, on met en danger les intérêts supérieurs du pays.
Le rôle social de la femme, comme son rôle physique estla conservation de l’espèce. Son rôle n'est même pas à moitié accompli au moment de la naissance de l’enfant. Elle a une mission qui ne fait que commencer qu'au moment de cet acte, et qui doit se prolonger infiniment au-delà : c’est l'éducation de l’enfant. Et comment l’accomplira-t-elle, si elle est forcée de passer à l’atelier la meilleure partie de sa journée.
Il faut garder la femme dans sa famille, dans son foyer domestique, point de départ de la société et qui doit toujours en rester la base, quel que soit le degré de développement de la société. Le rôle de la femme est très important, il faut lui laisser le temps pour s’y consacrer tout entière. Elle est aussi l'agent le plus actif du progrès et de la civilisation. C'est la femme honnête qui crée les bonnes mœurs, c’est 14 bonne ménagère qui fait les bons ménages, source inépuisable du bonheur et de l'énergie humaine.
En France, les femmes et les jeunes filles ne peuvent être occupées aux travaux souterrains depuis la loi du 19 mai 1874. Par conséquent, l'intérêt pratique de la question n'est plus grand en ce qui concerne le sujet spécial que nous traitons dans ce livre. Mais, nous vou-
drions qu’on excluât les femmes également des travaux
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à la surface, nous voudrions qu'on lui interdit tous les autres travaux industriels. À ce point de vue, la question est très intéressante et touche à notre sujet.
À part la considération des principes, l'argument le plus fort qu'on invoque en faveur du travail des femmes c’est l'intérêt pécuniaire des familles ouvrières, et on dit que la suppression proposée, les plongerait dans la misère.
Ces craintes sont presque toujours chimériques. Il arrive souvent que le salaire gagné par la femme ne sert pas à améliorer le sort de la famille ni même celui de la femme, et qu’il est dissipé en dépenses de luxe et en excès de boissons.
D'autre part, il est certain qu'une femme qui travaille dans son ménage gagne autant qu'à l'atelier ou à la fosse. Qu’arrive-t-il dans les ménages dont les femmes vont travailler ? La besogne ne s'y fait pas, on laisse perdre quantité d'objets, on ne raccommode pas les vêtements, on doit en acheter de neufs plus souvent, on apprête mal les aliments, on doit faire faire au dehors, à prix d'argent, tout ce que la femme aurait fait avec plus de soin et plus d'économie ; en un mot, on prodigue les gains, et on trouve la misère au milieu des gros salaires.
Le jour où la femme rendue à elle même s’occupera davantage de son intérieur, le cabaret aura perdu une des parties les plus importantes et les plus lucratives
de sa élientèle. L'ouvrier qui n’a pas de foyer domesti-
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que, de home comme disent les Anglais, pense peu à sa famille et à ses enfants, leur avenir occupe peu de place dans ses préoccupations. Il vit au jour le jour, en dépensant tout ce qu’il gagne. D'ailleurs, ce ne serait pas seulement le mari qui profiterait de l’heureux changement qui ne manquerait pas de se produire, si la femme restait à la maison. Les énfants y trouveraient aussi leur compte. La femme, habituée à mieux soigner son mari, Soignerait aussi mieux ses enfants, et de cette admirable trinité humaine qui personnifie la famille, naïtra le bonheur domestique.
Si l’on examine ce qui se passe autour de nous, si l’on prend deux ouvriers de ville, l’un gagne 4 à 5 fr. par jour. Il a une femme vertueuse, économe et habile. Son ménage prospère, ses enfants sont bien soignés et bien portants, et presque toujours le mari est heureux et rangé; un autre ouvrier gagne le même salaire, il à une femme inhabile, immorale peut-être, indigne, en un mot, de sa mission, et l’on voit la gêne s'asseoir à son foyer, et le mari, d’abord honnête ouvrier, devenir lui-même un mauvais ouvrier, finir par s’adonner à la boisson et au libertinage, bientôt la discorde et la ruine entreront chez eux, parce que celle qui devait y fiter le bonheur et la prévoyance ignore les vertus de la mère et de l’épouse. Cependant, ce n’est pas l'argent qui manque à ces ménages où la femme travaille, c'est une épouse habile, vertueuse et prévoyante. Une femme qui, depuis son enfance passe sa